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Corruption en Angola Deux financiers genevois inculpés par la justice espagnole

Vue du jet d'eau de Genève

Genève est connue pour son jet d'eau, mais aussi pour son secteur financier. 

(Laurent Gillieron / Keystone)

En Espagne, l’enquête conduite par José de la Mata au sujet du scandale de corruption Defex vient de passer la vitesse supérieure. Dans un acte d’accusation déposé le 20 mai 2019, le procureur madrilène a renvoyé 24 individus et trois sociétés en jugement dans le volet angolais de l’affaire. Parmi eux figurent deux intermédiaires genevois.

Comme Gotham City le révélait en juillet 2018 (Ventes d’armes à l’Angola: les pots-de-vin finissaient dans des banques suissesLien externe), la Suisse a joué un rôle-clef dans la mise en place du système de blanchiment ayant permis d’acheminer les pots-de-vin de l’entreprise d’armement publique espagnole à destination des autorités angolaises.

L’acte d’accusation du procureur de la Mata consacre une bonne part de ses 258 pages aux intermédiaires suisses de l’affaire.

Champion des transferts discret

Walter Stresemann, directeurLien externe de la société spécialisée dans la création de trusts et de structures offshores Vistra SA à Genève, et Vicente Ferro, présidentLien externe de la société de gestion de patrimoine genevoise Beaulac SA, sont accusés de détournement de fonds, blanchiment et de faux dans les titres.

Les enquêteurs reprochent à Walter Stresemann d’avoir créé, au bénéfice des clients de Beaulac, toute une série de sociétés offshores, de comptes en banque, de faux contrats commerciaux et de fausses factures permettant d’acheminer les commissions illicites entre Defex et l’Angola en leur offrant un semblant de légalité.

Beaulac gérait notamment les fonds de l’ancien président de Defex, José Ignacio Encinas Charro, ainsi que ceux de l’ex-directeur des opérations de l’entreprise, Ángel María Larumbe Burgui. La société de compensation genevoise Cofinor SA, aujourd’hui en liquidation mais bien connue à l’époque comme le «champion des transferts d’argent discretsLien externe», se chargeait des détails pratiques.

Les enquêteurs révèlent par exemple qu’en mars 2009, Vicente Ferro a demandé à Cofinor de verser 143’200 euros en liquide à Ángel María Larumbe Burgui à Madrid. L’homme utilisait un langage codé («cajas de vino», «bodega Far-East») pour demander un versement en billets de 100 et 200 euros.

Amende salée demandée

Un employé de Cofinor a effectué le voyage depuis la Suisse pour apporter les espèces. Le montant correspondant a ensuite été crédité à Cofinor par le biais de offshores créées spécifiquement dans ce but.

Insistant sur la manière dont les fonds ont été si «commodément blanchis» grâce à l’«inestimable collaboration» de Walter Stresemann et Vicente Ferro, le parquet de Madrid requiert 5 millions d’euros d’amende à leur encontre. Le montant de leur responsabilité civile envers la société Defex est évaluée à 12,5 millions d’euros chacun.

Walter Stresemann a longtemps occupé des fonctions dirigeantes au sein de l’ARIF, un organisme genevois chargé de la prévention et de la lutte contre le blanchiment chez les intermédiaires financiers. Fin 2016, il participait à une conférenceLien externe intitulée: «Emploi de sociétés offshore: quel est le problème?»

Contacté par Gotham City, Walter Stresemann affirme avoir toujours respecté les lois en vigueur en Suisse: «Je n’ai jamais joué de rôle actif dans toute cette affaire, assure-t-il. Je suis victime d’un abus par des accusations qui, j’en suis sûr, ne sauraient tenir devant les tribunaux.»

Gotham City

* Fondée par les journalistes d’investigation Marie Maurisse et François Pilet, Gotham CityLien externe est une newsletter de veille judiciaire spécialisée dans la criminalité économique.

Chaque semaine, elle rapporte à ses abonnés les cas de fraude, corruption et blanchiment en lien avec la place financière suisse, sur la base de documents de justice en accès public.

Tous les mois, Gotham City sélectionne l’un de ses articles, l’enrichit et le propose en accès libre aux lecteurs de swissinfo.ch.

Gotham City fête actuellementLien externe ses deux ans d’existence, son 100e numéro et son milliers de lecteurs hebdomadaires.

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Walter Stresemann précise que «les fonds reçus par les sociétés administrées par Fortis Intertrust ou Vistra provenaient de Defex (une entreprise étatique) au profit de particuliers espagnols employés par Defex. Sauf dans un cas, je n’ai jamais agi en tant qu’administrateur ou signataire bancaire autorisé des sociétés mentionnées dans l’accusation.»

«Je ne crois pas que l’Espagne ait une compétence judiciaire, poursuit-il. Cependant, j’ai toujours coopéré avec les autorités espagnoles dans le passé.»

Vicente Ferro nie également toute infraction. Il affirme que Beaulac a accompli correctement ses obligations de «due diligence» dans cette affaire. Affirmant coopérer avec la justice espagnole depuis le début de l’enquête, il espère obtenir un non-lieu.

Plusieurs banques dans le collimateur

Si aucune banque suisse ne fait partie des inculpés dans cette affaire, leur rôle pose également question. Millennium Banque Privée BCP, Julius Bär, Banque Audi, UBS, Ruegg Bank (rachetée par la Société Générale), BSI (reprise par EFG International), Hyposwiss, Barclays Bank et Indosuez ont toutes abrité des comptes suspects.

Julius Bär hébergeait notamment un compte au nom de l’épouse d’Ambrosio de Lemos Freire dos Santos, le commandant général de la police nationale d’Angola. C’est avec cet homme que Defex avait signé une opération à plus de 152 millions d’euros, afin de fournir des équipements à ses agents. Le compte de sa femme, ouvert en 2008, a reçu jusqu’à 280’000 euros de pots-de-vin.

La Millennium Banque Privée BCP, dont le nom revient fréquemment dans le document, a abrité quant à elle plusieurs comptes importants dans le fonctionnement du réseau de blanchiment et paiement des pots-de-vin, comme Kyandra Ventures, JCB Consultancy, JTL Financial ou Newell International.

De nouvelles révélations devraient suivre au cours des prochains mois. José de la Mata enquête en effet en parallèle sur les volets camerounais et saoudien de l’affaire Defex.

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