Visite d’Etat Depuis Genève, Xi Jinping communique l’engagement global de la Chine


Par
Frédéric Burnand Genève


Un journaliste regarde le discours du président chinois Xi Jinping sur un écran d'ordinateur car aucun journaliste accrédité auprès de l'ONU n'avait accès à la salle des assemblées.

Un journaliste regarde le discours du président chinois Xi Jinping sur un écran d'ordinateur car aucun journaliste accrédité auprès de l'ONU n'avait accès à la salle des assemblées.

(Keystone)

Alors que Donald Trump est sur le point d’être intronisé président de la première puissance mondiale, son homologue Xi Jinping, à la tête de la deuxième économie mondiale, a exposé depuis le siège genevois des Nations unies les axes de l’engagement international de la Chine. Un message délivré sous très haute surveillance. 

Genève s’est mise à l’heure chinoise pour accueillir Xi Jinping au quatrième et dernier jour de son voyage en Suisse. Une visite qui a nécessité l'établissement de zones aussi sécurisées que liberticides au moyen d’un imposant dispositif militaro-policier terrestre et aérien.

Si à Berne, une manifestation a pu se tenir quelques heures avant l’arrivée de Xi Jinping au Palais fédéral, à Genève, les protestataires n’ont été autorisés à se rassembler que la veille de l’arrivée du leader du Parti communiste chinois.

Quelques téméraires ont bien tenté mercredi de brandir des banderoles sur la place des Nations, un lieu coutumier des manifestations de la société civile internationale, avant d’être prestement embarqué par les forces de l’ordre genevoises.  

Quant aux 1600 employés du siège européen des Nations unies, la plupart ont été invités à regagner leurs pénates dès l’après-midi. C’était les conditions voulues par la Chine pour y accueillir son président. Alessandra Vellucci, directrice du service de l’information de l’ONU à Genève, l’a rappelé devant la presse mardi: «Les Etats membres sont chez eux à l’ONU.»

Devant un public soigneusement choisi, garanti sans journalistes, Xi Jinping a délivré un discoursLien externe vigoureusement applaudi à chacune de ses pauses.

Le président de la République populaire de Chine a plaidé pour un monde sans arme nucléaire luttant contre le réchauffement climatique. Il a rappelé l’impératif de respecter la souveraineté des Etats petits ou grands: «Nous devrions rejeter la domination d'un seul ou de quelques pays sur la scène internationale.»

Et ce en appelant à la concorde l’ensemble des Etats membres de l’ONU pour assurer un développement socio-économique équitable, selon les Objectifs du développement durable (ODD) adoptés par l’ONU.

Présent au Palais des Nations pour accueillir le président chinois, le nouveau secrétaire général des Nations Unies s’est félicité de ces engagements qui concernent au premier chef les instances des Nations unies établies à Genève.

«Le fait que la Chine assume aujourd’hui une position très nette en faveur du multilatéralisme – et la Chine développe un certain nombre d’initiatives concrètes dans ce contexte – est un facteur extrêmement positif. Le fait que nous ne soyons pas d’accord sur toutes les questions ne diminue pas l’importance essentielle de cette position chinoise», a déclaré devant la presse Antonio Guterres. 

Comme le souligne Le TempsLien externe, «l’empressement à considérer Xi Jinping comme le nouveau garant de l’ordre mondial en dit surtout long sur le désarroi que provoque l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis.»

Perçu à Genève et à Davos comme un sauveur du système international lancé sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, Xi Jinping a, lui, largement atteint ses objectifs à l’égard de ses partenaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans oublier le public chinois largement informé par les médias officiels du pays. 

Protestations des défenseurs des droits humains

Dans une tribuneLien externe titrée «Tapis rouge sang pour le président chinois », la directrice de la section suisse d’Amnesty international, Manon Schick s’interroge: «Les droits fondamentaux des Chinois sont-ils donc un détail qu’on peut passer sous silence quand on rencontre le président du pays le plus peuplé de la planète? Faut-il éviter de faire la leçon aux autorités chinoises au prétexte ‘de différences culturelles’ qui requièrent notre compréhension? »

Et Manon Schick d’asséner: «Restreindre le droit des Suisses à manifester parce qu’il faut éviter de fâcher le président chinois, c’est transmettre le message que les droits fondamentaux sont, chez nous aussi, à géométrie variable. C’est un mauvais signal.»

Le gouvernementLien externe suisse a précisé, de son coté, que la question des droits civils et politiques avaient bel et bien été évoqué avec l’hôte chinois. «Ce thème est abordé, mais nous ne faisons pas état publiquement des détails des discussions», a précisé Doris Leuthard, présidente de la Confédération.

Dans une interview Lien externeaccordée depuis Davos à la RTS, le ministre des affaires étrangères Didier Burkhalter a néanmoins dit «regretter le fait que les journalistes suisses n’aient pas pu poser normalement des questions à Xi Jinping».

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