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«Faire du Sud une partie de la solution»

La coopération suisse est engagée en Somalie. Avec ses propres projets, mais également en soutien d’autres organisations internationales.

(Reuters)

Faim, guerres, catastrophes: la Direction du développement et de la coopération (DDC) est confrontée, 50 ans après sa création, à des défis immenses. Son directeur, Martin Dahinden, s’exprime sur la collaboration avec les multinationales et se projette dans l’avenir.

Ce vendredi 19 août à Lausanne, la DDC tient sa traditionnelle Conférence annuelle. En cette année du cinquantenaire, l’agence publique suisse pour la coopération au développement a décidé de s’interroger sur l’innovation et la nécessité de s’adapter toujours à un environnement changeant, que ce soit sur le plan climatique, dans le domaine de la santé ou dans celui de la finance.

Avant la réunion des gens de la DDC et de leurs partenaires, swissinfo.ch a rencontré Martin Dahinden.

swissinfo.ch: Que provoquent en vous les images effrayantes de la famine en Somalie ?

Martin Dahinden: Ces images ainsi que les informations en provenance de la Corne de l’Afrique me bouleversent. Quand je vois que des gens meurent sur le chemin des postes de secours, je me dis combien il est souvent difficile de réunir de petites sommes pour apporter de l’aide sur place.

swissinfo.ch: Comment la DDC aborde-t-elle le problème ?

M.D.: Envisager des solutions est une chose, mais les appliquer en est une autre. La Suisse perpétue sa tradition humanitaire et s’engage. Mais à eux seuls, nos moyens ne suffisent pas à couvrir les besoins énormes dans cette région.

Au-delà de l’aide d’urgence, nous devons aussi réfléchir aux moyens de s’attaquer aux causes de cette détresse, avant tout aux conflits dans la région. Nous devons faire en sorte que les victimes trouvent du travail et un revenu pour surmonter la crise.

swissinfo.ch: Que fait la Suisse en Somalie ?

M.D.: D’une part, la Suisse a ses propres actions sur place. D’autre part, elle soutient les organisations internationales, surtout le CICR, mais aussi le Programme alimentaire mondial et le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU. Celles-ci essaient, dans des conditions extrêmement difficiles, de protéger les populations et de fournir un travail adapté à la situation.

swissinfo.ch: A l’avenir, la DDC veut travailler de manière encore plus intensive avec les multinationales. Lesquelles ?

M.D.: Nous vivons dans un monde globalisé marqué par de grands changements. Cela lance de nouveaux défis à la coopération au développement, que nous ne pouvons relever qu’avec de nouveaux partenariats.

Cela concerne des Etats comme l’Inde et la Chine, qui jouent un rôle grandissant dans l’aide au développement, mais aussi le secteur privé. Dans ce cas, nous travaillons avec des multinationales suisses comme Novartis, Nestlé ou Zurich Financial.

swissinfo.ch: Que vous apporte cette collaboration ?

M.D.: Il y a à la base un intérêt commun. Les multinationales apportent généralement des compétences, du know-how auquel nous n’aurions pas accès sans elles. C’est le cas notamment dans le domaine des assurances. Notre contribution, c’est la connaissance de la situation sur le terrain et des besoins des gens. Des partenariats naissent de cette complémentarité.

swissinfo.ch: Pouvez-vous nous donner un exemple ?

M.D.: Certaines activités économiques susceptibles de produire des revenus ne sont pas entreprises parce qu’elles sont trop risquées pour les personnes concernées. Prenons par exemple le risque de tout perdre en raison d’une mauvaise récolte. En pareil cas, il n’y a longtemps eu aucune solution d’assurance dans les pays du Sud.

Dans ce domaine, nous avons créé un partenariat avec Zurich Financial Services. Nous essayons de développer des solutions qui couvrent ces risques spécifiques d’une manière qui soit financièrement supportable pour les acteurs économiques. Il faut pour cela trouver des approches différentes de celles qui sont proposées dans les grands marchés des assurances. Il ne s’agit pas de vendre des produits d’assurances déjà existants.

