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Swiss: pilotes augmentés mais les nuages persistent


Par Sophie Douez


Swiss devrait engager prochainement une centaine de nouveaux pilotes. (Ex-press)

Swiss devrait engager prochainement une centaine de nouveaux pilotes.

(Ex-press)

Après un bras de fer de plusieurs mois, Swiss International Air Lines et les syndicats des quelque 950 pilotes de la compagnie, sont parvenus à un accord de principe. Lequel doit déboucher sur une nouvelle convention collective de travail (CCT).

L’accord de dernière minute, conclu samedi (2 juillet), a mis fin aux rumeurs selon lesquelles les pilotes de ligne planifiaient un débrayage la semaine prochaine, coïncidant avec les grands départs en vacances de l’été.

Jean-Claude Donzel, porte-parole de Swiss, a indiqué que la compagnie avait accepté d’améliorer les conditions générales auxquelles sont soumis les pilotes, comprenant les vacances, les jours de repos, les contributions de prévoyance et les salaires, qui seront augmentés de 20 à 22%.

L’offre antérieure formulée par la direction, qui prévoyait une augmentation de 15%, avait été jugée inacceptable par les pilotes, qui en demandaient le double.

Mais l’accord en question n’est qu’une étape préliminaire. Il devra encore être finalisé et soumis au vote des pilotes de la compagnie.

«Les divergences ont été réduites petit à petit, jusqu’à ce qu’on trouve un dénominateur commun», a expliqué Thomas Steffen, membre du comité directeur d’Aeropers, qui défend les intérêts des pilotes Swiss. «La situation a empiré ces derniers temps pour les pilotes. Nous n’aurions pas pu attendre indéfiniment», a-t-il indiqué aux agences

Pénurie de pilotes 

«En raison du manque d’effectifs, les pilotes de Swiss ont accumulé ces dernières années près de 10'000 jours de repos non récupéré», a encore rappelé Thomas Steffen.

Pour couronner le tout, en juin dernier, un vol reliant Zurich à Sao Paolo, avait tout bonnement du être annulé pour cause de maladie d’un pilote et parce que la compagnie n’était pas en mesure de le remplacer au pied levé. Une preuve de plus, plaident les syndicats, de la pénurie de pilotes au sein de la compagnie.

De son côté, Jean-Claude Donzel avait qualifié cette situation de «normale» dans le cadre des opérations de routine d’une compagnie.

«Je ne peux pas accepter de tout mettre sur le compte d’une pénurie de pilotes. La situation actuelle est très tendue», a tenu à souligner le porte-parole, qui précise que Swiss a rajouté de nouvelles liaisons et augmenté le nombre de ses courriers par rapport au passé.  

Un avis que ne partage pas Matthias Mölleney, ancien chef des ressources humaines de la défunte Swissair, pour qui, la pénurie de pilotes chez Swiss était «un véritable problème». Il se rallie d’ailleurs aux propos de Thomas Steffen, qui dénonce un nombre important de départs parmi les pilotes de la compagnie.

Pour Matthias Mölleney, les origines de la pénurie sont liées à la réduction du nombre de pilotes pour estomper les effets de crise.

«Un modèle qui date des années 60, dit que si une compagnie embauche des jeunes pilotes au plus fort d’une crise, et alors que les temps sont extrêmement durs, elle disposera de ce personnel précisément au moment où elle en aura besoin», explique l’expert. «Dans les faits, la première réaction, lorsque le contexte économique montre des signes de tension, consiste à réduire les écoles de pilotage et à ne plus embaucher», regrette-t-il.

Impasse

Tombée en faillite il y a une dizaine d’années, Swiss a fait un retour remarquable depuis sa reprise par Lufthansa en 2005. Son bénéfice annuel a plus que doublé l’an dernier, pour atteindre 368 millions de francs.

Le transporteur va d’ailleurs ajouter 7 nouveaux appareils à sa flotte (82 avions), d’ici fin 2012.

«Il y a un signal clair d’expansion au sein de la compagnie. Mais il est évident que si vous avez davantage de machines, il faut aussi plus de pilotes. Or, le problème, c’est que l’on ne peut pas les embaucher comme ça, du jour au lendemain», tient à souligner Jean-Claude Donzel.

De fait, Swiss a lancé une campagne de recrutement pour attirer de nouveaux pilotes. Conformément aux déclarations faites en marge de la présentation de ses résultats au premier trimestre, la compagnie prévoit d’engager 200 collaborateurs supplémentaires pour renflouer son personnel de cabine et une centaine de nouveaux pilotes, et ce, avant la fin de cette année.

