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Crise sanitaire et économie Prenez les milliards, il y en a assez pour tout le monde

 Ueli Maurer marche seul dans la rue

Le ministre suisse des Finances Ueli Maurer tient fermement la barre en cette période de crise sanitaire et économique. 

(Keystone / Peter Klaunzer)

Le ministre suisse des Finances Ueli Maurer a pris la tête du combat contre les conséquences économiques de la pandémie. Le conseiller fédéral tient fermement les rênes, ce qui constitue un contraste rafraîchissant avec ses collègues étrangers. La politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS) ne joue pour ainsi dire plus aucun rôle.

Point de vue

Point de vue

En matière économique, le ministre des Finances Ueli Maurer retient toute l’attention des médias en Suisse, alors que le président de la BNS Thomas Jordan semble s’être esquivé. À l’étranger, c’est le contraire qui s’est produit. Les banques centrales y donnent le ton.

Pourquoi en va-t-il ainsi? Pour le comprendre, jetons d’abord un regard au-delà des frontières.

La domination des banques centrales

Zone euro: Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), ne communique pas toujours sans bévues, mais elle s’exprime régulièrement et de manière conséquente: l’intégrité de la zone euro n’est pas négociable. Au cours des neuf prochains mois, la BCE achètera des obligations souveraines pour plus de mille milliards d’euros. Ce qui permettra à des pays tels que l’Italie de continuer eux aussi à obtenir de l’argent à bon marché pour amortir les conséquences économiques de la crise.

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Pendant ce temps, les ministres des Finances de la zone euro ne parviennent pas à s’entendre sur des mesures efficaces. Les pays du sud de l’Europe poussent à la création d’obligations européennes communes qui mutualiseraient la dette, afin de répartir les coûts de la pandémie. D’autres gouvernements préféreraient pour cela recourir à des crédits du Mécanisme européen de stabilité (MES) ou de la Banque européenne d'investissement (ESM). La décision ne tombera que la semaine prochaine.

États-Unis: Sur le continent américain, c’est également le président de la banque centrale, Jay Powell, qui donne le ton. Avec des mesures de politique économique convaincantes et sa brillante communication, il a conduit à lui seul les États-Unis à travers les premières semaines de la crise déclenchée par le Covid-19. Grâce à son programme d’achat d’obligations, les liquidités inondent le marché de manière illimitée.

Pour sa part, le président américain Donald Trump se contente actuellement de redonner à la banque centrale les compétences dont elle avait été privée à la suite à la crise de financière. Un paquet de mesures fiscales a bien été adopté, mais il ne déploie pas encore ses effets.

Suisse: en Suisse au contraire, ce n’est pas le patron de la BNS Thomas Jordan qui dirige, mais le ministre des Finances Ueli Maurer. Une bizarrerie sans conséquences pour la politique économique? Certainement pas.

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reportage télévisé

Le pouvoir dont jouit Thomas Jordan dans l’enceinte de la BNS est légendaire: lorsqu’il arrive dans une salle de réunion, ses collaborateurs commencent par se lever pour lui témoigner leur respect. Mais dans le monde économique réel, sa marge de manœuvre est très limitée. C’est regrettable, parce qu’avec une politique efficace, la banque centrale pourrait contribuer à surmonter la crise sans trop de dommages.

En Suisse, ce n’est pas possible pour deux raisons. D’une part, Thomas Jordan n’a plus grand-chose à offrir. Avec un taux directeur situé à un niveau inférieur record de – 0,75%, de nouvelles mesures de stimulation sont exclues. Les interventions de la BNS sur le marché des changes permettent à la Suisse d’échapper au pire, mais n’aideront pas à surmonter la crise.

La Banque nationale ne communique pas assez

La BNS porte une part de responsabilité dans cette incapacité d’agir, parce que Thomas Jordan s’accroche avec obstination à une politique monétaire qui ne laisse que peu de place aux nouvelles idées. Les œillères intellectuelles héritées des années 1990 l’empêchent ainsi de contribuer à la solution des problèmes des années 2020.

D’autre part, bien qu’il parle plusieurs langues, Thomas Jordan, qui manque de charisme, n’est pas un bon communicateur. Ses rares prises de position n’en disent guère plus que les communiqués de presse déjà très maigres de la BNS. Ceux-ci affirment certes vouloir assurer la transparence, mais en réalité, ils laissent plus de questions ouvertes qu’ils n’apportent de réponses.

Ce qui suscite des doutes sur les intentions de Thomas Jordan et réduit par conséquent l’influence de la Banque nationale. Il est par exemple difficile de comprendre comment la BNS entend atteindre son objectif d’inflation au cours des prochains mois. On ignore également quelle quantité de devises Thomas Jordan est prêt à acheter pour défendre le cours plancher inofficiel de 1,05 franc par euro. Une communication aussi peu transparente était encore en vogue à l’époque où le doctorant Thomas Jordan se levait pour saluer ses professeurs. Aujourd’hui, elle semble totalement déplacée.

Le ministre des Finances Ueli Maurer (à droite) et le président de la BNS Thomas Jordan lors d'une conférence de presse au centre des médias du Palais fédéral. 

(Keystone / Alessandro Della Valle)

Un ministre des Finances parfaitement opérationnel

En face de lui, le ministre des Finances Ueli Maurer est à l’apogée de son mandat. Ce comptable diplômé sait ce qui compte à l’heure actuelle. Ses 20 milliards de francs pour des crédits garantis – qu’il devrait encore étoffer vendredi - permettent aux restaurants, aux salons de coiffure et aux horticulteurs d’obtenir des prêts bancaires sans intérêts. Cela permet de s’assurer que les salaires et les loyers soient versés pendant le lockdown.

En tant qu’ancien président de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), il sait également expliquer sa politique avec des mots simples. La Confédération met à disposition «autant d’argent qu’il est nécessaire», a-t-il dit dans le quotidien populaire alémanique Blick. «Celui qui a besoin d’argent se rend dans sa banque. Et la banque lui donne de l’argent.» Avec cette communication de crise très claire, Ueli Maurer surclasse non seulement le président de la BNS Thomas Jordan, mais également les ministres des Finances des autres pays.

Cette largesse n’est cependant possible que grâce à une particularité helvétique presque oubliée: nous nageons dans l’argent. Tous les autres dans les dettes.

L’auteur Fabio CanetgLien externe fait son doctorat à l’Université de Berne. Avec l’appui de Fabio Nay.

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(Traduction de l’allemand: Olivier Huether)

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