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Tragédie en Méditerranée La presse suisse déçue de Bruxelles. Et de Berne

Après la tragédie du week-end dernier, près de 1800 réfugiés ont péri en Méditerranée depuis le début de l'année. Jeudi encore, un canot surchargé a été secouru.

(Keystone)

Les mesures annoncées lors du sommet européen extraordinaire de jeudi pour prévenir de nouveaux naufrages en Méditerranée et faire face à l'afflux de migrants africains sont accueilles avec une certaine «désillusion», voire de la «tristesse», par la presse nationale. Qui regrette également qu’en Suisse aussi, il y ait «plus de mots que d’action».

Les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Huit ont décidé hier de tripler le budget (à 9 millions d’euros par mois) et de renforcer les moyens de Frontex, l’agence européenne chargée de la coordination de la surveillance des frontières extérieures de l’UE. Le correspondant à Bruxelles de «L’Express / L’Impartial» ajoute que «certes, des options en vue de mieux répartir le fardeau de l’immigration entre les Etats membres vont être examinées. Mais de là à renégocier la Convention de Dublin, également appliquée par la Suisse, qui impose aux pays d’entrée des migrants dans l’UE l’obligation de les prendre en charge, en vue d’y inclure une clé de répartition, il a un pas que le Royaume-Uni et la plupart des Etats des pays d’Europe centrale et orientale, en particulier, refusent obstinément de franchir.»

Un trafic humain très organisé

Le naufrage d'un chalutier qui a fait jusqu’à 900 morts dans la nuit de samedi à dimanche dernier au large des côtes libyennes a suscité une ...

«Le Temps» rappelle que «Triton», opération de surveillance, ne ressemble en rien à «Mare Nostrum», qui avait une vocation humanitaire. «Revenir à cette dernière, qui a permis de sauver près de 150’000 personnes et d’arrêter en tout cas 500 passeurs, risque de provoquer un appel d’air, auquel l’Europe n’est pas en mesure de répondre. C'est donc surtout en amont qu’il faut agir. La première urgence européenne serait une politique d’asile commune, plus équitable et solidaire envers une Italie totalement submergée.» 

«Triste timidité»

Les commentaires du jour regrettent cette «timidité de l’Union», à l’instar de «24 Heures», qui constate que «le mandat reste la répression et la protection des frontières maritimes des pays riverains de la Méditerranée et non l’assistance aux bateaux en détresse».

Sommet extraordinaire de l’UE

Les 28 dirigeants de l'Union européenne a décidé jeudi à Bruxelles de tripler le budget de la surveillance et le sauvetage en mer des bateaux de migrants fuyant les conflits et la pauvreté en Afrique. Avec 9 millions d’euros par mois au lieu de 3, l’opération «Triton» aura désormais équivalent de l'ex-mission italienne «Mare Nostrum», interrompue l'an dernier. Mais aucun accord n'a été trouvé pour permettre aux navires de «Triton» de sortir des eaux territoriales afin de se rapprocher de la Libye

Quant à lancer des opérations militaires pour identifier, capturer et détruire les navires des trafiquants avant leur départ, décision a été prise de chercher un mandat de l’ONU

Le sommet s'est en revanche terminé sur un échec lors de la discussion sur le 3e volet du plan d'action sur l'accueil et la prise en charge des migrants à leur arrivée et aucun chiffre ne figure dans la déclaration finale.

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«Tristesse» dans la «Neue Luzerner Zeitung». «La politique européenne est en panne, la Méditerranée restera une fosse commune. Après la mort de plus de 1000 personnes ces deux dernières semaines, le sommet de jeudi à Bruxelles a eu beau faire étalage de consternation, il n’a abouti à aucun résultat permettant d’empêcher de nouvelles noyades. Certes, l'UE va tripler ses efforts pour maintenir des missions de sauvetage à peu près au niveau de l’an dernier – alors qu’on avait enregistré au moins 3500 naufragés. Quant à ce qui adviendra aux rescapés, l’Union est tout sauf unanime.» Le quotidien lucernois est catégorique: «Les dirigeants de l’UE ont pris certes des mesures nécessaires, mais ils doivent aussi s'entendre sur une répartition des réfugiés entre eux, à moins que ceux-ci ne continuent de moisir dans les centres d’accueil italiens et grecs saturés.»

