Une histoire qui ne manque pas de sel

80% du sel consommé provient des produits fabriqués par l’industrie agroalimentaire. Keystone Archive

Comme ils l'ont fait pour le sucre, les Suisses vont devoir déclarer la guerre au sel. Pour leur santé. Et au grand dam de l'industrie agroalimentaire.

Ce contenu a été publié le 12 janvier 2002 - 19:35

A l'instar de la majorité des habitants des pays industrialisés, les Suisses mangent trop salé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'il ne faut pas dépasser 2 kilos de sel par an et par individu. «Or, affirme Jurg Luthy, nous en consommons en moyenne 10 g par jour.»

Pour le responsable de l'unité nutrition à l'Office fédéral de la santé publique, «c'est beaucoup trop». Et le problème est d'autant plus grave que le chlorure de sodium a été déclaré ennemi de la santé publique.

En effet, le corps médical considère que la consommation excessive de sel favorise l'hypertension artérielle. Et, par conséquent, le risque d'accidents cardio-vasculaires.

80% du sel consommé par les Suisses

En fait, ce n'est pas la salière qui est dans le box des accusés. Mais plutôt les produits fabriqués par l'industrie agroalimentaire, où l'on trouve 80% du sel consommé par les Suisses.

«Le pire, ajoute Françoise Michel, rédactrice en chef du magazine de la Fédération romande des consommateurs, c'est que les aliments sucrés contiennent eux aussi du sel caché».

Et les quantités de chlorure de sodium dissimulées sont parfois considérables. Ainsi, les céréales avalées au petit-déjeuner peuvent contenir autant de sel qu'un bol d'eau de mer.

Bref, le sel est un véritable problème de santé publique. Et la prévention est d'autant plus difficile que l'industrie agroalimentaire n'est pas contrainte d'indiquer sur ses produits le taux de chlorure de sodium qu'ils contiennent.

«En Suisse, seuls les produits vendus sous la mention 'pauvre en sodium' doivent répondre à des normes strictes, confirme Elisabeth Nellen, responsable adjointe à la section des denrées alimentaires de l'OFSP. Ils ne peuvent pas contenir plus de 0,12 g de sel par 100 g».

Les Suisses ont gagné la bataille du sucre

«En définitive, espère Françoise Michel, c'est le consommateur qui finira par dicter son choix à l'industrie agroalimentaire. Lorsqu'il aura pris conscience du problème, il décidera spontanément de limiter sa consommation de produits précuisinés. Et les fabricants devront revoir leur copie.»

Et Françoise Michel de rappeler que les consommateurs ont déjà gagné la bataille du sucre. «Sous leurs pressions, les fabricants ont fini par commercialiser des produits sans adjonction de sucre, souligne-t-elle. Il y a quelques années, on ne trouvait aucun produit de ce type sur le marché.»

La bataille du sel promet d'être rude. D'autant que le chlorure de sodium est bon pour les fabricants. Et pour cause, il retient l'eau et augmente ainsi le poids des aliments conditionnés. Et puis, c'est également un exhausteur de goût particulièrement bon marché.

Dans le collimateur des autorités françaises

La bataille du sel a déjà commencé en France où l'Agence de sécurité sanitaire des aliments préconise une réduction d'environ 20% de la teneur en sel dans les aliments commercialisés. Et cela sur cinq ans.

Les Britanniques, eux, ont déjà ramené leur consommation moyenne de sel à quelque 4 grammes par jour. Et les Belges, les Canadiens, les Finlandais ou les Australiens ont aussi pris des mesures ou émis des recommandations en faveur d'une réduction de la consommation de chlorure de sodium.

Vanda Janka

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