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Planning familial


Avorter ou pas? Comment aider les femmes à décider




Un test de grossesse positif, ce n'est pas toujours une joie. (AFP)

Un test de grossesse positif, ce n'est pas toujours une joie.

(AFP)

Décider de poursuivre une grossesse inattendue peut se révéler difficile. A Berne, l’hôpital universitaire aide les femmes confrontées à cette situation. Pour ses responsables, le remboursement de l’interruption de grossesse est très important.

La salle d’attente est inondée de soleil et remplie de magazines en plusieurs langues. Nous nous trouvons au dernier étage de la Clinique de gynécologie et obstétrique de l’Hôpital universitaire de Berne «Inselspital», au Département de planning familial. C’est ici que des femmes confrontées à des situations très difficiles viennent chercher conseil.

Depuis 2002, l’avortement est remboursé, en Suisse, par l’assurance maladie de base. Cette solution est inscrite dans la loi légalisant l’avortement jusqu’à trois mois de grossesse. Des opposants estiment aujourd’hui qu’il n’est pas normal que les citoyens opposés à l’avortement pour des raisons morales doivent participer au financement de ces interruptions de grossesse par le biais de l’assurance maladie.

L’initiative

Lancée par un comité inter-partis composé, pour l’essentiel, de chrétiens conservateurs, l’initiative s’intitule «Financer l’avortement est une affaire privée – Alléger l'assurance-maladie en radiant les coûts de l'interruption de grossesse de l'assurance de base». Le Conseil fédéral et le Parlement recommandent de la rejeter.

La dépénalisation de l’interruption de grossesse et son remboursement par l’assurance obligatoire des soins ont été acceptés en votation populaire, le 2 juin 2002, par 72,2% des voix. Depuis 2002, le taux d’interruptions de grossesse est de 7 pour 1000 femmes (entre 15 et 44 ans) et de 6,9 en 2012. Il continue de baisser chez les adolescentes de 15 à 19 ans (de 6,0 en 2005 à 4,5 en 2012). En comparaison internationale, la Suisse enregistre un taux d’interruptions de grossesse très bas, surtout chez les jeunes femmes de moins de 20 ans.

Selon le gouvernement, une suppression du financement par l’assurance-maladie ne représenterait qu’une économie de 8 millions de francs par année environ, dans un système qui coûte près de 26 milliards. Seul 0,03% des coûts de l’assurance-maladie seraient donc économisés.

A l’Hôpital universitaire de Berne, un avortement sans intervention chirurgicale coûte quelque 800 francs suisses et environ 2000 francs si la chirurgie est nécessaire. Les consultations sont gratuites. Elles sont financées par le canton de Berne.

La clinique accueille quelque 400 femmes par année, de Suisse et de l’étranger. La plupart viennent seules mais elles sont parfois aussi accompagnées par leur partenaire, un parent ou un ami proche. Selon la doctoresse Jenny Lütjens, le nombre de patients est stable depuis 2002.

«Les consultations durent 90 minutes, explique-t-elle. Si nécessaire, nous prenons un autre rendez-vous. Nous ne les poussons pas à prendre leur décision; au lieu de cela, nous les aidons dans le processus de décision.»

Situations difficiles

La plupart des femmes ont entre 20 et 35 ans, quelques-unes, très peu, sont plus jeunes. Jenny Lütjens et ses collègues essayent de comprendre les situations personnelles de leurs patientes et leurs sentiments concernant la grossesse.

«De nombreuses femmes se trouvent dans une situation difficile, soit financièrement, soit personnellement», ajoute Jenny Lütjens. Les jeunes femmes ne se sentent pas encore prêtes pour devenir mères, mais il y a aussi des mères qui estiment qu’elles ont assez d’enfants. Ou – autre cas de figure – elles viennent de se séparer de celui qui serait le père.

Bettina* (35 ans), mère d’un petit garçon de 3 ans, s’est rendue à la clinique l’automne dernier. Elle était enceinte de deux mois et venait de se remettre d’une opération à l’estomac. Les conditions n’étaient pas idéales pour une nouvelle grossesse. De plus, la petite famille était loin de rouler sur l’or. Elle a alors décidé d’interrompre sa grossesse.

«La décision a été très difficile à prendre, car mon mari et moi avions envie d’avoir un autre enfant. Mais ce n’était tout simplement pas faisable», explique Bettina.

Lorsque les femmes enceintes ne savent pas si elles sont en mesure d’élever un enfant, elles sont parfois envoyées chez Sandra Schertenleib, assistante sociale, qui les soutient dans la prise de décision.

«De nombreuses femmes ne sont pas conscientes des choix qu’elles ont, explique-t-elle. C’est mon travail de leur présenter les options à disposition. Je les aide à devenir confiantes, alors que la situation semble désespérée. Ce sont elles qui finissent par trouver la meilleure solution pour elles.»

Si une femme dit qu’elle n’a pas de revenus, ou un salaire très bas, Sandra Schertenleib suggérera la possibilité de l’aide sociale. Si le problème est le soin du bébé, elle donne les adresses de conseils aux futures mères, ou l’adresse de foyers pour jeunes mères.

