Ramadan Ces mauvaises habitudes qui annulent les avantages du jeûne

Une famille irakienne au petit déjeuner durant le ramadan.

Une famille irakienne au petit déjeuner durant le ramadan.

(Keystone)

Durant le jeûne du Ramadan, on constate au sein des communautés musulmanes une surconsommation alimentaire de la part de certains pratiquants. Ce qui peut entraîner surpoids et diabète.

Comment se nourrir sainement durant le mois du Ramadan ? Pour le savoir, swissinfo.ch a interrogé Abdelhak Mansouri, docteur en physiologie de la nutrition et professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).

L’Islam en Suisse

La Suisse compte près de 330'000 musulmans (4,9% de la population). Ils se répartissent en plus de 30 nationalités et plus encore de traditions culturelles et pratiques religieuses. Environ 10% d’entre eux se déclarent pratiquants.

swissinfo.ch

swissinfo.ch: Quels sont les effets du jeûne sur la santé d’une personne ?

Abdelhak Mansouri: S’abstenir de manger durant la journée signifie réduire l’apport calorique. Les expériences menées jusqu’ici en laboratoire prouvent que cette réduction permet de vieillir dans de bonnes conditions sanitaires. Cela aide à prévenir la maladie d’Alzheimer, par exemple. Car il ne faut pas oublier que lorsqu’on parle de santé, on parle aussi d’affections, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète de type 2.

Il convient de noter ici que plus la réduction de l’apport calorique se fait sur une longue durée, plus le bénéficie que l’on en tire est grand. Le corps humain est de toute façon programmé pour récupérer ce qu’il a perdu. L’habituer à une consommation réduite en calories n’est pas nocif, mais au contraire nécessaire.

Abdelhak Mansouri

Ingénieur en nutrition et sciences de l'alimentation.

Docteur en physiologie de la nutrition, Institut fédéral de technologie,  Zurich (ETHZ)

Chercheur dans le domaine des maladies du foie liées à la consommation de graisse, Université de Paris.

Enseignant à l’Institut fédéral de technologie, Zurich (ETHZ).

(swissinfo.ch)

swissinfo.ch : Mais le bénéfice du jeûne se perd-il avec une mauvaise alimentation?

A.M: Oui. En général, tout régime alimentaire, quand il est mal suivi, peut être à l’origine d’un surpoids. Cela s’observe en particulier durant le Ramadan: rester à jeun pendant des heures puis se jeter le soir sur la nourriture est une erreur.

Ce que je recommande donc aux jeûneurs, c’est d’éviter la consommation abusive de gâteaux, de pâtes, de pain à base de farine blanche, et de boissons gazeuses surtout… Tous ces ingrédients contribuent à augmenter la quantité de sucre dans le sang, à charger le corps d’insuline et à provoquer le diabète de type 2. Il est donc plus sain de boire de l’eau et de manger des fruits qui contiennent de l’eau.

swissinfo.ch: Comment faire alors pour que, durant le Ramadan, le système digestif effectue son activité de façon optimale ?

A.M : Lorsqu’on reste 18 heures d’affilée sans manger (comme c’est le cas en Suisse pour ceux qui font le Ramadan maintenant) on a tendance à surconsommer dès la rupture du jeûne. C’est là une grave erreur car l’estomac, habitué à 3 repas par jour durant le reste de l’année, enfle sous l’effet de cette surconsommation brutale. Je conseille donc vivement de rompre le jeûne avec quelques dates ou des fruits sucrés, accompagnés d’un verre de lait.  

Puis, au bout de 10 ou 15 minutes, on peut manger une soupe ou un potage de légumes avec un bout de pain, quitte à reprendre, une heure après, des fruits. Avec ce mode d’alimentation, on peut réaliser le bénéfice escompté. J’ajouterai que le repas qui rompt le jeûne est très important car il aide le corps à affronter l’épreuve d’abstinence du lendemain.

swissinfo.ch: Certains choisissent de ne pas manger juste avant que ne sonne l’heure du début du jeûne. Ce choix est-il sain?

