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Une Cloche pour Ursli Pourquoi les Suisses célèbrent un classique pour enfants qui n’est pas Heidi?



L’aire de jeu pour enfant de l’exposition sur Carigiet à Zurich est basée sur une scène d’«Une Cloche pour Ursli ». Ursli est assis à la table.

L’aire de jeu pour enfant de l’exposition sur Carigiet à Zurich est basée sur une scène d’«Une Cloche pour Ursli ». Ursli est assis à la table.

(Keystone)

C’est un livre pour enfants écrit en romanche, une langue parlée par seulement 60’000 personnes en Suisse, qui a réussi à faire le tour du monde. «Une Cloche pour Ursli» a alimenté les rêves des enfants bien au-delà des frontières helvétiques, si bien que l’ouvrage a notamment été traduit en japonais et en afrikaners. 

L’histoire est née de l’imaginaire de l’auteure Selina Chönz mais elle a surtout rendu célèbre son  illustrateur Alois Carigiet. L’artiste grison, lui, s’était pourtant davantage battu pour être reconnu en tant que peintre.

 «Là-haut sur les montagnes bleues et lointaines vit un petit enfant, exactement comme toi…» La phrase d’introduction d’«Une Cloche pour Ursli» (Uorsin en romanche) est familière pour des générations d’enfants. Toutefois, ce sont les illustrations particulières d’Alois Carigiet qui en ont fait l’un des livres de chevet préférés pendant des années: Ursli avec sa crinière de boucles, couverte d’un petit chapeau pointu, à la recherche d’une grande cloche de vache pour pouvoir aller au cortège du festival du printemps dans son village. 

Au moins un million de copies du livre ont été vendues depuis sa publication en 1945. Les textes de Selina Chönz ont été traduits dans neuf langues et vont bientôt paraître en persan.

Alois Carigiet a contribué à d’autres livres pour enfants, tel que «Florina et l’Oiseau sauvage», mais aucun n’a atteint la popularité d’Ursli. En 1966, l’illustrateur a reçu une distinction d’envergure internationale, le «Hans Christian Andersen Award» pour les livres d’enfants.

2015 marque le 70e anniversaire de la publication d’«Une Cloche pour Ursli». Cette année coïncide également avec le 30e anniversaire de la mort d’Alois Carigiet. A cette occasion, un nouveau film d’Ursli sortira. Une opportunité pour le Musée National Suisse à Zurich de présenter l’œuvre de l’artiste grison au-delà de ses livres pour enfants.

L’artiste aux multiples talents

«Alois Carigiet n’est pas seulement le père d’«Une Cloche pour Ursli», ni uniquement un peintre. Il est aussi un excellent graphiste, un scénographe, et le cofondateur du Cabaret Cornichon (réd: lieu culturel zurichois, entre 1934 et 1951)», relève Pascale Meyer, curatrice de l’exposition «Alois Carigiet: Art, Graphisme et Une cloche pour Ursli», ouverte jusqu’en janvier prochain.

Alois Carigiet est né en 1902, à Trun, aux Grisons. Il était le septième d’une famille de onze enfants, et, selon ses récits, a eu une enfance idyllique dans les montagnes de ce canton rural et jadis pauvre. Son père a ensuite fait déménager la famille à Coire, la capitale cantonale. Le romanche était la langue familiale.

Alois Carigiet a suivi une formation dans le domaine des arts appliqués mais il était aussi autodidacte et un artiste hautement prolifique sur le plan commercial. Son travail a été utilisé pour des publicités touristiques. Il a notamment réalisé le poster de l’Exposition nationale suisse de 1939. «Son œuvre fait preuve d’humour et d’intelligence. Il était l’un des meilleurs affichistes suisses», a indiqué Pascale Meyer lors de la conférence de presse de présentation de l’exposition.

Alois Carigiet a aussi réalisé des scénographies, notamment au Cabaret Cornichon. Toutefois, le cœur de l’artiste appartenait à l’art et, en 1939, il se retira dans les montagnes grisonnes pour se consacrer à la peinture.

Son art

Le directeur du Musée d’art des GrisonsLien externe, Stephan Kunz, qui a prêté plusieurs peintures d’Alois Carigiet pour l’exposition, explique qu’il était connu comme un important artiste grison et qu’il a cultivé cette image. «Néanmoins, il a aussi acquis une notoriété bien au-delà des frontières cantonales», indique-t-il.

Alois Carigiet a développé et affiné un style particulier, en utilisant des motifs de son environnement, qu’il explorait au travers de compositions robustes et dynamiques.

On pouvait souvent rencontrer l’artiste dans la nature, son cahier d’esquisses en mains. Comme le montre ce clip de la télévision publique suisse SRF, il était contre la  photographie «moderne».

Alois Carigiet laissait parfois ses voisins perplexes. Comme le raconte Stephan Kunz, «il faisait quelque chose d’étrange par rapport à leur quotidien: c’était des paysans, des gens simples, que l’artiste respectait. Quand ils lui demandaient pourquoi il peignait toujours les vaches en rouge, il répondait: ‘Je suis un artiste et un peu fou’, mais ils l’ont toujours respecté.»

La grande percée d’Alois Carigiet en tant que peintre est survenue en 1951 avec une gigantesque œuvre murale à Zurich. Toutefois, sa popularité – acquise comme illustrateur mais aussi au travers de sa production graphique volumineuse – a nui à sa réputation artistique, selon Stephan Kunz.

Ses choix de thèmes régionaux-traditionnels (Heimatstil) eurent le même effet. Ce n’est pas une coïncidence si le livre d’Ursli, qui raconte une époque révolue, où la vie était plus «simple», a été publié après la guerre, à l’heure où prévalait un désir de retour à des valeurs plus conservatrices. «Si vous regardez son travail d’artiste, de peintre, vous voyez d’autres qualités. Il est devenu un bon peintre», ajoute Stefan Kunz, en se référant à son utilisation de la perspective et de l’espace pictural.

Le charme d’Ursli

Alois Carigiet avait d’abord refusé d’illustrer Ursli car il souhaitait se concentrer sur la peinture. Il s’est battu longtemps pour concevoir le personnage principal. Cinq ans se sont écoulés entre le moment où il a accepté le travail et la publication. L’exposition présente d’ailleurs un dessin original du livre.

Ursli a rencontré un succès immédiat auprès du public, dès sa sortie en allemand et en deux idiomes de romanche. «Le livre est désormais considéré comme un classique pour enfants», relève Ronny Förster, de la maison d’édition «Orell Füssli», qui détient les droits sur Ursli depuis 1971. «Les touristes qui veulent un souvenir de la Suisse idyllique achètent souvent la version anglaise», ajoute Ronny Förster. 

Le livre a connu un succès particulier au Japon. Un éditeur japonais a écoulé 42’000 copies depuis 1973. «La quantité ne paraît pas gigantesque mais le fait que l’éditeur indique qu’aucun autre livre illustré ne se vend aussi bien est intéressant», précise Ronny Förster.

Les livres pour enfants ont certes éclipsé les autres talents d’Alois Carigiet. Reste que ce travail lui a procuré un plaisir immense.

Et même lorsqu’il a arrêté d’illustrer des livres d’enfants, l’artiste était ravi d’entendre que des bambins dormaient avec le livre d’Ursli sous leur oreiller. Il écrivit un jour que, pour lui, il était important d’apporter aux enfants «un peu de la lumière et de l’éclat d’une enfance passée dans la nature», en particulier à ceux qui vivent «dans des rues et des maison grises au cœur de la ville».


(Traduction de l'anglais: Katy Romy), swissinfo.ch


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