«Notre centre de formation de vol est plein», a-t-il ajouté. «Le cycle de formation est soumis au régime intensif, mais cela pourrait ne pas suffire. C’est pourquoi nous tentons de trouver d’autres solutions».

La Swiss Aviation Training School a une capacité de 90 places par année pour des cycles de formation de deux ans. Jean-Claude Donzel ajoute que, comme les instructeurs sont eux-mêmes des pilotes de Swiss, cette situation ne fait qu’accentuer la pression sur le volume du personnel.

Vers une solution ?

Aeropers a déclaré que l’accord de principe conclu avec Swiss était «un pas important pour mettre fin à la pénurie». Le syndicat, qui défend les intérêts des pilotes (930 affiliés), a en outre souligné que l’amélioration des conditions de salaire et de travail aurait pour effet d’encourager la relève.

Mais Jean-Claude Donzel a prévenu que l’accord pourrait prendre encore «plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois» avant d’être finalisé.

Le porte-parole a ajouté que bien que certains points aient permis de rapprocher les parties, des «obstacles» devaient encore être surmontés, comme l’âge de la retraite ou le recrutement de pilotes chevronnés à des conditions concurrentielles en lieu et place des barèmes d’ancienneté exigés par les syndicats - ce qui pourrait soulager la pénurie de pilotes.

Matthias Mölleney a rappelé que les plus grandes compagnies aériennes étaient syndiquées et liées à une grille salariale respectant le principe d’ancienneté, ce qui rend le recrutement de pilotes expérimentés  particulièrement difficile.

Il a expliqué que, pour un transporteur aérien, une bonne relation avec ses pilotes était un facteur indispensable pour assurer son succès.

«La particularité des pilotes, en comparaison d’autres métiers de la branche, comme le personnel au sol, est qu’ils ne sont pas interchangeables. Les pilotes ne partent pas», a-t-il insisté.

«C’est un secteur d’activité humain, construit sur une confiance mutuelle. Si le climat de confiance entre les syndicats de pilotes et la direction, et vice-versa, ne fonctionne pas, alors les choses deviennent très difficiles».

SWISS INTERNATIONAL AIR LINES

Née de la faillite de Swissair et de la compagnie régionale Crossair, Swiss International Air Lines a effectué son premier vol en 2002.

Contrainte de réduire sa flotte (74) et son équipage d’un tiers l’année suivante, Swiss a finalement été sauvée par le transporteur allemand Lufthansa en 2005.

Aujourd’hui, Swiss fait figure de compagnie solide, avec un bénéfice annuel de 368 millions de francs en 2010 (146 millions en 2009).

Swiss a transporté 14,2 millions de passagers en 2010, soit plus de 3% qu’en 2009. Le taux d’occupation sur ses courriers est passé de 80,1% en 2009, à 82,3% l’année suivante.

Le nombre de vols aussi a augmenté, avec 3,6% de liaisons supplémentaires, pour un total de 141'405 vols en 2010.

A la fin du mois de mars 2011, la compagnie employait 7'521 collaborateurs, soit environ 100 de plus que pour la même période un an plus tôt. La compagnie prévoit d’embaucher 200 nouveaux membres d’équipage de cabine et 100 pilotes avant la fin de cette année.

Dès 2012, Swiss va renforcer sa flotte de 81 appareils grâce à la livraison de 5 Airbus A-330-300, de deux Airbus A-221 et de deux Airbus A-320.

GROGNE DES PILOTES

La convention collective de travail (CCT) qui édicte les conditions auxquelles sont soumis quelque 950 pilotes de Swiss, était arrivé à échéance en décembre. Elle avait été prolongée jusqu’en mars, dans le but de trouver un terrain d’entente entre les parties.

De leur côté, les pilotes demandaient une augmentation globale (salaires et périodes de repos) de près de 30%. Ils ont rejeté les contre-propositions de la direction, oscillant entre 10 et 15% d’augmentation.

Suite à l’échec des négociations, les syndicats avaient demandé que le dossier soit examiné par la cour arbitrale de la Chambre de commerce de Zurich en vue d’une médiation. Plusieurs semaines de négociations plus tard, la cour avait décrété que les parties pouvaient et devaient parvenir à la conclusion d’un accord entre elles. Une décision rejetée par les syndicats qui s’étaient retirés des débats.

Un accord de principe a finalement permis de sortir de l’ornière le 2 juillet dernier. Le comité directeur du syndicat des pilotes Aeropers a accepté l’offre d’augmentation de 22% des salaires et des conditions générales. La proposition doit encore être approuvée en votation par les pilotes.


Traduction de l’anglais: Nicole della Pietra, swissinfo.ch



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