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La Suisse, vitrine de la démocratie (14) Albinen ou le village qui retrouve un avenir

Rue du village d'Albinen

Une rue typique du village d'Albinen.

(Stephanie Hess)

Un petit village dans les Alpes valaisannes est menacé d'extinction. Un groupe de jeunes a donc proposé d'attirer de nouveaux résidents avec des primes allant jusqu' à 25’000 francs par personne. Mais personne dans le village ne s’était attendu aux réactions que cette idée déclencherait dans le monde.

Cet article fait partie de #DearDemocracyLien externe, la plateforme de swissinfo.ch pour la démocratie directe. En plus de celles de la rédaction, elle accueille aussi des contributions d’auteurs extérieurs. Leurs positions ne correspondent pas forcément à celles de swissinfo.ch.

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Quatre caméras sont braquées sur lui. Et bien plus de micros encore. Lui, c’est Beat Jost, le maire d’Albinen, qui indique que sa commune vient d’accepter la subvention au logement. Les questions commencent alors à fuser: «Monsieur Jost, comment allez-vous maintenant?», «Qu’est-ce que cela signifie?», «Vous y attendiez-vous?»

On a l’impression de participer à une conférence de presse avec pour le moins un membre du gouvernement fédéral. Mais Beat Jost, qui se tient face aux médias dans un discret complet gris foncé, est simplement le maire d’une commune de 273 âmes dans les Alpes valaisannes.

Vendredi dernier, environ la moitié du village a participé à l'Assemblée communale.

(Keystone/Cyril Zingaro)

Un petit village, mais qui a pris une grande décision: ses habitants ont accepté d’aider financièrement ceux qui viendraient s’installer dans la commune et y investir dans la pierre à hauteur de 25'000 francs par adulte et 10'000 francs par enfant, jusqu’à un maximum de 70'000 francs par famille.

Participation de tous

La commune a jeté les bases de cette décision au printemps, lorsqu'elle a introduit le droit d'initiative au plan local. Cela signifie que les habitant peuvent désormais présenter une demande signée par un dixième des électeurs devant l’exécutif de la commune.

«Quand nous étions jeunes, nous avions toujours le sentiment que nous n’avions pas notre mot à dire. Dans beaucoup d’endroits, cette culture politique faisait défaut», déclare le maire Beat Jost. Agé de 63 ans, il est né en Valais et s’est installé à Albinen – le village d’origine de sa femme – il y a dix ans. 

Beat Jost voulait donc procéder différemment, en impliquant tout le monde. Surtout les jeunes. C'est la raison pour laquelle cet ancien secrétaire syndical et député socialiste au parlement cantonal valaisan s’est activé avec ses collègues de l'exécutif communal. Ils ont lancé un atelier consacré l'avenir du village.

Les habitants ne se sont pas fait prier et se sont engagés. Il en a résulté plusieurs groupes de travail – et cette idée d’initiative pour favoriser l’installation de nouveaux venus. L’objectif est d’attirer cinq familles en cinq ans. Et dans le meilleur des cas, dix familles en dix ans.

Tout le monde s'est mis d'accord sur la nécessité de faire quelque chose pour éviter la mort du village. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: la moitié des habitants ont plus de 60 ans. A l’heure actuelle, il n’y a plus qu’un enfant du village qui fréquente l'école primaire et un autre la maternelle. Dans les deux cas, ils vont dans les communes voisines, car l’école du village est fermée.

La situation est tout aussi alarmante dans bien des villages de montagne, qui ont pris les mesures les plus diverses pour lutter contre cet exode de la population.

Un intérêt mondial

«Emménageriez-vous ici pour 70'000 francs?» C’est ainsi que le groupe de presse Tamedia titrait une histoire consacrée à l’initiative lancée à Albinen, quelques jours avant l’assemblée communale.

