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Un Fribourgeois dans les hautes sphères parisiennes

Après trois ans passées à Matignon, aux côtés de l'ex-premier ministre Dominique de Villepin, puis une brève expérience à la tête d'un cabinet ministériel, Frank Melloul dirige la stratégie de l'Audiovisuel extérieur de la France. Portrait.

Frank Melloul suit d'un œil attentif le procès Clearstream. Normal: son ancien patron, Dominique de Villepin, y est accusé d'avoir instrumentalisé une sombre affaire de faux fichiers aux dépens de Nicolas Sarkozy.

«Ce que je souhaite, affirme Melloul, c'est que ce procès puisse faire éclater la vérité sur une histoire qui semble aussi rocambolesque que complexe.» Le Fribourgeois n'en dira pas plus. On ne commente pas une affaire de justice en cours, surtout quand on est haut fonctionnaire.

Le temps du silence et de la parole

Villepin? Un tournant dans l'histoire encore jeune de Frank Melloul. En 2000, à 27 ans, tout juste diplômé de l'Université de Genève et après de brèves expériences dans des radios romandes, Melloul décroche un contrat au ministère des Affaires étrangères. Intelligent, rigoureux – «une qualité que j'ai apprise en Suisse», passionné des questions internationales, il est remarqué quatre ans plus tard par Dominique de Villepin, qui en fait son conseiller pour la presse.

Commence alors une aventure fascinante au sommet de l'État. «J'ai beaucoup appris en travaillant avec Villepin, raconte Melloul. J'ai été impressionné par sa façon de gérer les crises.» Un exemple révélateur: «Pendant la crise des banlieues, en 2005, l'ancien premier ministre a su gérer le temps du silence et le temps de la parole.

Écouter d'abord, en recevant les jeunes, les «grands frères», les associations. Laisser «parler» les images. Puis, dans un second temps seulement, prendre la parole, afin de donner la solennité et le retentissement nécessaire à une annonce telle que le couvre-feu. Ceci a contribué à mettre fin aux émeutes.

Avec le géant à la mèche blanche

Frank Melloul n'est pas peu fier d'avoir travaillé auprès du géant à la mèche blanche. «Villepin reste quand même l'un des rares ministres à être entré dans l'histoire de son vivant : en faisant vibrer la France à l'ONU, lors de son fameux discours contre la guerre en Irak.»

Son mandat prend fin en 2007, quand Villepin quitte Matignon. «J'ai eu la chance d'occuper des postes importants très tôt» remarque, modeste, le Fribourgeois, qui mesure le prix de cette ascension rapide: pas si simple, ensuite, de rebondir.

Ce fils de Français installés à Fribourg, qui a fait son service militaire à Moudon (Vaud), va pourtant se frayer un nouveau chemin, entre journalisme et diplomatie. Franck Melloul reçoit ses visiteurs dans son bureau d'Issy-les-Moulineaux, en face du siège de la chaîne France 24. Son sourire est affable, sa démarche un peu raide: gravir tous ces échelons en à peine 35 ans alourdit forcément un peu le pas.

Conseiller de Pierre Lellouche

Il faut dire que l'année fut riche en rebondissements. L'hiver dernier, il se glisse dans sa nouvelle peau de directeur de la stratégie de l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF). Enfin un boulot pépère? Tout le contraire! Au printemps, il est envoyé en Afghanistan pour conseiller le représentant spécial de la France, Pierre Lellouche.

C'est là, pendant ce séjour bref mais dense, qu'il s'initie à un concept clé: le «Soft Power» (la «diplomatie publique»). Ou, plus littéralement, une «puissance douce» qui accompagne la présence militaire sans la remplacer.

En Afghanistan, «il s'agit d'obtenir l'adhésion de l'opinion publique, elle-même instrumentalisée par les terroristes, à travers tout un réseau de sit-coms, de sites Web, etc., résume Frank Melloul. Il faut occuper cet espace, bien faire comprendre à la population ce que serait un régime taliban.»

Le «Soft Power» à la française peut s'appliquer avec avantage en Afghanistan, estime Frank Melloul. «Il n'y a pas là-bas de crispation anti-française, mais au contraire une attente, un espoir.»