Nous voulons contribuer à rendre possibles des activités économiques pouvant donner du travail et dégager des revenus pour les personnes concernées.

swissinfo.ch: Mais l’assureur doit aussi y trouver son compte…

M.D: Oui, bien-sûr. Nous devons trouver des solutions autoporteuses qui nous permettent de nous retirer le moment venu. Cela dit, l’idée n’est pas nouvelle. De telles approches ont déjà été développées au Moyen-Age, qui a vu le développement des premières assurances. Par exemple, les risques pour les armateurs étaient trop grands pour l’affrètement d’un seul bateau. C’est ainsi que sont nées des formes d’assurances destinées à amortir les risques.

Aujourd’hui encore, cette approche joue un rôle important pour des gens très pauvres qui craignent un coup du sort.

swissinfo.ch: Existe-t-il des règles régissant vos partenariats avec des multinationales ?

M.D.: Oui. Nous ne travaillons pas avec des partenaires qui portent atteinte aux droits de l’homme et du travail. De plus, nous sommes engagés dans des initiatives internationales dont les lignes directrices fixent un cadre en terme de durabilité, de commerce équitable et de respect des droits de l’homme. La plus importante est le Global Compact de l’ONU, dans le cadre duquel beaucoup de multinationales s’engagent. Elles sont ainsi automatiquement soumises à un certain contrôle.

swissinfo.ch: Osons un regard sur l’avenir de la coopération au développement. Qu’est-ce qui va changer ?

M.D.: Le monde change et avec lui l’approche de la pauvreté. A l’avenir, nous devrons encore davantage travailler dans un contexte marqué par les tensions et les conflits. Dans les régions qui en souffrent,  la lutte contre la pauvreté s’est révélée ces dernières années presque impossible.

Nous devons aussi nous préoccuper de nouveaux défis globaux: les changements climatiques, les migrations à l’échelle de la planète, la sécurité alimentaire, la diminution des ressources, notamment d’eau potable. De tels défis ne peuvent être que marginalement relevés au niveau local, avec des projets isolés. Nous allons donc continuer à nous impliquer dans la coopération multilatérale.

Nous devons développer des approches qui prennent en compte les besoins des pays du Sud et les considèrent comme capables d’apporter une partie de la solution. Nous y travaillons en collaboration étroite avec les autres Etats, les organisations internationales, les ONG et les milieux de la recherche.

Ces défis vont changer le visage de la coopération au développement. Mais tout ne sera pas nouveau. Depuis ses débuts, la DDC a été une institution innovante et créative, qui a toujours travaillé en collaboration étroite avec les populations concernées, dont elle comprenait les problèmes. Ce positionnement de base restera important à l’avenir.

La coopération suisse

Créée le 17 mars 1961, la Direction du développement et de la coopération (DDC) dépend du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères. Elle réunit l’aide d’urgence (le Corps suisse d’aide humanitaire, qui intervient en cas de catastrophe, en fait partie), l’aide à la reconstruction et la coopération au développement sur le long terme.

Les objectifs sont la réduction de la pauvreté, la promotion de l’autonomie économique, la recherche de solutions aux problèmes environnementaux et l’amélioration de l’accès à l’éducation et aux soins de base.

Le budget de la DDC pour 2011 se monte à 1,73 milliard de francs. Elle emploie 600 personnes en Suisse et à l’étranger, plus un millier de collaborateurs locaux. En plus de ses projets propres, elle appuie les programmes d’organisations multilatérales et contribue au financement de programmes conduits par des œuvres d’entraide suisses et internationales.
 

Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) est l’autre acteur étatique de l’aide au développement suisse.

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Martin Dahinden

Né en 1955, l’ambassadeur Martin Dahinden est depuis le 1er mai 2008 directeur de la DDC.

Il a été précédemment directeur des ressources et du réseau extérieur du Département fédéral des Affaires étrangères et directeur du Centre de déminage humanitaire de Genève.

Economiste d’entreprise de formation, il vient du corps diplomatique, où il a exercé diverses fonctions dans différents endroits du monde.

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Traduction et adaptation de l’allemand: Xavier Pellegrini, swissinfo.ch

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