D'autres médias suisses lui ont emboîté le pas. Et peu après la presse internationale. Il y a eu des articles et des reportages sur le sujet en Allemagne, Autriche, France et Angleterre. Et même bien plus loin encore: Malaisie, Slovaquie, Pays-Bas, Mexique, Brésil, Croatie, Norvège, Inde et Chine. Les reportages montrant des toits en pierre recouverts de neige, des maisons en bois foncées et des ruelles étroites avec des sols pavés. Mais la plupart du temps, c'est seulement à la fin du sujet – et pour autant que ce soit le cas – que les correspondants mentionnaient que le soutien financier accordé aux nouveaux arrivants est soumis à condition.

Les critères

L’argent n’est accordé qu’à celui qui achète, construit ou rénove une maison.

Les nouveaux arrivants ne doivent pas avoir plus de 45 ans.

Ils doivent s’engager à rester dans la commune pendant au moins dix ans.

Ils doivent investir au moins 200'000 francs dans leur projet immobilier.

Les investisseurs doivent être des particuliers, pas des grands groupes ou des professionnels de l’immobilier.

Ils doivent être suisses ou étrangers au bénéfice d’un permis C, donc avoir déjà vécu plusieurs années en Suisse.

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Dans la commune, personne n’était préparé à cette avalanche de réactions. L’administration communale a déjà reçu 20'000 demandes de renseignement, par courriel, SMS ou lettre, parfois accompagnées de dossiers sérieux avec photos et références.

Certaines personnes intéressées viennent en personne au village et assiègent le petit bureau communal, qui n'est ouvert que quelques heures par semaine. Certaines emportent même des valises remplies de leurs vêtements - et de l’espoir d'une nouvelle vie.

Un groupe d'Italie a demandé dans le magasin du village où aller chercher l'argent. D'autres ont envoyé leurs proches qui vivent déjà en Suisse leur dégotter une maison à Albinen. Dans le village, on rencontre des Indiens, des Camerounais ou des Brésiliens. «C’est une honte que les médias aient joué un si mauvais tour à des gens à la recherche de nouvelles perspectives», estime le maire.

Personne n’avait prévu que la situation évoluerait de la sorte. Et il y a maintenant des articles dans lesquels des habitants expriment un avis critique. «C’est une idée débile», a commenté l’un d’eux. A Albinen, l’ambiance semble tourner.

Contenu externe

Mappa

«Atmosphère de renouveau»

Le soir de l'assemblée communale, une fine neige tombe du ciel. Hannelore Tsokhim, qui dirige avec son mari et son fils l'auberge «Godswärgjistubu», marche dans la ruelle escarpée qui mène au local des pompiers. Les flocons de neige s’accrochent dans ses cheveux. «Je ne sais pas si cette initiative sera adoptée aujourd'hui. Beaucoup de gens ont peur du nouveau ou trouvent injuste de ne pas avoir été soutenus dans le passé. Mais je pense que le village a besoin d'une nouvelle perspective», dit-elle.

Devant le bâtiment dans la mansarde duquel se tient la réunion, Hannelore Tsokhim est accueillie par les équipes de cameramen de trois chaînes de télévision suisses. «Il y a une atmosphère de renouveau», dit un homme confiant devant l'un des objectifs de la caméra, avant de disparaître dans le local des pompiers. 

Dans le local, il a fallu installer des chaises supplémentaires, car beaucoup de personnes sont venues: 104 au total – près de la moitié du village. Lorsque Beat Jost annonce le résultat du vote à bulletin secret, les personnes présentes se lèvent, tapent des pieds et applaudissent. 71 ont répondu oui, 29 ont dit non. Beat Jost sourit; il y a probablement plusieurs jours qu’il n’a pas été aussi détendu.

C’est aussi les cas de beaucoup de ceux qui quittent la salle. «Je suis très heureuse de cette décision. Je pense que c'est le moyen de garder notre beau village vivant. Albinen a à nouveau un avenir», déclare une jeune femme.


(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)

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