A.M: Choisir de ne pas manger ne constitue pas un danger, mais le repas que l'on prend juste avant le début du jeûne n’en reste pas moins important, pour les jeunes en tout cas qui ont entre 14 et 17 ans et qui sont très actifs à cet âge. Ce repas compense leur énergie dépensée et leur évite l’épuisement. Idem pour les personnes qui exercent un travail esquintant. Il leur faut compenser pour pouvoir travailler normalement le lendemain.

Précisons ici que sur le plan physiologique, les personnes diffèrent. Il incombe donc à chaque individu de choisir le régime alimentaire qui lui convient.

Le mois de ramadan

Ramadan est le nom du 9e mois du calendrier musulman.

À l'origine mois d'été (le nom vient d'une racine r-m-d ou être brûlant), il se déplace dans le temps car il est lié à l'année lunaire, plus courte de onze jours. Le ramadan est le mois saint, le mois de la révélation, celui "au cours duquel le Coran a été envoyé sur Terre".

Seul mois mentionné dans le livre saint de l'islam, il est l'un des cinq piliers de l'islam (avec la profession de foi, la prière, l'aumône légale et le pèlerinage). Il est aussi le mois au cours duquel de nombreux évènements de l'histoire de l'islam ont eu lieu.

Le ramadan est le mois du jeûne: du lever au coucher du soleil, il est interdit à tout adulte valide (à l'exception des femmes enceintes, des malades, des soldats et des voyageurs) de manger, boire, fumer et s’accoupler. Du coucher au lever du soleil, la vie nocturne est alors très intense. Mois du jeûne, il est également un mois de prière, de ferveur religieuse.

La fin du ramadan est marquée par la fête de rupture du jeûne.

Source : CNRSLien externe

swissinfo.ch: Comment augmenter son métabolisme durant le Ramadan?

A.M: La réduction de l’apport calorique se fait mieux lorsqu’on pratique une activité sportive. Par sport, on n’entend pas forcément la fréquentation d’une salle de gym. Marcher 30 à 60 minutes par jour ou prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur sont tout aussi bénéfiques. Il est très important de faire de la marche le soir après le repas qui marque la rupture du jeûne, cela aide à la digestion.

swissinfo.ch: Le mois du Ramadan réunit autour d’une même table parents et amis. Y voyez-vous des avantages pour la santé ?

A.M: Manger autour d’une même table renforce les liens sociaux et contribue aussi à réduire l’apport calorique. L’expérience le prouve: on consomme beaucoup plus lorsqu’on mange seul que lorsqu’on est en famille ou avec des amis.

swissinfo.ch: Existe-t-il une relation entre le comportement social d’un individu et le mode de fonctionnement de son système digestif ?

A.M: C’est bien connu : les personnes qui souffrent de solitude ou subissent une pression ont tendance à être anxieuses et instables psychologiquement. Certaines d’entre elles pallient donc leurs préoccupations en devenant boulimiques. Cela dit, je ne sais pas si le comportement social d’un individu affecte son système digestif et son métabolisme. Ce que je sais en revanche, c’est que ce comportement empêche le corps d’établir un équilibre entre ce dont il a besoin et ce qu’il consomme réellement.

swissinfo.ch: Certains parents tiennent à ce que leurs enfants fassent Ramadan. Le jeûne peut-il produire sur les enfants un effet négatif?

A.M: Difficile de répondre à cette question. Tout dépend de l’âge de l’enfant. Je déconseille le jeûne aux adolescents de moins de 14 ans, car ils sont en pleine période de croissance et leurs besoins physiologiques demeurent grands et importants. Le problème se pose moins à partir de 14 ans, l’adolescent ayant déjà acquis de bonnes capacités physiques lui permettant de supporter l’épreuve qui l’attend. Dans tous les cas, il doit être lui-même convaincu de l’expérience du jeûne pour pouvoir la mener à bien.


Adapté de l’arabe par Ghania Adamo

×