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Revue de presse


En Turquie, un coup d’Etat avorté qui sert les ambitions d’Erdogan




Des milliers de partisans du président Erdogan sont descendus dans les rues du pays pour s'opposer au coup d'Etat fomenté par une partie de l'armée.  (Keystone)

Des milliers de partisans du président Erdogan sont descendus dans les rues du pays pour s'opposer au coup d'Etat fomenté par une partie de l'armée. 

(Keystone)

«Purges massives», «début du grand nettoyage», «élimination de l’opposition»: la tentative de putsch d’une partie de l’armée turque risque de renforcer la dérive autoritaire du président Erdogan, s’inquiète la presse suisse de ce lundi. Ce coup d’Etat raté offre en effet une occasion inespérée au président turc de s’octroyer les pleins pouvoirs.

Plus de 290 personnes, dont une centaine de putschistes, ont été tuées lors de la tentative de coup d'Etat militaire en Turquie dans la nuit de vendredi à samedi, selon un nouveau bilan communiqué dimanche soir par le ministère des Affaires étrangères à Ankara. Un putsch qui a rapidement tourné au fiasco, comme le relève une bonne partie de la presse suisse de ce lundi.

«Un tragique putsch d’opérette», titre ainsi Le Temps. «Au lieu de susciter une réaction à l’encontre d’Erdogan, les putschistes ont engendré une avalanche de solidarité à l’égard du président», relève la Berner Zeitung. «C’est comme si un réalisateur avait écrit le scénario parfait d’un coup d’Etat militaire conçu précisément pour échouer et offrir un triomphe politique à l’homme qui devait en être la victime», analyse La Regione.

Suisse-Turquie

Près de 120'000 personnes originaires de Turquie vivent en Suisse. A l’inverse, près de 3700 Suisses sont établis en Turquie. En 2013, les exportations suisses vers la Turquie s’élevaient à près de 2 milliards de francs. Les importations turques en Suisse se montaient quant à elles à 1,2 milliard de francs. 

Les Turcs ne veulent plus d’une domination des militaires, même parmi la majorité des citoyens sécularisés. Et cela malgré toute la colère qu’ils portent envers Erdogan et les craintes liées au terrorisme, souligne quant à elle la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). «Ce putsch organisé de manière dilettante et rejeté par le peuple ne pouvait qu’échouer. Il est toutefois tragique de constater que ce n’est pas la démocratie turque qui en ressortira renforcée, mais seulement Erdogan.»

Retour de la peine capitale?

Une opinion que partagent à la quasi-unanimité les éditorialistes des principaux quotidiens helvétiques. «Cela ressemble au premier coup d’œil à une victoire de la démocratie. Mais la démocratie turque ne sortira pas renforcée de ce coup d’Etat avorté. Les tendances autoritaires qui se sont développées ces dernières années sous Erdogan devraient être renforcées par cette tentative de putsch», estime ainsi l’Aargauer Zeitung.

Même son de cloche dans la Tribune de Genève: «Le putsch avorté de vendredi n’a pas fini d’abîmer la démocratie en Turquie. Les militaires aventureux qui pensaient qu’on peut ‘rétablir la démocratie’ dans le sang, en sont les premiers responsables. Ils en seront les premières victimes. Leur tentative va en effet porter un mauvais coup à une institution qui se veut encore l’héritière de la Turquie laïque, moderne et occidentalisée voulue par Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque.»

Les «purges massives» ont déjà débuté, constate pour sa part L’Express de Neuchâtel. Près de 3000 militaires ont été arrêtés en Turquie depuis vendredi et le président Erdogan «pourrait être tenté d’éliminer toute opposition». Le retour de la peine capitale, abolie depuis 2004, a été évoqué par Erdogan, souligne quant à elle La Liberté. «Il veut en finir avec ‘l’organisation terroriste’ du prédicateur musulman Fethullah Gülen», estime le quotidien fribourgeois, soulignant par ailleurs que «le président ressort plus populaire que jamais de ce coup d’Etat».

Vers une «dictature civile»

L’approche d’Erdogan fait également craindre le pire au Bund et au Tages-Anzeiger, qui consacrent comme la plupart des journaux suisses leur Une aux événements du week-end en Turquie. «Erdogan a déjà licencié ou mis à pied près de 3000 juges, fait arrêter des milliers de soldats et d’officiers et s’est prononcé pour une réintroduction de la peine de mort. Le président turc voue un profond mépris à ses rivaux, aux journalistes indépendants, aux fonctionnaires de justice ainsi qu’aux membres de l’opposition.»

Les deux quotidiens alémaniques relèvent comme beaucoup d’autres le discours haineux d’Erdogan prononcé devant ses partisans dimanche à Istanbul, lors duquel il a déclaré: ‘Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques (...) hélas ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'Etat.’ «Au lieu de tendre la main à ceux qui le critiquent, le président ouvre la voie à une dictature civile. Après la tentative de prise de pouvoir ratée des militaires, c’est désormais un putsch d’Erdogan qui menace», écrivent le Bund et le Tages-Anzeiger.

Quel impact pour la région?

Le Temps s’inquiète lui aussi de la dérive autoritaire du président turc et de ses conséquences géopolitiques. «Sa politique erratique, dans une région en flamme, a fait de lui un facteur de risque supplémentaire, bien davantage qu’un élément de stabilisation. Et le danger ne fait que s’accroître à la faveur de ce putsch avorté. L’ampleur du ‘nettoyage’ entrepris dans les rangs de l’armée, mais aussi au sein de l’appareil judiciaire turc, laisse entrevoir d’autres ‘purges’ probables parmi tous les opposants, réels ou supposés, qui pourraient encore barrer la route au président-sultan.»

Le projet d’Erdogan de renforcer significativement le pouvoir du chef de l’Etat au travers d’une réforme constitutionnelle a désormais une beaucoup plus grande probabilité de devenir réalité, estime le Corriere del Ticino. Un scénario qui aurait des répercussions inquiétantes au-delà des frontières de cet Etat-tampon situé entre l’Occident et le Moyen-Orient, car «sous prétexte de sécuriser le pays, de nouveaux coups durs seraient portés à la démocratie turque déjà fragilisée. Erdogan risquerait d’éloigner toujours plus la Turquie de l’Europe et des Etats-Unis».

Difficile toutefois de tirer des plans sur la comète tant les choses apparaissent opaques sur le plan international, selon le quotidien tessinois La Regione: «La mégalomanie, les obsessions, les incohérences et les actions politiques farfelues d’Erdogan rendent toute prévision quasiment impossible».   

Ce qu'en pensent les Turcs de Suisse:

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