Initiative de limitation: «Ce serait alors un retour forcé»

Michael Obrist vit et travaille dans l'UE depuis dix ans.

L’initiative de limitation se concentre sur la question de l’immigration étrangère en Suisse. Pourtant, si elle était acceptée et si l’accord sur la libre circulation des personnes était effectivement résilié, elle aurait aussi des conséquences directes pour les nombreuses Suissesses et les nombreux Suisses qui vivent et travaillent dans l’espace UE/AELE.

Ce contenu a été publié le 20 août 2020 - 12:57

Environ 460'000 Suisses sont installés dans un pays de l’Union européenne. Ils seront directement touchés si l’initiative de limitation de l’UDC est acceptée le 27 septembre. Dans une prise de position, l’Organisation des Suisses de l’étranger ne mâche pas ses mots: les conséquences d’un Oui seraient pour eux «une catastrophe».

Pourtant, les Suissesses et les Suisses de l’étranger ne jouent qu’un rôle insignifiant dans le débat public sur l’initiative. L’argumentaire du comité d’initiative publié dans la brochure officielle de votation parle exclusivement de l’immigration étrangère en Suisse – et ne dit rien des mouvements dans l’autre sens. Le Conseil fédéral et le Parlement, qui prônent le rejet de l’initiative, mettent en revanche l’accent sur l’accès au marché intérieur européen. Ce dernier n’est cependant pas seulement intéressant pour les entreprises exportatrices, mais aussi pour les Suisses qui souhaitent vivre et travailler dans l’UE.

L’économie suisse est déjà européenne

«La Suisse du 21e siècle est inconcevable en dehors de l’Europe et sans la libre circulation des personnes», écrit le Nouveau mouvement européen Suisse (NOMES) dans son argumentaire.  

Il met notamment en évidence la part de la main-d’œuvre européenne dans différents secteurs d’activité en Suisse.

Dans le commerce de détail, au moins 20% des employés sont citoyens européens. Cette proportion s’élève à 25% pour le personnel soignant et atteint un tiers chez les médecins. Même dans l’agriculture, un cinquième de la main-d’œuvre vient de l’espace UE/AELE et peut travailler en Suisse grâce à la libre circulation des personnes.

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C’est le cas de Michael Obrist qui est de retour depuis six moins à Vienne où il travaille pour une start-up de conseil sur les questions liées à la numérisation. Il vit depuis une dizaine d’années déjà à l’étranger et il a pu apprécier dans de nombreux domaines les avantages de l’étroite imbrication de la Suisse et de l’UE, explique-t-il lors d’un entretien sur WhatsApp – téléphoner sur les canaux normaux coûte relativement cher parce que la Suisse n’est pas associée à la suppression des frais de roaming dans l’UE.

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Michael Obrist a d’abord profité des accords de la Suisse avec l’UE pour ses études: «J’ai pu étudier pendant un semestre à Vienne grâce au programme Erasmus. À cette époque, c’était possible sans complications», dit-il. Et lorsqu’il s’est décidé à poursuivre ses études de master dans la capitale autrichienne, il a pu transférer sans problème les crédits qu’il avait obtenus à l’Université de Berne.

L’exemple Erasmus

Poursuivre ses études en Europe est aujourd’hui plus compliqué qu’avant 2014 pour les étudiants suisses et ils ont moins d’options disponibles. Le programme d’échanges pour étudiants Erasmus a été une des victimes directes de l’initiative populaire Contre l’immigration de masse adoptée cette année-là. Erasmus est un des programmes d’encouragement européens les plus connus et permet d’effectuer des séjours universitaires sur tout le continent. Suite à la votation de 2014, la Suisse a été rétrogradée du statut de membre à celui de partenaire, ce qui a provoqué un grand émoi dans les milieux académiques.

Des efforts sont actuellement en cours pour obtenir la réintégration de la Suisse dans le programme. L’Union des étudiant-e-s de Suisse UNES et le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ) militent pour que la Suisse réintègre Erasmus dès l’an prochain. L’acceptation de l’initiative de limitation constituerait à cet égard un revers majeur.

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Il en a ensuite profité au niveau professionnel. Au terme de ses études, son premier emploi l’a conduit à Berlin où il a aussi pu s’installer sans problème. Il a travaillé pour une start-up dans le secteur de la formation avant de se mettre à son compte pour quelque temps. Il résume son expérience ainsi: «En tant que Suisse dans l’UE, j’ai pu y profiter de la mobilité professionnelle et de la liberté d’entreprendre qui sont très grandes. Autrement, je n’aurais pas pu vivre comme je le fais».

C’est surtout dans le domaine des start-ups qu’il a pu constater à quel point la collaboration transfrontalière est étroite et profonde. Les synergies sont particulièrement fortes dans la zone D-A-CH qui comprend l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. «Acquérir de l’expérience à l’étranger ou engager du personnel venant d’un autre pays: ce sont des éléments cruciaux dans le milieu des start-up – et cela, dans chacun de ces trois pays.»

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Troisièmement, il en a aussi profité au plan privé: Michael Obrist revient régulièrement en Suisse où il entretient toujours des contacts étroits avec sa famille et ses amis. « La simplicité des passages d’un pays à l’autre est pour moi essentielle». Il remarque que certaines personnes n’ont pris conscience de la situation privilégiée où nous nous trouvons qu’au moment de la fermeture provisoire des frontières en raison de la pandémie.

Il est difficile de prévoir exactement quelles seraient les conséquences d’une acceptation de l’initiative de limitation, mais il faut s’attendre à une insécurité juridique et des milliers de Suisses installés à l’étranger risquent de voir leurs autorisations de séjour révoquées. Pour Michael Obrist, il est clair qu’il est «irrationnel de mettre en péril les bonnes relations» avec l’UE. Il est convaincu que «la Suisse présumerait de ses forces si elle décidait de faire cavalier seul – sous quelque forme que ce soit. Et cela peut avoir un effet boomerang».

Pour lui-même, Michael Obrist estime que les choses seraient plus difficiles, autant sur le plan professionnel que privé. Il pourrait évidemment revenir en Suisse. «Mais ce serait un retour forcé.»


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