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Votations fédérales


Dix mois après, les Suisses revotent sur l’immigration




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Une image traditionnelle, mais  de nos jours, une grande majorité de Suisses votent par correspondance. (AFP)

Une image traditionnelle, mais  de nos jours, une grande majorité de Suisses votent par correspondance.

(AFP)

Le peuple suisse a une nouvelle fois voté sur l’immigration lors des votations fédérales de ce dimanche. Une initiative populaire demande une limitation de la croissance démographique, afin de protéger les ressources naturelles. Les citoyens se sont aussi prononcés sur l’abolition des forfaits fiscaux pour riches étrangers ainsi que sur l’augmentation des réserves d’or de la banque nationale.

En février dernier, les citoyens acceptaient l’initiative «Contre l’immigration de masse». Issue des rangs de la droite conservatrice, celle-ci demande un frein à l’immigration par le biais de la réintroduction de quotas et de plafonds pour les étrangers en Suisse. La nouvelle initiative «Ecopop», sur laquelle on a voté dimanche, provient en revanche de cercles se réclamant de l’écologie, bien qu’il ne s’agisse pas de partis traditionnellement actifs dans la défense de l’environnement (les Verts et Ecologie libérale).

Le texte de cette initiative demande que la population résidant en Suisse «ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles.» Concrètement, il est proposé que l’immigration nette ne dépasse pas 0,2% de la population sur une moyenne de trois ans. L’initiative demande aussi que 10% de l’ensemble du budget de l’aide au développement soit consacré à la promotion du planning familial dans les pays en voie de développement.

Front du refus

L’initiative du comité Ecopop (ECOlogie et POPulation) se heurte à un véritable front du refus. L’ensemble des partis politiques, à gauche comme à droite, dénoncent le projet. Une multitude d’organisations (syndicats, organisations économiques, Eglises ou encore ONG) se sont prononcées contre le texte. On lui reproche notamment d’être colonialiste et trop extrémiste, de mettre en péril la tradition humanitaire de la Suisse ou encore d’étrangler le développement économique du pays.

Même l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), pourtant à l’origine de l’initiative «Contre l’immigration de masse», préconise officiellement de la rejeter. Idem pour les mouvements écologistes traditionnels, même s’ils font preuve d’une certaine compréhension pour l’objectif d’Ecopop de réduire l’empreinte écologique de l’humanité.

Le refus populaire ne fait guère de doute. Cette initiative pourrait toutefois réaliser un score plus qu’honorable, compte tenu de cette opposition quasi unanime. Le dernier sondage en date montre que 39% des personnes interrogées la soutiennent, alors que 56% y sont opposées et que 5% sont indécises.

Ce bon score s’expliquerait notamment par une raison tactique: bon nombre de votants accepteraient cette initiative uniquement pour mettre une pression sur le gouvernement, afin qu’il applique réellement l’initiative «Contre l’immigration de masse», analysent les sondeurs.

Equité contre attractivité

La deuxième initiative soumise au vote provient des rangs de la gauche. Elle demande l’abolition du système des forfaits fiscaux pour riches étrangers.

Ce système des forfaits est principalement pratiqué dans les cantons latins, le canton de Vaud arrivant en tête. Certains cantons, comme celui de Zurich, ont déjà aboli cette pratique, alors que d’autres, parmi lesquels Berne, ont refusé de le faire. L’initiative «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires» porte désormais le dossier au niveau fédéral.

Cette initiative suscite un affrontement gauche-droite assez classique. A gauche, on estime que ce système des forfaits, au demeurant assez opaque, va à l’encontre de l’équité. Selon elle, il n’est pas normal qu’un Suisse de la classe moyenne paye au final plus d’impôts qu’un millionnaire étranger au bénéfice d’un forfait. La gauche dénonce aussi les pertes que ces exilés fiscaux provoquent dans leurs pays d’origine.

A droite, le discours est beaucoup plus pragmatique. On estime que l’abolition des forfaits diminuerait l’attractivité fiscale et économique de la Suisse. Plusieurs pays, comme la Belgique ou le Portugal, font également tout leur possible pour attirer les grandes fortunes. Aux yeux de la droite, abolir les forfaits en Suisse ne changerait donc rien au niveau global; cela équivaudrait juste à se «tirer une balle dans le pied».

Selon les sondages, les Suisses pourraient bien partager cette manière de voir. D’après les derniers chiffres, 46% des personnes interrogées refusent l’initiative, 42% l’acceptent et 12% sont indécises.

Les marchés observent

La dernière initiative émane de l’Union démocratique du centre. Intitulée «Sauvez l’or de la Suisse», elle demande de reconstituer et de préserver les réserves d’or de la Banque nationale suisse (BNS). Au début des années 2000, la BNS s’était séparée de plus de la moitié de ses réserves d’or. En effet, l’or ne sert plus de base à la monnaie depuis bien longtemps et, à l’époque, le métal jaune semblait avoir perdu sa fonction de valeur-refuge.

Aux yeux de l’UDC, cette politique représente une dilapidation du patrimoine national. Dans son initiative, le parti de la droite conservatrice demande donc que de nouvelles ventes soient interdites, que l’entier des stocks d’or de la Suisse soient entreposé sur le territoire national et que l’or représente au moins 20% des actifs de la BNS, contre actuellement 7,6%.

Les autres partis, à droite comme à gauche, sont opposés à cette initiative. Ils considèrent en effet qu’elle diminuerait fortement la marge de manœuvre de la BNS. Par ailleurs, les opposants estiment qu’il ne faut pas trop surévaluer l’importance de l’or, ce métal ne générant pas d’intérêts et pouvant perdre rapidement de sa valeur.

Les marchés financiers observent attentivement l’évolution de la situation. En effet, si l’initiative était acceptée, la Suisse devrait procéder à des achats d’or massifs, ce qui aurait une influence mondiale. Mais les bourses n’ont pas vraiment de raisons de s’affoler; dans les derniers sondages, l’initiative était refusée à 47%, alors que les partisans étaient 38% et les indécis 15%.

swissinfo.ch



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