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Milliard de cohésion


A l’Est, «la Suisse a une meilleure image que Bruxelles»


Par Jean-Michel Berthoud


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Eoliennes à Tymien, au nord-ouest de la Pologne. Un des projets environnementaux que la Suisse soutient dans les dix pays entrés dans l’UE en 2004. (Keystone)

Eoliennes à Tymien, au nord-ouest de la Pologne. Un des projets environnementaux que la Suisse soutient dans les dix pays entrés dans l’UE en 2004.

(Keystone)

La Suisse a choisi certaines des régions les plus difficiles d’Europe de l’Est pour y verser ses contributions au titre du «milliard de cohésion». Là-bas, Berne a une meilleure image que Bruxelles, explique le directeur du Forum Est-Ouest.

En novembre 2006, le peuple suisse acceptait le versement du milliard de cohésion. Cinq ans et demi plus tard, on connaît précisément les projets que Berne soutient dans les pays entrés en 2004 dans l’Union européenne. Et à l’évidence, il n’est pas facile de simplement distribuer cet argent. Jusqu’ici, seuls quelque 160 millions ont effectivement été dépensés. Le reste sera réparti sur 210 projets et distribué jusqu’en 2017.

Si on n’a pas versé jusqu’ici plus d’argent aux nouveaux pays de l’UE, c’est parce que le développement et le choix des projets a pris plus de temps que prévu initialement, explique Hugo Bruggmann, responsable du dossier au Secrétariat d’Etat à l’Economie.

Comme l’ont expliqué les autorités fédérales lors de la publication de leur rapport intermédiaire, l’environnement est souvent peu propice à la mise en place des projets. Dans certains cas, la mauvaise conjoncture économique ou des changements de personnes dans les instances partenaires ont freiné leur déroulement.

Des ouvertures pour l’économie suisse

«Cette contribution à l’élargissement de l’UE peut ouvrir des portes à l’économie suisse, explique Georg Dobrovolny, directeur du Forum Est-Ouest. On ouvre ainsi l’accès aux projets de l’UE, dont le volume est considérablement plus gros».

Il paraît en effet clair que les entreprises suisses seront prises en compte lors des appels d’offres pour les grands chantiers financés par Bruxelles. Et ceci avant tout parce que les projets concernent des domaines dans lesquels les PME helvétiques ont des compétences particulières.

Les petits et les gros

En Europe de l’Est et en Europe centrale toutefois, on trouve la collaboration avec les Suisses pas toujours commode. A la radio alémanique, Malgorzata Wierzbicka, responsable des projets au ministère polonais du Développement régional, expliquait récemment que les choses marcheraient certainement mieux si on pouvait se concentrer sur moins de projets.

«Je ne peux pas totalement partager cet avis. La question est toujours de savoir de quel côté vient la critique», réplique Georg Dobrovolny. Pour lui, il est bon que la Suisse soutienne de petits projets. Les régions que Berne a choisi sont toutes des zones en crise. Et on ne peut pas y résoudre tous les problèmes avec de gros projets.

«Naturellement, les bureaucrates des pays de l’Est, et aussi ceux de l’UE, préfèrent les grands projets, parce que les petits demandent relativement beaucoup d’efforts, explique Georg Dobrovolny. Mais en République tchèque par exemple, la critique vient plutôt de l’autre côté: certains trouvent que l’on accepte presque trop de gros projets».

Rien ne vaut le contact direct

A côté des milliards d’investissements de l’UE, les petits projets de la Suisse paraissent bien modestes. Comme le pays n’est pas membre de l’Union, il a choisi une autre approche, «qui nous met en contact très direct avec les différents pays», résume Kurt Kunz, chef de la coopération avec l’Europe de l’Est à la Direction du développement et de la coopération.

Cette approche suisse complique toutefois passablement les choses. Les pays bénéficiaires doivent assurer eux-mêmes par avance le financement de chaque projet, et ce n’est qu’après examen des pièces justificatives que la Suisse paye sa participation, qui ne dépasse pas 85%.

«Les procédures de l’UE aussi sont parfois un peu compliquées», explique Georg Dobrovolny. Pour lui, la collaboration directe avec les pays bénéficiaires et le travail de clarification que la Suisse effectue dans ces pays sont à la fois «importants et justes».

Bon pour le prestige de la Suisse

Lors de la campagne sur la votation pour le milliard de cohésion, le gouvernement avait présenté cette contribution comme un instrument important de la politique européenne de la Suisse, propre à renforcer son prestige. Il s’agissait d’aider à lutter contre les inégalité économiques et sociales à l’intérieur de l’Union, tout en améliorant aussi les perspectives pour l’économie suisse dans ces pays.

Georg Dobrovolny partage ces vues, le milliard est bien un instrument important de politique européenne: «La Suisse est bien théoriquement à l’écart de l’Europe, mais ici, il est bon qu’elle participe». Et d’ailleurs, ces arguments ont convaincu le peuple.

«L’image de ‘pique-assiette’ de la Suisse, que l’on évoque souvent à Bruxelles, correspond avant tout à une tactique de négociation. Mais la Suisse n’est pas une pique-assiette», clame l’expert des pays de l’Est. Elle a choisi les zones les plus difficiles des anciens pays communistes, elle s’y engage avec des montants considérables et elle y a «probablement une bien meilleure image que Bruxelles», affirme Georg Dobrovolny.

Fort engagement pour l’environnement

Avec 371 millions de francs, les projets environnementaux mobilisent la plus grosse part du soutien suisse. La plus grande partie de cette manne – 155 millions – est investie dans le soutien à l’efficience énergétique et aux énergies renouvelables. En tout, ces investissements devraient permettre d’économiser 70'000 tonnes de CO2.

L’argent de la Suisse va également aux transports publics (69 millions), à l’épuration des eaux (44 millions), ainsi qu’à des projets de soutien à la croissance économique (258 millions). Près de 145 millions servent au renforcement de la sécurité sociale, essentiellement par des investissements dans les infrastructures de santé.

La Suisse veut également investir dans la sécurité publique des nouveaux membres de l’UE, avant tout dans la sécurité des frontières. De l’argent ira aussi à la lutte contre la corruption et la criminalité organisée, ainsi qu’à la modernisation du système judiciaire.

La moitié pour la Pologne

Avec 489 millions, la Pologne est la principale bénéficiaire du milliard de cohésion suisse. Suivent la Hongrie, la Tchéquie, la Lituanie, la Slovaquie, la Lettonie, l’Estonie, la Slovénie, Chypre et Malte. Le montant dépend de la population du pays et de son revenu par tête. Pour la Roumanie et la Bulgarie, entrées dans l’UE en 2007, la Suisse verse encore 257 millions.

Cet engagement de la Suisse n’est pas totalement désintéressé. Selon une enquête du Bureau fédéral de l’intégration, dans les dernières années, quelque 50 entreprises suisses ont passé des contrats dans les 12 pays entrés récemment dans l’Union, pour un montant total de quelque 500 millions de francs.

L’association faîtière economiesuisse se dit confiante dans le fait qu’une partie du milliard de cohésion reviendra en Suisse. Cette contribution augmente les chances de voir des firmes suisses décrocher des contrats pour des projets financés par l’UE.


Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez, swissinfo.ch



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