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WEF 2017 Les élites réunies à Davos face à la colère des classes moyennes



4 décembre 2016 à Rome. Les manifestants célèbrent la défaite dans les urnes du projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi, qui entraînera la démission du premier ministre. Désaveu des élites, désaveu d'un homme ou désaveu d'une réforme?

4 décembre 2016 à Rome. Les manifestants célèbrent la défaite dans les urnes du projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi, qui entraînera la démission du premier ministre. Désaveu des élites, désaveu d'un homme ou désaveu d'une réforme?

(AFP)

Les dirigeants qui s'apprêtent à rejoindre le WEF affrontent une véritable fronde anti-élites de la part de leurs citoyens. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Italie, celle-ci s'est exprimée dans les urnes.

Les Pays-Bas, l'Allemagne et la France vont bientôt se rendre aux urnes. Plusieurs chefs d'Etat, à l'image du président français François Hollande, de la chancelière allemande Angela Merkel et du premier ministre canadien Justin Trudeau, ont donc décidé de rester à la maison pour faire face aux craintes de leur électorat plutôt que de se rendre au Forum économique mondial (WEF) de Davos.

Même la Suisse, un bastion de prospérité qui jouit d'une qualité de vie élevée et dont les politiciens sortent rarement du rang, est désormais divisée sur le front politique. Elle a récemment subi une série de référendums controversés.

Pour répondre à ce défi, le WEF a adopté comme slogan cette année «Un leadership réactif et responsable». Les dirigeants «doivent écouter, ils doivent interagir avec les gens qui les ont placés à la tête de l'Etat, a souligné le fondateur du Forum Klaus Schwab en amont de l'évènement. Mais il ne suffit pas de tendre l'oreille: il faut aussi savoir agir, se montrer responsable, avoir le courage de prendre des décisions qui vont améliorer la face du monde.» Il espère que ce message «sera davantage entendu que les années précédentes».

La quête d'une alternative

Louis Perron, un politologue suisse qui travaille comme consultant pour plusieurs clients helvétiques et étrangers, pense que les élites occidentales payent aujourd'hui le prix de leur incapacité à formuler une réponse cohérente face à un monde en rapide évolution. Et à rassurer des citoyens qui s'inquiètent pour leurs emplois, pour leurs prestations sociales et au sujet de l'immigration

«Le peuple a un message à faire passer mais les élites ne le comprennent pas, a-t-il dit à swissinfo.ch. Au lieu d'ajuster leur réponse, elles se contentent de répéter la même chose, un peu plus fort. Cela a créé un décalage entre l'offre et la demande politique, alors les gens ont commencé à chercher et à voter pour des alternatives.»

«Derrière chaque élection et chaque campagne de référendum, il se joue une bataille pour définir l'objet du vote, a-t-il poursuivi. Or, les partis dominants se retrouvent de plus en plus souvent du côté des perdants.» Et lorsque les dirigeants se mettent à perdre la bataille des mots, il devient très difficile pour eux de rattraper leur retard dans les urnes, a-t-il précisé.

Les Suisses voient rouge

Le vote des Britanniques pour quitter l'Union européenne, ainsi que le rejet de la dynastie politique Clinton au profit du candidat jusqu'au-boutiste et anti-élites Donald Trump aux Etats-Unis sont le signe d'une insatisfaction généralisée des électeurs face au système dominant.

En Suisse aussi, les électeurs ont marqué leur désapprobation. Ces dernières années, ils ont dû s'exprimer sur une série de référendums qui avaient pour but de remettre en question des pratiques établies. Parmi ceux-ci figuraient notamment l'introduction d'un salaire minimal, une modification de la politique de la Banque centrale et une refonte des services publics.

La plupart ont échoué dans les urnes, mais certaines initiatives ont néanmoins passé le cap du vote populaire, à l'image de celles qui ont voulu mettre fin aux salaires élevés des patrons ou restreindre les flux migratoires, générant de véritables casse-têtes pour les dirigeants politiques et économiques. Cela a poussé le monde des affaires à reconnaître qu'il devait renouer des liens tant avec les politiciens qu'avec les électeurs.

Classe moyenne prise en étau

Cette fronde des électeurs est un phénomène qui touche avant tout les classes moyennes, estime la banque UBS dans un papier publié en novembre. Elle est davantage perceptible dans les Etats occidentaux que dans les pays en voie de développement, où les classes moyennes continuent à grandir et à gagner en richesse, selon ce document.

Mais la banque pense aussi que la classe moyenne suisse est un cas à part dans le monde occidental. Le gouvernement a en effet su atténuer les effets des disparités de revenus en octroyant un certain nombre de rabais fiscaux et d'avantages aux détenteurs de bas salaires. Le système des apprentissages et la liberté qui règne sur le marché du travail en Suisse ont également contribué à préserver les emplois.

L'Union syndicale suisse n'adhère pas à cette vision positive des choses. Les familles à bas ou moyens revenus ont été plus durement touchées par la hausse des coûts de l'assurance maladie que les gros salaires, a-t-elle estimé dans un papier de position paru l'an passé. Les gens qui gagnent peu dépendront aussi davantage de leurs maigres avoirs de vieillesse au moment de la retraite que les personnes aisées, qui pourront se reposer sur les investissements qu'ils auront accumulés durant leur vie active.

Citoyens raisonnables

Les syndicats se sont associés à la gauche pour lancer un référendum contre la troisième réforme de l’imposition des entreprises, qui sera voté le mois prochain. Les référendaires font appel à la classe moyenne pour donner le coup de grâce à cette réforme qui lui fera porter le coût du maintien des multinationales sur sol helvétiques, affirment-ils.

Quel que soit le résultat de cette votation, Louis Perron est convaincu que les électeurs suisses se comporteront de façon plus raisonnable que ceux des pays voisins. «Lorsqu'ils déposent leur bulletin dans l'urne, les citoyens helvétiques le font rarement par colère ou pour des motifs purement égoïstes, dit-il. Ils se montrent plutôt ouverts face aux arguments qui mettent en avant le bien commun, ce qui les rend plus enclins à suivre les recommandations de vote du gouvernement.»

«A l'inverse, les électeurs d'autres pays ont moins souvent l'occasion d'exprimer leur désaccord, alors cela se traduit par des résultats plus extrêmes lors des élections.» Cette question sera largement débattue à Davos lors de la réunion annuelle du WEF, du 17 au 20 janvier, par des chefs d’État soucieux d'éviter ce genre d’évolution.

Le WEF en 2017

La 47e édition du Forum économique de Davos se tiendra du 17 au 20 janvier. Quelque 3000 délégués y prendront part, issus du monde de la politique, de l'économie, de la société civile, de la religion, de l'université et de la culture. Un nombre record.

Le président chinois Xi Jinping est attendu, avec une importante délégation chinoise. Il deviendra le premier chef d'Etat en provenance de ce pays à se rendre à Davos. Parmi les autres participants de premier plan figurent le premier ministre britannique Theresa May, le vice-président américain Joe Biden, la cheffe du FMI Christine Lagarde, le président du CICR Peter Maurer et le nouveau secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Environ 1000 patrons, représentant 1400 entreprises, seront également de la partie, dont Bill Gates (Microsoft), Sheryl Sandberg (Facebook) et Jack Ma (Alibaba). Outre les thèmes politiques et économiques déjà évoqués, le sommet se penchera sur l'environnement, les conflits en Irak et en Syrie, les questions de genre, l'éducation et la santé.

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(Traduction de l’anglais: Julie Zaugg), swissinfo.ch

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