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«Je n’ai jamais rencontré d’humanité»

swissinfo.ch


Ce contenu a été publié le 12 septembre 2014 - 11:00
Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch

«Je suis née en 1936 dans le canton de Saint Gall. Nous étions trois et ma mère est morte à 25 ans dans un hôpital psychiatrique. Mon père nous a toujours dit qu’elle avait été tuée par les médecins. Il était musicien et n’a pas pu nous garder.

On nous a mis à l’orphelinat: on était maltraités, on avait faim, et les sœurs étaient déplacées tous les quatre ans pour éviter de s’attacher. A 14 ans, j’ai été placée chez des paysans pour m’occuper de leurs vingt enfants. Les conditions étaient terribles et je n’étais pas payée, mais j’étais tellement arriérée que je ne savais même pas qu’on pouvait être payé… J’ai fugué, j’ai été replacée, mise à la rue, tout ça.

A 20 ans, j’ai été engagée comme bonne et me suis retrouvée à Lausanne. Là, le malheur a vraiment commencé. Je suis allée au bal avec une fille, on s’est fait embarquer et violer et on s’est retrouvées enceintes.

Ma patronne n’avait pas d’enfant mais m’a mise à la rue sans un sou. La nuit de Noël, j’ai voulu me jeter au bas d’un pont. J’avais passé une jambe par-dessus la balustrade et, là, mon bébé m’a donné un coup de pied pour la première fois. Je lui ai juré de m’occuper de lui, mais il a quand même été traumatisé par notre vie dans la rue pendant cinq ans. Je savais mal le français et on me détestait parce que j’étais suisse allemande. Je dormais dans les églises, je me lavais aux fontaines, je passais la journée à décortiquer des graines pour les oiseaux, j’allais lécher les assiettes sales au restaurant de l’Uniprix. Finalement, on m’a donné un logement. J’ai ensuite travaillé avec des forains au tir-pipe. Ils m’ont appris à vendre et je suis devenue démonstratrice en électroménager.

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