«Ce ne sont pas seulement les très jeunes mères qui ont des problèmes. Ce sont parfois aussi des mères plus âgées qui ont déjà un ou deux enfants, ou un nouveau travail, et elles ne sont pas sûres de pouvoir gérer un autre enfant», ajoute Sandra Schertenleib.

De nombreuses personnes vivent en situation de précarité en Suisse, précise l’assistante sociale. «Un enfant peut tirer une personne vers le bas ou en dessous du seuil de pauvreté. La question est donc de savoir comment gérer cette situation.»

Bettina se dit reconnaissante pour les soins qu’elle a reçus à la clinique. «Ils m’ont traitée avec respect et ont pris mes problèmes au sérieux. Ils ont été très gentils avec moi», se souvient-elle.

Contrôles post opératoires

Si la patiente décide d’avorter, comme c’est le cas pour 80% des femmes qui viennent à cette clinique de l’Hôpital universitaire bernois, l’intervention peut être organisée à Berne.

«Ce n’est pas que les femmes décident d’avorter en raison de nos conseils, mais beaucoup viennent pour demander une interruption de grossesse», souligne Jenny Lütjens. La clinique fixe des contrôles de suivi pour voir comment les femmes gèrent, physiquement et mentalement, la période suivant l’intervention.

«Durant le premier rendez-vous, les femmes doivent absorber un très grand nombre d’informations. Nous parlons de la décision, des éléments médicaux, de la contraception, des rendez-vous, de leurs partenaires. C’est trop. Il est donc important de vérifier, un mois plus tard.»

La contraception est un aspect essentiel des discussions de suivi, pour assurer que les patients aient trouvé une méthode fiable qui leur convienne et pour - idéalement - éviter qu’elles ne doivent faire face à nouveau à une grossesse non planifiée.

Pas de regrets

Anne-Marie Rey (71 ans), qui vit dans la région de Berne, s’est battue pour le remboursement de l’avortement par l’assurance maladie. Aujourd’hui, elle milite contre le mouvement qui tente de le retirer du catalogue des prestations couvertes par l’assurance de base.

«Ma contraception a échoué et je ne voulais absolument pas avoir un enfant à ce moment de ma vie. J’en étais à six semaines de grossesse», se souvient celle qui a subi un avortement il y a 50 ans, lorsque la procédure était illégale en Suisse.

«Je ne l’ai jamais regretté et je n’ai jamais eu de problèmes avec ma décision, ni physiquement ni psychologiquement. J’ai été très heureuse de pouvoir avorter», se souvient Anne-Marie Rey. Après avoir terminé sa formation de professeure de danse, elle a eu trois enfants avec son mari. Elle a aussi écrit un livre sur ses expériences et s’occupe d’un site internet qui publie des récits de femmes qui ont été confrontées à la difficile décision d’avorter.

Rembourser l’avortement? Emission Infrarouge de la RTS du 14 janvier 2014 (condensé)

RTS

L’espoir qu’un «non» l’emporte

L’initiative soumise à votation aux citoyens ne cherche pas à interdire l’avortement mais son remboursement par l’assurance maladie. Ce qui poserait problème à de nombreuses femmes. «Je n’aurais pas pu financer mon avortement, déclare Bettina. J’aurais donc dû avoir l’enfant.»

Même si les coûts d’un avortement sont incomparables avec ceux de l’éducation d’un enfant, ils peuvent aussi représenter un obstacle, admet Sandra Schertenleib. Or, selon elle, les services sociaux ne rembourseront probablement pas cette dépense unique.

Selon l’assistance sociale, la suppression du remboursement de l’avortement ne ferait pas diminuer le nombre d’interventions. Mais elle estime que le nombre d’avortements pratiqués dans des circonstances non idéales se multipliera.

Jenny Lütjens opine: «Si l’initiative est acceptée, ce sera encore bien pire pour les femmes qui sont déjà dans une mauvaise situation.» Elle craint que celles qui ne peuvent pas financer un avortement ne choisissent des options dangereuses comme des médicaments ou des instruments non approuvés.

Des femmes pourraient aussi devoir attendre trop longtemps, le temps d’économiser l’argent nécessaire. Actuellement, environ 75% des avortements ont lieu avant la 8e semaine de grossesse.

Elvira Bader, ancienne parlementaire du Parti démocrate-chrétien et co-présidente du comité favorable à l’initiative, argumente que les primes d’assurance privée ne sont pas si élevées et que les femmes peuvent se le permettre. Les coûts d’un avortement n’obligeront personne, selon elle, «à mendier».

Selon les partisans de l’initiative, des études américaines montrent que si l’avortement est entièrement de la responsabilité privée des personnes, la sexualité est accomplie avec davantage de conscience et de responsabilité individuelle.

 

* Prénom d’emprunt


Traduction de l’anglais: Ariane Gigon, swissinfo.ch



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