Mésentente cordiale

Dans l'avion du retour vers Paris, Pierre Lellouche, qui vient d'être nommé secrétaire d'État aux affaires européennes, propose au Fribourgeois de diriger son cabinet. Un genre de proposition qui ne se refuse pas.

Pourtant, à peine deux mois plus tard, Melloul quitte le cabinet et retrouve son fauteuil à l'Audiovisuel extérieur de la France. Que s'est-il passé? Mésentente cordiale entre le «pro américain» Lellouche et le «villepiniste» Melloul?

Ce dernier réfute cette interprétation «politique». Exemple parmi d'autres de la valse dans les cabinets ministériels? «Pierre Lellouche m'a demandé de l'aide pour constituer son cabinet. Cette tâche accomplie, j'ai préféré partir», répond l'intéressé. On peut juste supposer que travailler avec le bouillonnant Lellouche n'est pas chose aisée.

Un job au cœur de l'actualité

Revoilà donc Melloul membre de la direction du «conglomérat» audiovisuel extérieur français, voulu par Nicolas Sarkozy et regroupant la chaîne d'information France 24, Radio France internationale (RFI) et la partie française de TV5 monde. Bras droit encore et toujours, mais cette fois d'une vedette du monde des médias: Christine Ockrent.

Un job au cœur de l'actualité. RFI va supprimer environ 200 emplois, France 24 fêtera bientôt son troisième anniversaire, fort d'une bonne audience mais freiné par des contraintes budgétaires. Et la nomination de Christine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, n'a jamais été pleinement acceptée dans les rédactions, où certains dénoncent l'esprit de clan.

Une pointe d'agacement

Une fois n'est pas coutume, le tempéré Frank Melloul laisse transpercer une pointe d'agacement: «Je défie quiconque de trouver en France un journaliste qui possède à la fois la capacité, l'expérience et la dimension internationale de Christine Ockrent.»

Le Fribourgeois souligne la percée de France 24. Une bonne audience dans le monde arabe, un petit phénomène en Afrique - 13 millions de téléspectateurs, en audience hebdomadaire.

«N'oublions pas, avant de comparer France 24 à des chaînes comme CNN ou Al-Djazira qui diffusent depuis plusieurs décennies, que la chaîne française n'a même pas trois ans d'existence.»

Prochains objectifs du directeur de la stratégie: étendre la diffusion en langue arabe et déployer la chaîne sur d'autres continents, notamment en Asie et en Amérique du Nord. De quoi remplir l'agenda du Franco-Suisse. Avant de passer à autre chose?

Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

Frank Melloul

1973: naît à Fribourg, de parents français. Après sa scolarité à Lausanne, il fait des études de droit et de relations internationales à Genève. Puis devient brièvement animateur radio, à Radio Nostalgie Suisse et Lausanne FM.

2000: chargé de mission au ministère français des Affaires étrangères.

2003: porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, en charge de la communication pour le Proche et Moyen-Orient, les affaires stratégiques et le terrorisme.

2004: suit Dominique de Villepin au ministère de l'Intérieur, où il devient son conseiller technique pour la presse.

2005: arrive à Matignon dans les bagages de Villepin, nommé premier ministre, en tant que chef-adjoint du service de presse et porte-parole.

2007: directeur de la stratégie et du développement international de l'Audiovisuel extérieur de la France.

2009: nommé en juin directeur de cabinet du secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche. Reprend en septembre ses activités à l'Audiovisuel extérieur de la France.

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FRANCE 24, la CNN FRANÇAISE

L'Audiovisuel Extérieur de la France est la société holding qui supervise et coordonne les activités des radios et TV publiques de l'Etat Français, ayant une diffusion internationale.

Mission: dynamiser moderniser ces sociétés jusqu'ici en ordre dispersé et définir une stratégie commune. L'AEF fédère trois entités: RFI, radio d'information internationale multilingue, France 24, chaîne d'information en continu en français, anglais et arabe. TV5 MONDE, chaîne généraliste, multilatérale et francophone (contrôlée à 49% par AEF avec les partenaires publics français, canadien, suisse et belge).

France 24 a été lancée le 6 décembre 2006. Elle a pour principaux concurrents l'américaine CNN, la britannique BBC World, la paneuropéenne EuroNews, l'allemande Deutsche Welle ou encore la qatarienne Al Djazeera.

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