Swiss doit voler de ses propres ailes

Le gouvernement ne financera pas une seconde Swissair. Keystone

La compagnie aérienne nationale va mal. Mais le gouvernement refuse de réinjecter de l'argent public dans Swiss, que ce soit directement ou indirectement.

Ce contenu a été publié le 30 avril 2003 - 19:58

De son côté, la compagnie aérienne présentera vendredi un nouveau plan d'assainissement.

En avril 2002, les caisses de Swiss étaient pleines. Mais, un an plus tard, c'est déjà de l'histoire ancienne. Et les appels à l'aide de la direction de la compagnie aérienne n'ont pas infléchi la position du gouvernement.

Lors de sa réunion de mercredi, le Conseil fédéral a clairement signifié ses intentions. «Le gouvernement ne se met pas dans la cabine de pilotage», a ainsi affirmé le ministre des Finances Kaspar Villiger.

Avec ce message sans équivoque, le gouvernement refuse un nouvel engagement financier dans la compagnie nationale dont la Confédération possède pourtant environ 20% du capital.

Il met ainsi un terme aux espoirs du patron de Swiss qui, par voie de presse, avait clairement interpellé l'Etat. Dimanche, André Dosé avait, en effet, lancé un appel à l'aide en direction du monde politique et des banques.

Refus du gouvernement

La Confédération n'assumera donc pas le surcoût induit par le renforcement de la sécurité dans les aéroports. Elle ne réduira pas non plus le montant des cotisations dues au contrôleur aérien Skyguide. Pas plus qu'elle n'abaissera l'impôt sur le carburant.

Le gouvernement fait, en outre, remarquer que la situation n'est pas comparable à celle qui prévalait lors du grounding de Swissair en 2001.

«Le devoir de l'Etat et de garantir les conditions-cadre nécessaires au développement de l'économie nationale», a souligné le ministre des Transports Moritz Leuenberger.

La Confédération reconnaît les difficultés actuelles du secteur aérien. Pour autant, elle n'entend pas offrir à Swiss un traitement de faveur qui créerait un fâcheux précédent.

A ses yeux, toutes les compagnies aériennes sont confrontées aux mêmes difficultés. Et elles ont donc droit au même traitement.

D'autant que les règles ont toujours été très claires: la Suisse a ratifié les accords bilatéraux avec l'Union européenne. Elle doit donc s'en tenir au principe du «one time, last time» (une aide unique et c'est tout!).

Or, cette aide unique a déjà été accordée lorsque la Confédération a versé 700 millions de francs dans le capital de départ de la nouvelle compagnie nationale.

En accord avec l'économie et la politique

Que s'est-il passé depuis? A quoi sont dues les turbulences que la compagnie aérienne traverse actuellement?

Une stratégie probablement trop ambitieuse, la crise économique qui touche tout le secteur aérien, la guerre en Irak et, finalement, la pneumonie atypique ont fini par mettre la compagnie à genoux.

Au bout du compte, Swiss perd trois millions de francs par jour. Du coup, les réserves accordées il y a un an par la Confédération et l'économie privée s'épuisent.

Comment remédier au mal? Différents scénarios ont été évoqués lors de la séance du Conseil fédéral de mercredi: une alliance avec une autre compagnie, une réduction de la flotte, du personnel ou du capital, ainsi qu´une nouvelle structure de propriétaires.

Pour mieux suivre l´évolution de Swiss, une délégation du Conseil fédéral a d'ailleurs été mise en place. Elle comprend les ministres des finances, des transports et de l'économie (Kaspar Villiger, Moritz Leuenberger et Joseph Deiss).

Elle veillera, en particulier, à ce que Swiss bénéficie des mêmes conditions cadres que les autres compagnies aériennes, notamment européennes.

Loin de surprendre, cette décision du gouvernement traduit la perception de la situation que se font les milieux économiques et politiques.

«Redéfinir les contributions dues au contrôle aérien et aux aéroports n'est pas le devoir de la politique», a rappelé mercredi le député radical (droite) Gerold Bührer.

En d'autres termes, se tourner vers le gouvernement pour obtenir un traitement de faveur est donc vain.

L'Union démocratique du centre (droite dure) y est également défavorable. Et ce n'est pas une surprise, puisqu'elle s'était prononcée contre la participation de la Confédération au capital de départ de Swiss.

Compter sur ses propres forces

Les deux autres partis gouvernementaux ont un avis un peu moins tranché sur la question.

Le chef de file du groupe parlementaire démocrate-chrétien (centre-droit) affirme que son parti est favorable à une nouvelle table ronde sur l'avenir de Swiss.

Même son de cloche pour la députée socialiste Hildegard Fässler. A ses yeux, le fait que le directeur de Swiss ait mis ses demandes sur la place publique est une bonne chose. Cela pose en effet les bases d'une analyse de la situation.

Du côté des patrons, le président de l'organisation faîtière «economiesuisse» Andreas Leuenberger avait affirmé mardi déjà qu'une intervention de l'Etat dans l'économie n'était pas acceptable.

Suite à la décision du gouvernement, une chose semble plus que jamais claire: Swiss devra compter sur ses propres forces pour survivre.

D'ailleurs, la direction de la compagnie aérienne doit présenter vendredi un nouveau plan de financement.

swissinfo, Daniele Papacella
(traduction: Olivier Pauchard)

En bref

- 1er avril 2002: envol de Swiss.

- 16 septembre 2002: Swiss annonce des pertes de 447 millions de francs pour son premier semestre d´existence. Avec 1,754 milliard de francs, le chiffre d´affaires dépasse nettement le 1,209 milliard inscrit au business plan.

- 19 novembre 2002: Swiss réduit sa flotte de huit avions et doit supprimer 300 emplois. La compagnie crée d'autre part 200 postes dans le secteur de la technique et des technologies de l´information.

- 17 janvier 2003: avec 11,6 millions de passagers sur ses vols en 2002, Swiss a transporté 1,8 million de personnes de plus que prévu dans le business plan.

- 27 janvier 2003: André Dosé annonce «une année 2003 difficile» pour Swiss.

- 24 février 2003: le syndicat du personnel au sol (GATA) mobilise contre d´éventuelles suppressions d´emplois.

- 25 février 2003: Swiss annonce la suppression de 700 emplois et la réduction de sa flotte de 20 avions, dont 17 régionaux, sur une flotte de 132 appareils. La mesure doit prendre effet le 30 mars.

- 25 mars 2003: Swiss réduit son capital au moyen d'une réduction de la valeur nominale de ses actions qui passe de 50 à 32 francs.

- 15 avril 2003: Swiss décide de réduire de 6,5% ses capacités de transport à titre provisoire. La guerre en Irak et l'épidémie de SRAS sont en cause.

-2 mai 2003: La direction présentera un nouveau plan d'assainissement.

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