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Johann Schneider-Ammann à Mexico


Libre-échange: la Suisse espère un nouvel accord avec le Mexique en 2017


Par Andrea Ornelas, Mexico


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Un nouvel accord de libre-échange avec le Mexique pourrait être signé l’année prochaine, a indiqué à swissinfo.ch le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann, au terme d’une visite de deux jours dans la capitale mexicaine. Le séjour a notamment permis de lancer une collaboration en matière de formation professionnelle. 

Le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann, ici en compagnie de son homologue Enrique Peña Nieto, reçoit les honneurs militaires au Palais national de Mexico. (Presidencia de México)

Le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann, ici en compagnie de son homologue Enrique Peña Nieto, reçoit les honneurs militaires au Palais national de Mexico.

(Presidencia de México)

swissinfo.ch: L’un des points forts de votre visite a été l’inauguration de la Chambre de commerce et d’industrie helvético-mexicaine, qui chapeaute 35 grandes entreprises suisses qui génèrent 35'000 emplois directs au Mexique. Il existait déjà des Chambres similaires en Argentine, au Pérou, en Colombie et au Venezuela, mais pas au Mexique, malgré l’importance des relations économiques entre ces deux pays. Comment l’expliquez-vous? 

Johann Schneider-Ammann: Je pense que chacune des entreprises suisses a travaillé dur de manière individuelle durant des années. Elles travaillent du matin au soir pour survivre et croître. Mais elles n’avaient jusqu’à présent pas développé une manière de travailler ensemble. 

Je sais que ce sont les entreprises les plus petites qui ont lancé cette initiative et qui ont fait en sorte que l’idée prenne forme et se concrétise. Cependant, la participation des grandes entreprises suisses était indispensable pour que cette Chambre de commerce et d’industrie gagne en force et en visibilité. 

Personnellement, je suis très content qu’elles aient suivi ce chemin. 

swissinfo.ch: Les investissements directs des entreprises suisses au Mexique dépassent les 9 milliards de dollars et s’effectuent sans problème depuis plusieurs décennies. Qu’est-ce qui va changer, en pratique, avec la Chambre de commerce et d’industrie? 

J. S.-A.: Je vais partager mon expérience personnelle. En tant qu’entrepreneur, j’ai participé à plusieurs Chambres de commerce bilatérales. Comment nous y prenions-nous? Nous nous réunissions régulièrement et cela nous donnait l’opportunité, lorsque nous étions confrontés à un problème ou une question inconnus, de consulter un collègue pour connaître son opinion ou pour apprendre de son expérience. 

Mais, surtout, ces Chambres nous donnaient la possibilité d’adopter une position commune sur des dossiers cruciaux. Par exemple, à une certaine époque, au sein de la Chambre de commerce franco-suisse, à laquelle j’ai participé plusieurs années, les entreprises suisses se sont vigoureusement opposées à toute une série de réformes de la législation française du travail qui affectaient la Suisse. 

A certaines occasions, nous avons été entendus; à d’autres un peu moins. Mais il est toujours important de manifester d’une seule voix les intérêts et les inquiétudes des entreprises suisses. 

Suisse-Mexique: 70 ans de relations 

Le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann a effectué une visite de travail de deux jours au Mexique, les 3 et 4 novembre. 

L’objectif principal était de renforcer les relations bilatérales avec ce pays qui est la 2e économie d’Amérique latine et membre du G20. 

Ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann a rencontré son homologue mexicain Ildefonso Guarjardo Villarreal. C’est ensemble qu’ils ont inauguré la Chambre de commerce et d’industrie helvético-mexicaine. 

Une réunion a également eu lieu avec le ministre mexicain des Finances, José Antonio Meade, afin de parler de l’Accord de libre-échange que la Suisse, en sa qualité de membre de l’AELE, renégocie avec le Mexique. 

Avec le ministre mexicain de l’Education, Aurelio Nuño, Johann Schneider-Amman a inauguré l’Alliance suisse pour la formation professionnelle, qui prévoit le lancement d’un système de formation dual – inédit au Mexique – à la fois à l’école et dans dix entreprises suisses présentes au Mexique. Quelque 200 places d’apprentissage devraient être proposées l’an prochain. 

Enfin, le président de la Confédération a rencontré son homologue mexicain Enrique Peña Nieto. Les deux hommes ont parlé de la volonté commune de renforcer les liens après 70 ans de relations diplomatiques entre les deux pays. 


swissinfo.ch: Il y a trois ans que la Suisse a exprimé sa volonté de renégocier l’accord de libre-échange (ALE) qu’elle a avec le Mexique dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Cette volonté a été officialisée en janvier 2016, lors du Forum économique mondial de Davos, et a donné lieu à deux rondes de négociations, en mai à Genève et en août à Mexico. Qu’est-ce que la Suisse espère de ce «nouvel» ALE? 

