Criminalité organisée Michael Lauber: «L’infiltration mafieuse n’est pas systématique»

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Il convient de rester toujours vigilant, mais les organisations criminelles ne sont pas encore présentes en Suisse de manière systématique et systémique. C’est l’avis que le procureur général de la Confédération Michael Lauber a exprimé lors d’une conférence sur la criminalité organisée tenue à Lugano. 

La Suisse a confisqué environ 6 milliards de francs, fruit d’opérations contre les activités de recyclage et de corruption internationale. Une partie de ces fonds appartiennent aux organisations criminelles italiennes, surtout à la mafia calabraise. 

Malgré l’ampleur de la somme et la vingtaine d’enquêtes ouvertes, le procureur général de la Confédération Michael Lauber ne parle pas encore d’infiltration mafieuse systématique. «Il faut rester vigilant, mais la structure économique et entrepreneuriale suisse reste saine», selon lui. 

Recyclage et corruption 

Les nombreux cas ouverts par le Ministère public de la ConfédérationLien externe concernent surtout le recyclage d’argent sale. L’argent est blanchi en Suisse notamment grâce aux innombrables marchés publics décrochés par des sociétés contrôlées par les organisations criminelles italiennes. Et comme l’a rappelé Michael Lauber, si le phénomène des organisations criminelles en Italie se déplace de plus en plus vers le nord, nous devons nous rappeler que le nord de l’Italie, c’est le canton du Tessin et la Suisse. C’est justement pour cette raison qu’il faut rester vigilant. 

Les lois ne suffisent pas 

Ce n’est qu’au milieu des années 1990 que la Suisse a introduit un article dans le Code pénalLien externe pour lutter contre le crime organisé. Cet article de loi a permis d’améliorer l’assistance judiciaire, surtout avec l’Italie, mais il ne permet pas de combattre le phénomène «mafieux» sur le sol suisse. «Nous voulons de nouvelles lois et nous faisons tous nos efforts pour que le Parlement adopte de nouvelles mesures nous permettant de combattre les mafias», a ajouté le procureur général. 

* Les articles pris en considération sont le 260bis (actes préparatoires punissables), le 260ter (organisations criminelles), le 260quater (mise en danger de la sécurité publique avec des armes) et le 260quinquies (financement du terrorisme)

Collaboration avec l’Italie 

Le Ministère public de la Confédération est en rapport constant avec les différents procureurs italiens, notamment grâce à son antenne de Lugano. La collaboration semble fonctionner, même si le crime organisé a souvent un pas d’avance sur les autorités d’enquête. 

La Suisse, avec son Etat de droit qui fonctionne bien, son importante place financière, ses bonnes infrastructures et son tissu économique sain représente une cible intéressante pour la criminalité organisée. Si les points cités représentent la force de la Suisse, ils représentent aussi son ventre mou où les organisations criminelles peuvent s’infiltrer.