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Carnage à Paris


Le journal satirique Charlie Hebdo victime d’un attentat meurtrier


La dernière Une du journal satirique Charlie Hebdo. (AFP)

La dernière Une du journal satirique Charlie Hebdo.

(AFP)

Trois hommes cagoulés et lourdement armés ont provoqué mercredi un véritable carnage au siège du journal Charlie Hebdo à Paris. Le bilan provisoire de cet attentat fait état de 12 morts, dont deux policiers, et d’une vingtaine de blessés. Quatre caricaturistes de renom figurent parmi les victimes.

En fin de matinée, vers 11h30, trois hommes armés de Kalachnikovs ont fait irruption au siège de Charlie Hebdo dans le XIe arrondissement de Paris. Ils ont ouvert le feu sur les membres de la rédaction, ainsi que sur des policiers arrivés sur les lieux.

Les dessinateurs Cabu, Charb, Wolinski et Tignous font partie des morts, selon la police. 

Durant leur fuite, les agresseurs ont encore achevé un policier blessé lors d'un échange de coups de feu. Ils ont ensuite braqué un automobiliste porte de Pantin et percuté un piéton. Les forces de l’ordre ont pour l’heure perdu leur trace.

«Nous avons vengé le prophète!»

L'identité des auteurs de la fusillade n'était pas connue à la mi-journée. Selon des témoins cités de source policière, ils ont crié «nous avons vengé le prophète!» avant de réussir à prendre la fuite. «L'assaut a duré cinq minutes. Les assaillants parlaient parfaitement français et se revendiquaient d'Al-Qaïda», a témoigné «Coco», une dessinatrice de l'hebdomadaire satirique.

Sans que l'on sache s'il y a un lien avec cette attaque, Charlie Hebdo a fait la Une de son dernier numéro paru ce mercredi sur la sortie de Soumission, nouveau roman controversé de l'écrivain Michel Houellebecq, un des auteurs français les plus connus à l'étranger. Ouvrage de politique fiction, le livre brosse le portrait d'une France islamisée en 2022, après l'élection d'un président de la République musulman.

«Les prédictions du mage Houellebecq: en 2015 je perds mes dents... En 2022 je fais Ramadan!», fait dire à un Houellebecq caricaturé l'édition de Charlie Hebdo parue mercredi.

L'hebdomadaire satirique a été menacé à de nombreuses reprises depuis la publication de caricatures de Mahomet en 2006. En novembre 2011, le siège de Charlie avait été détruit dans un incendie criminel, déjà qualifié d'«attentat» par le gouvernement de l'époque. En 2013, un jeune homme de 24 ans avait été condamné à de la prison avec sursis pour avoir appelé sur Internet à décapiter le directeur de Charlie Hebdo après la publication de caricatures de Mahomet.

Nombreuses réactions

Arrivé rapidement sur les lieux, le président français François Hollande a condamné un acte d'une «exceptionnelle barbarie». Selon lui, il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’un attentat terroriste. Le chef de l'Etat français a fait état de plusieurs attentats déjoués ces dernières semaines en France. «Nous savions que nous étions menacés», a-t-il dit, en promettant de répondre avec fermeté.

Le Premier ministre Manuel Valls a décidé de relever le plan Vigipirate contre les attentats à son niveau le plus élevé dans la région Ile-de-France. Le niveau écarlate de Vigipirate est mis en place en cas de menace certaine. Il vise à prévenir des attentats majeurs.

Au niveau international, les réactions se multiplient. Washington a condamné «dans les termes les plus forts» l'attaque. «Toute la Maison Blanche est solidaire des familles de ceux qui ont été tués ou blessés dans cette attaque», a déclaré Josh Earnest, porte-parole du président américain Barack Obama, sur la chaîne MSNBC.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a condamné «un acte intolérable, une barbarie». Le Premier ministre britannique David Cameron a qualifié pour sa part l'attaque terroriste de «révoltante» et exprimé sa solidarité avec la France.

A Berne, la présidente de la Confédération Simonetta Sommagura a déclaré: «La Suisse condamne fermement l’attentat commis à Paris et présente ses condoléances à la France». Ce message a été diffusé par le biais de Twitter par le porte-parole du gouvernement suisse. Dans un communiqué, le gouvernement a ajouté que cet attentat montre que des libertés et droits fondamentaux comme la liberté d’opinion et de la presse ne sont pas évidents même dans les démocraties occidentales et qu’ils doivent être défendus avec tous les moyens.

Consternation des médias suisses

Les éditeurs de journaux romands, regroupés au sein de Médias Suisses, parlent d'une «journée noire» pour la liberté de la presse et pour le rayonnement de la France. «S'en prendre à un journal est particulièrement lâche», a déclaré Daniel Hammer, son secrétaire général. «Toucher à Charlie Hebdo a une portée particulière, a-t-il poursuivi. C'est un mauvais signal donné à une valeur aussi centrale que la liberté de la presse, qui plus est en France». 

«Nos libertés fondamentales sont visées», a réagi Thierry Barrigue, directeur et rédacteur en chef de Vigousse, le journal satirique romand basé à Lausanne. «C'est une tristesse énorme qui m'envahit», a-t-il déclaré, en pleurs.

«Charb était venu à Morges (Vaud) pour un débat sur la liberté de la presse, là aussi il était accompagné par un policier. Il se savait menacé. Il m'avait dit qu'il ne céderait jamais devant les menaces, qu'il continuerait son boulot pour la liberté d'expression. Ces gens-là sont morts pour que l'on puisse s'exprimer librement. Pour que nous puissions parler haut et fort. Sans ça, il n'y a pas de démocratie possible», a poursuivi Thierry Barrigue.

Raymond Burki parle pour sa part d’«un drame inimaginable, épouvantable». Avec la disparition de Cabu, Wolinski, Charb sous les balles de tueurs cagoulés, «le monde a perdu de grandes plumes. Ce sont des sommités dans le dessin. C'est incroyable, c'est pas possible d'être tué à cause d'un dessin ou deux», a déclaré Raymond Burki qui vient de prendre sa retraite après 38 ans de dessins pour le quotidien 24 heures.

swissinfo.ch et les agences


La logique du coup pour coup

Selon Jacques Baud, spécialiste suisse du terrorisme, ce massacre inédit – au moins en France - contre une rédaction d’un journal est «dans la logique du djihad qui entend répondre à un attaque par une autre attaque. Même si c’est près de 10 ans après la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, les terroristes ont apporté leur réponse sanglante à ce qu’ils estimaient être une attaque contre le Prophète.»

Auteur de plusieurs ouvrages sur le terrorisme islamiste, Jacques Baud espère que la France ne tombera pas dans le piège tendu par les terroristes. «Il ne faudrait pas par exemple, au nom de la liberté de la presse, que l’on publie à nouveau ces fameuses caricatures. Ce qui serait une nouvelle victoire aussi bien pour la mouvance djihadiste que pour ceux qui s’en prennent à l’Islam en Europe, comme en Allemagne. Car cette attaque est justement une conséquence de la logique frontale, binaire qui s’est installée depuis le 11-Septembre: si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous.»

Mais Jacques Baud ne voit pas le changement venir. Selon le spécialiste, les gouvernements occidentaux n’ont toujours pas de stratégie autre que militaire ou policière contre le terrorisme. Ce qui renforce le djihad qui s’alimente de ce qu’il considère comme une agression. «Au lieu de frapper lourdement à la manière du karatéka, il serait beaucoup plus pertinent de s’inspirer de l’aïkido qui utilise la force de l’adversaire pour l’affaiblir.» 

Frédéric Burnand, swissinfo.ch


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