J. S.-A.: La Suisse attend un accord qui soit moderne dans tous les sens: un accord qui respecte des principes fondamentaux pour les quatre Etats membres de l’AELE (Suisse, Islande, Norvège et Liechtenstein) et qui englobe des aspects sociaux et écologiques. 

Nous nous intéressons aussi tout particulièrement au thème des droits de propriété intellectuelle. Plus généralement, nous recherchons un accord qui soit adapté aux nécessités du 21e siècle, qui ne sont plus les mêmes qu’en 2001, année où l’accord est entré en vigueur. 

Ces dernières années, le Mexique a préféré ne pas se lancer dans la révision de cet accord avec l’AELE et je comprends parfaitement ses raisons. Sa priorité, c’était la négociation de l’Accord de partenariat transpacifique

Mais désormais, les négociations avec la Suisse et ses partenaires de l’AELE sont en route et nous sommes confiants. Nous espérons que la version actualisée de l’ALE puisse être signée en 2017. 

swissinfo.ch: Existe-t-il, en matière de commerce avec le Mexique, un thème sensible sur lequel la Suisse n’est pas disposée à céder? 

J. S.-A.: Le dossier de l’agriculture a toujours été pour nous fondamental et la Suisse s’efforce de le traiter avec la plus grande prudence. Mais si nous avons été capables de trouver des solutions dans ce domaine avec un pays comme la Chine, je suis certain que nous parviendrons aussi à des accords constructifs avec le Mexique. 

swissinfo.ch: Cette visite a clairement mis l’accent sur la formation. On a annoncé le lancement d’un accord en matière de formation duale. De quoi sera faite cette collaboration? 

J. S.-A.: En effet, l’Alliance suisse pour la formation professionnelle a été présentée du Collège suisse de Mexico. C’est avec beaucoup de fierté que je défends le système dual de la Suisse, qui concilie formation pratique et théorique. 

Mais je crois qu’à l’exception de la Suisse, de l’Autriche, de l’Allemagne et de quelques pays scandinaves, le reste du monde sous-estime la formation professionnelle, ce qui est une catastrophe absolue. Celle-ci doit recevoir le prestige et la reconnaissance qu’elle mérite. La formation duale est très importante. 

Je constate souvent que dans de nombreux pays, les parents ne veulent pas que leurs enfants suivent ce type de formation. Et les professeurs se sentent mal à l’aise ou vexés lorsque leurs élèves n’aspirent pas à aller à l’université. 

Cependant, il doit exister un équilibre. Il faut des universitaires, mais aussi des ouvriers hautement qualifiés. Je crois que le système suisse est le meilleur pour préparer ces jeunes travailleurs. En Suisse, les jeunes se sentent très fiers de suivre ce type de formation, car elle est acceptée et reconnue socialement. 

Au Mexique, il y a une dizaine d’entreprises suisses qui ont prévu des programmes de formation duale pour les jeunes Mexicains. Pour la Suisse, c’est un plaisir de partager le meilleur de son expérience. 

swissinfo.ch: La Suisse fait partie des leaders mondiaux en matière de finance, d’éducation et d’innovation. Mais les difficultés ne manquent pas: la force du franc pénalise ses entreprises et ses frontières deviennent moins ouvertes pour les immigrants. Quels seront les principaux défis pour 2017? 

J. S.-A.: Avant toute chose, nous avons besoin de trouver une solution avec l’Union européenne. Les accords bilatéraux en vigueur avec l’UE sont très importants pour nous. Mais ceux-ci exigent la libre circulation des personnes, qui est affectée par l’initiative populaire que le peuple suisse a acceptée le 9 février 2014. 

Les Suisses ont voté en faveur de l’introduction de quotas d’immigration. Cette décision oblige le gouvernement à être très créatif. Le délai pour mettre en œuvre l’initiative échoit en février 2017. Nous espérons trouver une solution avant cette date limite. 

swissinfo.ch: Par rapport au franc, considérez-vous que nous sommes parvenus à un nouvel équilibre, pratiquement deux ans après que la Banque nationale suisse a abandonné sa politique de taux de change plancher entre le franc et l’euro? 

J. S.-A.: Je suis très content pour les entreprises suisses et je me sens profondément fier d’elles parce que je crois qu’elles ont – y compris celles qui font partie de l’industrie classique – cessé de se plaindre de la décision de la Banque nationale et ont compris qu’il ne servait à rien de continuer avec les lamentations. La décision a été prise et elle est irréversible. 

C’est ainsi que désormais, elles parient sur la numérisation économique pour l’industrie 4.0. Les entreprises suisses savent qu’elles seront toujours capables de trouver de nouvelles voies par le biais de l’innovation et elles continueront de le faire à l’avenir.

Et vous, estimez-vous préférable pour vos enfants d'aller à l'université ou de faire un apprentissage? N'hésitez pas à partager votre avis ou vos expériences?


(Traduction de l'espagnol: Olivier Pauchard)



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