Pour «L’Express / L’Impartial», c’est l’élimination de Kadhafi qui a fait sauter le verrou de l’émigration vers l’Europe. «Quant au président François Hollande, avec toute la gravité qui lui sied si bien en pareille circonstance, il met en cause la Libye. On ne peut qu’acquiescer. A ceci près que c’est bien la France, celle de Sarkozy, qui a poussé le plus énergiquement, en 2011, à une intervention armée occidentale en Libye.» «Les bombardements massifs ont certes abouti à l’élimination de Mouammar Kadhafi, poursuit le quotidien neuchâtelois, mais ils ont surtout fait éclater la Libye (…). Avec pour conséquence principale de disséminer des quantités faramineuses d’armes dernier cri bien au-delà du territoire libyen, ce qui explique en bonne partie la suite des événements. Résultat des courses? Plusieurs pays déclarent maintenant, la main sur le cœur, qu’on ne pourra - hélas, bien sûr - faire autrement que d’intervenir une nouvelle fois militairement en Libye.» En résumé: «c’est le bon sens qui fait naufrage.»

En Suisse, «beaucoup de mots, mais pas d’action»

La Suisse aussi s’est demandé jeudi comment mettre fin à l’hécatombe en Méditerranée. Jeudi, la commission des institutions politiques de la Chambre basse a discuté de propositions: contribuer à la création d’un pont humanitaire, soulager des pays comme la Grèce et l’Italie en accueillant davantage de requérants, constituer une cellule de crise pour des actions humanitaires immédiates et autoriser à nouveau le dépôt de demandes d’asile dans les ambassades, ce dernier postulat étant rejeté à une large majorité, rapporte «Le Temps». . «Mais la Suisse a sa part de responsabilité dans ces naufrages qui se répètent, poursuit le quotidien francophone. En supprimant la possibilité de déposer des demandes d’asile dans les ambassades à l’étranger, c’est ni plus ni moins une voie légale de la migration qui a été fermée.» Tendant de «se racheter une conscience, la Suisse a donné récemment son aval pour l’accueil de 3000 réfugiés fuyant le chaos syrien. C’est bien cette voie-là qu’il faut suivre. Appuyer de nouvelles voies de migration légales et contrôlées.».»

«Beaucoup de mots, mais pas encore d’action», commente le «Sankt-Galler Tagblatt»: «Certes les partis sont unanime à dire qu’il faut que quelque chose se passe. Mais quoi: ce sont les moyens qui font la controverse.»

«La Suisse se retrouve en bord de mer», constatent le «Bund» et le «Tages-Anzeiger» dans un commentaire commun. Et même plus: elle fait pour une fois manifestement partie du continent européen: «Certes, elle n’est pas la première destination des bateaux, elle était absente du Sommet européen, mais elle est cependant présente par devoir, puisqu’elle accueille des réfugiés venus par la mer de Syrie, du Mali, d’Erythrée.»

Pour le quotidien bernois également, la déclaration de l’UE est une désillusion. «Mais la Suisse ne dit rien de plus. A cause des réalités politiques, (notamment) parce que la population suisse, qui gronde déjà contre les centres d’asiles dans les agglomérations, n’accepterait pas une augmentation des contingents de réfugiés.» «Mais on sous-estime la population, affirment les deux quotidiens. Malgré les peurs d’un afflux d’étrangers, personne ne veut voir des enfants mourir en mer. Si l’alternative est de se noyer, alors beaucoup de choses devraient être possibles. Y compris une augmentation du contingent de réfugiés syriens.» Et de citer les précédents: les Kosovars, les Tibétains, les Hongrois. Notre pays pourrait jouer un rôle plus actif, pas avec des bateaux, mais financièrement.»

swissinfo.ch

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