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«L'Europe doit dire la vérité sur les prisons secrètes»

Les investigations de Dick Marty ne sont pas terminées.

(Keystone)

Chargé l'an dernier par le Conseil de l'Europe d'enquêter sur des prisons secrètes de la CIA, le sénateur suisse Dick Marty réagit aux aveux de George W. Bush.

Le président américain a admis mercredi que des suspects avaient été interrogés en dehors des USA. Dick Marty veut que les pays européens – dont la Suisse – disent toute la vérité.

Dans un rapport publié au mois de juin de cette année, l'enquêteur suisse du Conseil de l'Europe affirmait que 14 pays européens avaient collaboré avec la CIA à un réseau d'abus des droits humains.

D'autres pays – dont la Suisse – auraient, quant à eux, été impliqués activement ou passivement dans la détention ou le transfert de terroristes présumés.

Mercredi, le président américain George W. Bush a admis pour la première fois que les services secrets américains détenaient et interrogeaient des membres importants d'Al-Qaïda dans des prisons secrètes à l'étranger et qu'ils avaient l'intention de continuer, malgré la réprobation internationale.

A Genève, le Comité international de la Croix-Rouge a indiqué qu'il aurait accès «dans les prochains jours» à 14 hommes (dont le cerveau présumé des attentats du 11 septembre) dont George W. Bush a annoncé le transfert à Guantanamo après leur détention dans des prisons secrètes à l'étranger.

Les aveux du président américain confirment les soupçons du sénateur suisse Dick Marty, qui exige désormais de savoir où sont situés ces lieux secrets de détention. Interview.

swissinfo: Les aveux de George W. Bush vont-ils pousser les autres gouvernements impliqués à passer aux aveux à leur tour?

Dick Marty: Tout d'abord, la confirmation de l'existence des prisons secrètes ne constitue pas une surprise pour moi. J'en ai toujours été convaincu.

Deuxièmement, le fait que l'administration Bush admette enfin qu'elle a détenu et interrogé des prisonniers de manière musclée en dehors des Etats-Unis est un motif supplémentaire urgent qui doit pousser les gouvernements européens à faire leur devoir et à établir ce qui s'est réellement passé sur leur territoire. Nous sommes encore bien loin de savoir toute la vérité.

swissinfo: Cela concerne-t-il la Suisse qui, selon votre rapport, a fermé les yeux sur le transit d'avions suspects dans son espace aérien?

D.M.: La Suisse, mais aussi tous les pays où des indices plus que concrets montrent que l'espace aérien, les aéroports ou d'autres infrastructures ont été mis à contribution pour ce système secret de détentions qui implique une logistique et un système de transport important.

swissinfo: Au mois de février, la Suisse a décidé de renouveler l'autorisation annuelle pour les avions américains d'utiliser l'espace aérien helvétique.Cette décision doit-elle être réévaluée à la lumière des aveux du président américain?

D.M.: Selon moi, la Suisse a renouvelé cette permission trop vite. Il suffit d'examiner les actes de la magistrature italienne pour se rendre compte qu'il y a un faisceau d'indices indiquant que notre espace aérien a été employé pour le transport d'au moins un détenu séquestré illégalement.

Je pense que nous aurions dû exiger, dans une forme beaucoup plus vigoureuse et plus formelle, des explications du gouvernement des Etats-Unis. Nous nous sommes contentés d'une déclaration verbale d'un fonctionnaire de l'administration américaine.

swissinfo: Après la déclaration de George W. Bush, peut-on encore prendre au sérieux les assurances américaines qu'aucun prisonnier n'a transité par la Suisse?

D. M.: Non. Je pense que dans cette affaire – comme pour ce qui concerne la guerre en Irak – de nombreux mensonges ont été racontés. Nous devons désormais être très stricts dans nos demandes d'informations.

swissinfo: Pensez-vous que l'administration Bush va donner plus de détails sur son programme de détention ou sur les lieux où sont basées les prisons secrètes?

D.M.: Non. Nous devons maintenir la pression. Ces premiers aveux n'ont été arrachés que grâce au travail remarquable d'organisations non gouvernementales et de journalistes d'investigation américains. Sans oublier le rôle prépondérant du pouvoir judiciaire américain qui a pris des décisions importantes pour toute la société civile.

swissinfo: Allez-vous continuer vos propres investigations?

D.M.: Au mois de juin, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a décidé que l'enquête devait se poursuivre. Je suis d'accord de continuer mon travail mais pas dans les conditions actuelles. Soit seulement si on me met des moyens à disposition.

Jusqu'à présent, j'avais à ma disposition un jeune assistant et son contrat ne devrait pas être renouvelé pour des raisons bureaucratiques. Je trouve cela grotesque. En particulier si l'on considère l'importance de cette tâche.

Inteview swissinfo, Adam Beaumont
(Traduction et adaptation de l'anglais: Mathias Froidevaux)

En bref

- En novembre 2005, l'ONG Human Right Watch dénonce l'existence en Europe de prisons secrètes de la CIA et le kidnapping de terroristes présumés.

- Le Conseil de l'Europe charge le sénateur suisse Dick Marty – qui est aussi président de la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe – de mener une enquête.

- En juin 2006, Dick Marty présente son rapport. Celui-ci affirme que 14 pays européens ont collaboré avec la CIA sur le transfert de terroristes présumés et leur détention dans des prisons secrètes.

- Le rapport accuse aussi le gouvernement suisse d'avoir fermé les yeux sur le transit d'avions suspects dans son espace aérien. En février 2006, la Suisse a renouvelé l'autorisation annuelle pour les avions américains d'utiliser son espace aérien.

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Faits

L'Office fédéral de l'aviation a confirmé que six avions suspects de la CIA ont atterri en Suisse.
L'OFAC chiffre par ailleurs à 76 le nombre de survols de la Suisse par les avions présumés de la CIA entre 2001 et janvier 2006.
Selon l'OFAC, les avions en question étaient enregistrés en tant que vols non commerciaux.

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