«Bienvenue sur Déficit Air»

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Le sauvetage d'une compagnie aérienne nationale ne convainc pas la presse. En plus d'être critique, la Suisse romande se montre aussi amère.

Ce contenu a été publié le 23 octobre 2001 - 11:12

Les analystes considèrent en premier lieu qu'investir actuellement dans une compagnie aérienne est un non-sens économique. Le secteur est en effet en plein marasme depuis les attentats du 11 septembre.

Pour 24 heures, ce sauvetage n'a rien d'économique: «rien n'indique que la nouvelle Crossair, même gorgée d'argent frais, sera longtemps de taille à maintenir le cap». La Tribune de Genève titre carrément: «bienvenue sur Déficit Air».

Le Matin relève quant à lui que l'ancienne logique de Swissair perdure: «on investit dans une compagnie alors qu'il y a trop d'avions.»

La presse alémanique est tout autant sceptique. Ainsi, pour la Neue Zürcher Zeitung, rien n'indique que la nouvelle compagnie ne sera pas elle aussi à deux doigts de la liquidation d'ici à quelques années.

Entrave au libéralisme

Les chroniqueurs s'étonnent par ailleurs que l'Etat investisse 2 milliards alors que, depuis des années, le discours officiel prône la libre concurrence et la libéralisation des marchés.

Pour la Berner Zeitung, le fait que l'Etat interviennent «pour les péchés des capitaines de l'économie» pose un certain nombre de question.

L'Agefi estime que cet argent aurait été mieux investit dans la formation ou la réduction des impôts. La décision du Conseil fédéral est de plus un mauvais exemple: «Tout le débat politique sur l'économie sera désormais vicié par le cas Swissair», note le journal économique romand.

Pour la Thurgauer Zeitung, le gouvernement a peut-être même ouvert la boîte de Pandore: «il ne serait pas étonnant que la branche du tourisme soit la prochaine à réclamer des payements directs».

Amertume romande

La Liberté estime que cette affaire montre une fois de plus qui commande dans ce pays: l'économie, la région de Zurich et les radicaux. Pour la Tribune de Genève, «le projet de sauvetage donne l'impression que la Confédération joue les pompiers en faveur de Zurich».

Et la Liberté de conclure qu'il y a deux poids deux mesures dans ce pays. Lorsque les autorités fribourgeoises s'étaient engagées pour sauver la brasserie du Cardinal, les politiciens et la presse alémaniques avaient descendu ce projet en flamme au nom de la libre concurrence.

A l'étranger aussi

Le sauvetage d'une compagnie aérienne nationale a également été suivi avec attention à l'étranger. Les médias en ligne, à commencer par la BBC et CNN, ont relaté l'événement en direct.

Le Financial Times fait sa Une du plan de sauvetage de la compagnie aérienne, soulignant l'engagement pris non seulement par l'Etat et les entreprises, mais aussi par des privés, comme Ernsto Bertarelli, patron de Serono, ou Walter Haefner, l'un des Suisses les plus riches.

C'est dans son éditorial de dernière page que le quotidien britannique sort ses griffes: «il semble que le froid bon sens commercial ait été miné par la fierté nationale». Et citant les grandes banques, Holcim, Nestlé, Roche ou encore Novartis, le FT met en garde contre «un potentiel manque de considération pour les actionnaires».

Olivier Pauchard

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