Un regard sur le passé du climat

Un groupe international de spécialistes - dont un chercheur suisse - a étudié des échantillons prélevés sur les neiges du Kilimandjaro.

Ce contenu a été publié le 20 octobre 2002 - 11:31

Il en ressort de nouveaux éléments sur le passé du climat. Et une projection inquiétante pour l'avenir.

L'écrivain Hemingway était tombé amoureux des neiges éternelles du Kilimandjaro, au point qu'il leur avait dédié un roman. Mais, d'ici 15 ou 20 ans, ces fameuses neiges pourraient bien disparaître.

En attendant, les flocons de la plus haute montagne du continent africain ont fait l'objet d'une recherche sur le climat tropical dont les résultats viennent d'être publiés par la prestigieuse revue «Science».

L'équipe était dirigée par Lonnie G. Thompson, de l'Université américaine de l'Ohio. Et elle comprenait un Suisse, Jürg Beer de l'EAWAG (Institut fédéral pour la Science et la Technologie de l'Environnement de Duebensdorf).

L'intérêt et la nouveauté de cette recherche résident dans l'origine même des échantillons. Sous les tropiques, les échantillons de glace ne sont en effet pas nombreux. Et, dans ce cas précis, il s'agit des premiers échantillons africains.

Une datation précise, mais difficile

L'étude fournit d'abord des dates. Elle nous révèle que les glaces du Kilimandjaro ont commencé à se former il y a 11'700 ans. Puis, que trois sécheresses ont frappé le continent africain - il y a 8'300 ans, 5'200 ans et 4'000 ans.

Ces données sont confirmées par d'autres études, basées sur des échantillons qui n'ont absolument rien à voir avec ceux qui ont été prélevés au Kilimandjaro.

Cela dit, même si la datation n'a pas été facile à établir, elle est précise. Elle révèle même la présence d'un isotope radioactif qui pourrait bien être lié aux tests nucléaires de 1952.

Trois grandes sécheresses

Selon les chercheurs, le climat de l'Afrique tropicale était plus humide il y a 9'500 ans qu'aujourd'hui. A l'époque, le lac Ciad atteignait 350'000 km2 (plus grand que la mer Caspienne). Or, actuellement, il ne dépasse pas les 20'000 km2.

Il y a 8'300 ans, la sécheresse a frappé tout le continent pendant près d'un demi-siècle au moins. «Nous pensons que c'est à cette époque-là que les grands lacs africains se sont asséchés», affirme Lonnie Thompson.

Un phénomène similaire s'est d'ailleurs produit 3'000 ans plus tard.
Selon les anthropologues, c'est précisément à cette période que les premiers hommes sédentaires ont vu le jour dans cette région.

Mais trois siècles de sécheresse ont finalement tout dévasté, y compris la civilisation égyptienne et le pouvoir des pharaons.

Un adieu aux neiges éternelles?

Autre conclusion de l'étude menée par Thompson: les neiges du Kilimandjaro pourraient bien disparaître à jamais. «Nous avons constaté, précise-t-il, que les glaciers s'étaient rétractés de 17 mètres au moins depuis 1962.»

Et les choses évoluent très vite. Le côté septentrional des glaciers (haut de 50 mètres) s'est retiré de 2 mètres par rapport à l'année 2000.

Ces données renforcent les prévisions pessimistes que Lonnie Thompson faisait l'année dernière déjà. D'ici 15 à 20 ans, les glaciers du Kilimandjaro auront disparu.

Ce destin, le glacier du Kilimandjaro le partage avec beaucoup d'autres à travers le monde. Mais la comparaison n'est pas si évidente.

«Le glacier africain n'a pas beaucoup de points communs avec les glaciers alpins des moyennes latitudes», précise Douglas Hardy de l'Université du Massachusetts.

Quoiqu'il en soit, il est urgent de comprendre ce qui se passe. Les phénomènes qui ont provoqué les grandes sécheresses du passé pourraient se reproduire à nouveau.

Or, aujourd'hui, 75% de la population mondiale vit dans les régions tropicales.

swissinfo/Marco Cagnotti

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