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Un licencié d’UBS parle


«Travailler dans la banque va devenir très dur»


Par Raffaella Rossello


Anupam Agarwal: un cas classique de licenciement en 20 minutes. (swissinfo.ch)

Anupam Agarwal: un cas classique de licenciement en 20 minutes.

(swissinfo.ch)

Dans le secteur bancaire, la sécurité de l’emploi et l’argent facile, c’est du passé. Licencié d’UBS, où il occupait une position de cadre, Anupam Agarwal lance un avertissement aux jeunes qui ambitionnent de faire carrière dans la banque.

Il avait rang de directeur dans la gestion de la trésorerie. Anupam Agarwal a entamé sa carrière bancaire chez UBS à Londres en 1984. Il a aussi travaillé à Francfort et Hong Kong avant de rejoindre le siège de Zurich en 2007.

Il a donc vécu la crise financière, qui a frappé UBS avec une rare violence. La grande banque a dû réduire ses effectifs en plusieurs vagues, et la dernière l’a emporté à l'automne 2011, à l’âge de 49 ans.

swissinfo.ch: Qu’est-ce que cela vous a fait de vous faire licencier?

Anupam Agarwal: Rétrospectivement, je peux comprendre les raisons de cette décision. Mais la manière dont la chose a été annoncée a été un gros choc pour moi. On aurait certainement pu le faire beaucoup mieux que par surprise pendant une réunion.

C’est le coup classique où tout se passe en 20 minutes. On vous dit que vous êtes de trop et une fois la séance terminée, vous retournez à votre bureau, vous prenez vos affaires personnelles et on vous accompagne à la sortie.

swissinfo.ch: Qu’avez-vous fait depuis lors?

A.A.: J’ai cherché du travail en Suisse. Mais une de mes grosses difficultés, ce sont les langues. J’ai toujours travaillé en anglais. Je connais un peu d’allemand, un peu de français, mais c’est loin d’être suffisant pour entrer dans une entreprise d’ici et travailler en français ou en allemand. Donc, je suis des cours dans ces langues et une fois que j’aurai les certificats, ce devrait être plus facile de trouver une place.

swissinfo.ch: Avez-vous jamais pensé à changer de métier?

A.A.: Absolument. J’ai fortement à l’esprit l’idée de quitter complétement la banque et de mettre mes connaissances et mes compétences au service de l’industrie, pour voir comment mon expérience pourrait servir à d’autres secteurs dans la gestion de leurs finances.

swissinfo.ch: Quel regard avez-vous sur le secteur bancaire, spécialement sur le secteur bancaire suisse?

A.A.: Si vous commencez à regarder le secteur bancaire dans une perspective globale, il y a beaucoup, beaucoup de changements dans la réglementation qui ont déjà été annoncés et d’autres qui vont être annoncés. Le modèle de l’autorégulation, que les Américains ont défendu si ardemment, a montré qu’il ne fonctionnait pas très bien.

Ces changements, qui comprennent des augmentations de capital, de plus fortes exigences de fonds propres et des réductions des ratios d’endettement, vont au final obliger les banques à réduire leur taille, peut-être à se spécialiser davantage et certainement à augmenter leurs fonds propres. Elles le font déjà: elles ont des délais pour se conformer à ces nouvelles règles.

Cela va signifier essentiellement que les banques devront conserver une part bien plus importante de leurs bénéfices au lieu de les distribuer sous forme de dividendes ou de bonus. Une large part du revenu des banques va aux employés. Mais cela a commencé à changer. L’époque où l’on pouvait espérer un bonus simplement pour avoir fait son travail est révolue. Le bonus était censé récompenser une performance exceptionnelle. Mais tout le monde en était arrivé à s’attendre à un bonus pour le simple fait d’être venu au travail. Ce n’est plus le cas.

Et il paraît clair que si l’on regarde en avant, dans les cinq ou plutôt dans les dix ans à venir, je pense que les banques vont être des endroits où il sera très, très dur de travailler.

Elle continueront probablement à payer de bons salaires de base, mais les composantes supplémentaires, comme les bonus, vont devenir beaucoup plus difficiles à obtenir et certainement nettement moins élevées.

swissinfo.ch: Que diriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans le secteur bancaire?

A.A.: Je connais des exemples de gens qui ont fait leur apprentissage à UBS, et au terme des deux ans, on ne leur a pas proposé de poste.

Quiconque vent entrer dans le secteur bancaire doit être très conscient qu’avoir fait l’apprentissage ne donne aucune garantie d’avoir un job et de faire carrière. Je connais plusieurs personnes qui n’ont pas trouvé de travail après leur apprentissage. Peut-être qu’elles sont entrées au mauvais moment, quand les banques étaient déjà en train de réduire leurs dépenses et leurs effectifs, et dans ces périodes, elles ne peuvent pas se permettre de prendre quelqu’un avec peu ou pas d’expérience, quelqu’un qui n’a pas fait ses preuves dans le secteur.

Des dizaines de milliers de postes perdus

Le secteur bancaire suisse n’est pas le seul à connaître des réductions massives d’effectifs depuis l’éclatement de la crise financière en 2008.

Selon l’agence de presse spécialisée Bloomberg, le secteur financier a perdu près de 200'000 emplois dans le monde l’année dernière.

En août 2011, HSBC a annoncé qu’elle allait supprimer 30'000 postes. Lloyds est en train d’en supprimer 15’000 Barclays 3000 et la Royal Bank of Scotland 3500. La banque néerlandaise ABM Ambro a également pris la décision l’année dernière de couper 2350 postes.

Aux Etats-Unis, Bank of America a lancé en septembre de l’année dernière un programme de réduction des coûts qui touche 30’000 emplois et a annoncé en mai de cette année 2000 suppression de plus. Citigroup a dit en décembre vouloir supprimer 4500 postes. Goldman Sachs prévoit une réduction de 1000 et Morgan Stanley de 1600 emplois.


Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez, swissinfo.ch



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