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Fraude bancaire


L'ex-trader d'UBS condamné à 7 ans de prison


Kweku Adoboli avait plaidé non coupable devant la cour londonienne. (AFP)

Kweku Adoboli avait plaidé non coupable devant la cour londonienne.

(AFP)

Kweku Adoboli, l'ancien courtier d'UBS accusé d'avoir fait perdre à la grande banque plus de 2 milliards de dollars suite à des transactions hasardeuses, a été reconnu mardi coupable de fraude par un tribunal londonien. Il devra purger sept ans de prison.

Le tribunal londonien de Southwark a jugé Kweku Adoboli, 32 ans, coupable de deux chefs d'accusation de fraude. Il l'a en revanche acquitté des quatre autres chefs de manipulations comptables qui pesaient sur lui.

«Vous avez tout d'un joueur. Vous étiez arrogant au point de penser que les règles qui s'appliquent aux traders ne vous concernaient pas», a déclaré le juge en prononçant la sentence face à un Kweku Adoboli essuyant ses larmes, à l'issue d'un procès entamé le 10 septembre.

«La somme est ahurissante et a eu un énorme impact sur la banque mais aussi sur ses employés, actionnaires et investisseurs. Cela ne fut pas un crime sans victime», a relevé Andrew Penhale, chef-adjoint du département fraude du parquet.

Dans un communiqué, UBS, dont le cours de Bourse avait chuté de plus de 10% le jour de l'annonce de la fraude le 15 septembre 2011, se dit «ravie que la procédure pénale soit parvenue à sa conclusion». La banque suisse salue le «professionalisme» de la police et des autorités britanniques.

Un parcours sans faute  

Fils d’un fonctionnaire ghanéen des Nations unies à la retraite, l’ancien

courtier aujourd’hui âgé de 32 ans avait fait un parcours apparemment sans faute au sein d’UBS. Il y travaillait depuis 2006 au département des Exchange Traded Funds, des produits complexes adossés à l’évolution d’un indice boursier. Avant qu’il ne soit arrêté en pleine nuit le 15 septembre 2011, dans son bureau de la City.

Comparaissant devant la Cour criminelle de Southwark (Londres), il y répondait de six «abus de position» ou de «fraudes comptables», des accusations qui auraient pu lui coûter jusqu’à dix ans de prison au maximum.

L’affaire avait fait grand bruit dans le monde bancaire. Après le cas du courtier français qui avait fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale en 2008 (condamné récemment à cinq ans de prison dont deux avec sursis et au remboursements des pertes), elle repose en effet une nouvelle fois la question du contrôle au sein des banques. L’affaire avait d’ailleurs conduit à des enquêtes des gendarmes des marchés financiers suisse et britannique et à la démission du directeur général d’UBS, Oswald Grübel, et des responsables de la division à l’origine de l’incident.

Satisfaire son ego

Devant la Cour, le Ministère public a rappelé au jury de douze personnes que le courtier indélicat avait «dépassé sa limite de trading, inventé des transactions fictives pour le cacher et menti à ses patrons».

«Ses motivations étaient de faire progresser son bonus, son statut au sein de la banque, ses perspectives de carrière et bien sûr son ego», a martelé la procureure Sasha Wass. L’accusation a souligné que son bonus annuel était passé de 15 000 livres en 2008 à 95 000 en 2009 et 250 000 en 2010.

«Comme la plupart des joueurs, il pensait qu’il avait la main heureuse. Comme la plupart des joueurs, quand il a perdu, il a causé le chaos et un désastre pour lui et les gens autour de lui», a-t-elle encore dit.

Somme «astronomique»

Selon des éléments cités lors de l’audience, l’ancien courtier avait parié sur la baisse du marché mais avait essuyé des pertes en raison d’un rebond après un vote de confiance en Grèce. Ayant changé de stratégie pour couvrir sa position, il avait vu ses pertes s’accroître alors que les marchés étaient pénalisés par l’aggravation de la crise en zone euro durant l’été 2011.

Le trader avait assuré que ses opérations étaient couvertes avant de finalement admettre, dans un e-mail daté du 14 septembre, l’ampleur de ses pertes. «Je prends toute la responsabilité de mes actions et de la tempête qui va en résulter», y écrivait-il, se disant «profondément désolé» d’avoir «mis (sa) banque et (ses) collègues en danger».

Alors que ses prises de positions avaient atteint la somme astronomique de 10 milliards de dollars selon la presse, il s’était écrié sur sa page Facebook, quelques jours avant son arrestation: «J’ai besoin d’un miracle».

Sous influence

Devant la Cour, l’homme a continué de plaider non coupable. Il s’est défendu en indiquant ses collègues avaient fait pression sur lui en juillet 2011 pour qu'il change sa stratégie sur les marchés financiers et parte du principe que les cours allaient évoluer à la hausse. C'est ce changement qui l'aurait conduit à générer d'énormes pertes.

Ces pressions auraient atteint leur apogée lorsqu'un collègue a envoyé une caricature du trader ghanéen sous les traits d'un ours, un animal symbolisant les marchés baissiers. «A ce moment-là, j'ai tout simplement craqué», a-t-il déclaré. Il a alors modifié ses positions sur les marchés, mais les cours se sont ensuite effondrés.

Les positions ont dégringolé de 30%, a-t-il indiqué. «Mais je les ai maintenues, suivant les conseils des personnes qui m'entouraient. Si seulement je ne les avais pas écoutés, je ne serais pas là aujourd'hui!»

Parmi les collègues qui l'ont influencé se trouve le patron de la banque d'affaires. «Il aurait été grossier de la part d'un trader relativement inexpérimenté d'ignorer les propos du patron de la banque d'affaires», a souligné l’ancien courtier.

Chronologie

En septembre 2011, un courtier de la division «marchés d'actions» du bureau d’UBS à Londres envoie à son employeur un mail avouant des pertes importantes.

Le 15 septembre, UBS annonce des «transactions non autorisées» occasionnant une perte de l'ordre de 1,8 milliard de francs.

Le coupable présumé de 31 ans est alors arrêté pour avoir agi avec «une considérable énergie criminelle».

10 septembre 2012: ouverture du procès à la cour criminelle de Southwark, à Londres, l’accusé devant répondre de six «abus de position» ou fraudes comptables passibles de dix ans de prison au maximum.

swissinfo.ch et les agences



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