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Triste fin de partie pour Laurent Gbagbo




Laurent Gbagbo, peu après son arrestation. (AFP)

Laurent Gbagbo, peu après son arrestation.

(AFP)

Arrêté lundi après-midi dans sa résidence d’Abidjan, le président sortant de Côte d’Ivoire devra passer devant ses juges. Pour la presse suisse, si la partie est finie pour Laurent Gbagbo, il est loin d’être sûr qu’elle le soit pour son pays.

Le poids des images. Depuis quelques jours, la TCI, la chaîne de télévision pro-Ouattara a souvent diffusé les extraits les plus tragiques de La Chute, le film retraçant les derniers jours d’Adolf Hitler dans son bunker. Et lundi après-midi, c’est encore par la TCI que les Ivoiriens ont vu leur président déchu, visage défait, ruisselant de sueur, en maillot de corps avant qu’un soldat compatissant lui passe une drôle de chemise jaune et verte.

A ses côtés, son épouse Simone, la «dame de fer», montre son visage tuméfié et sa mine des mauvais jours. Des images qui «rappellent celles de Saddam Hussein, hagard et pouilleux lors de son arrestation en décembre 2003», note Le Temps.

Message aux tyrans

Le quotidien romand voit dans cette arrestation musclée un «avertissement aux tyrans qui hantent l’Afrique: l’entêtement sourd et aveugle, le jusqu’au-boutisme meurtrier ne payent plus. Le pouvoir ne s’arroge pas indéfiniment, pas plus qu’il ne se décrète impunément ou ne s’affermit dans le sang: il se conquiert à la loyale, dans les urnes et sous les yeux du monde entier».

Et cette «piqûre de rappel» est selon le journal «d’autant plus impérieuse que cette année, le continent africain connaîtra 19 élections présidentielles».

Analyse identique dans la Neue Zürcher Zeitung, pour qui cette victoire d’un président clairement choisi par les électeurs constitue, «bien au-delà de la Côte d’Ivoire, un signal important pour le développement de la démocratie en Afrique».

Brutal et inattendu

Reste la manière. «La chute et l’arrestation de Laurent Gbagbo furent à l’image de toute la crise ivoirienne: brutales et inattendues», note L’Express de Neuchâtel. Tandis que La Liberté de Fribourg parle de la «pitoyable fin de partie de Laurent Gbagbo», et que la Berner Zeitung revient sur le parcours du président déchu, qui l’a fait passer «du héros à la figure tragique».

«Arrivé au pouvoir dans le chaos en 2000, Laurent Gbagbo le quitte par la force et dans le sang», ajoutent 24 Heures et La Tribune de Genève.

Plusieurs journaux soulignent en outre la présence des soldats français dans son arrestation, dont le rôle n’est pas vraiment clair. De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui, en Côte d’Ivoire, veulent voir dans Alasssane Ouattara une «marionnette de la France».

Pour Jean-Louis Arcand, professeur genevois et bon connaisseur de l’Afrique de l’Ouest, interrogé par les mêmes 24 Heures et Tribune de Genève, cette arrestation n’est pas pour autant «une victoire de la Françafrique». Et le président Alassane Ouattara est de toute façon «plus proche de Washington que de Paris».

Réconciliation

Gbagbo arrêté, le cauchemar de la Côte d’Ivoire est-il vraiment terminé, comme l’a clamé lundi le premier ministre Guillaume Soro ? Sur ce point, la presse suisse reste prudente.

Comme le souligne Le Temps, le pays vient de plonger dans un chaos «dont nul ne sait si et quand Ouattara parviendra à le tirer». Et l’expert Jean-Louis Arcand rappelle très opportunément que «le clan Gbagbo, ce n’est pas une clique, c’est une bonne partie de la population, qui a voté à 50% pour lui».

Laurent Gbagbo devra passer en jugement, mais de quoi va-t-on le charger ?, se demande déjà la Neue Zürcher Zeitung. «D’avoir annulé illégalement le résultat de l’élection de novembre ? D’avoir lâché son armée contre des civils ?» Sur le second point, note le quotidien zurichois, les soldats de Ouattara sont eux aussi loin d’avoir les mains propres.

La crise en huit dates

28 novembre 2010 Second tour de la présidentielle entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Les deux camps s'accusent d'avoir empêché les électeurs de voter dans certaines régions.

2 décembre La Commission électorale annonce la victoire de Ouattara (54,1%). Résultat rejeté par le Conseil constitutionnel, acquis à Gbagbo.

3 décembre Le Conseil constitutionnel donne la victoire à Laurent Gbagbo (51,45%). L'ONU reconnaît la victoire d’Alassane Ouattara. La Suisse la reconnaîtra le 29 décembre.

6 janvier 2011 Les Etats-Unis gèlent les avoirs de Laurent Gbagbo et de son clan. L'Union européenne fait de même le 14 janvier, la Suisse le 19.

28 mars Début d'une offensive vers le Sud des forces de Ouattara, qui prennent en quatre jours le contrôle de quasiment tout le pays.

30 mars Vote de la résolution 1975 de l'ONU qui demande à Laurent Gbagbo de se retirer et donne mandat à la Mission de l'ONU en Côte d'Ivoire d'utiliser «tous les moyens» pour «protéger les civils» et «prévenir l'usage d'armes lourdes».

31 mars Les forces pro-Ouattara entrent à Abidjan. Début de combats entre militaires fidèles à Gbagbo et Forces républicaines pro-Ouattara.

11 avril Tirs de missiles d'hélicoptères français vers la résidence de Laurent Gbagbo. Le président déchu est arrêté par les forces de Ouattara et conduit à l'Hôtel du Golf, QG du camp Ouattara dans Abidjan.

swissinfo.ch



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