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Aide suisse en Bolivie Tradition et modernité au secours de la Terre Mère



L’ingénieure agronome Sonia Laura (au centre) est entourée de paysans boliviens après une bonne récolte de pommes de terre.

L’ingénieure agronome Sonia Laura (au centre) est entourée de paysans boliviens après une bonne récolte de pommes de terre.

A une époque où les satellites et les technologies de pointe viennent au secours de l’agriculture et de la prévention des catastrophes naturelles, le monde andin redécouvre le rôle des yapuchiris. Leur savoir ancestral permet de déterminer quand, comment et quoi semer et de prévenir les désastres.

«Si les lequeleques (canards colvert) pondent leurs œufs en-dehors de la zone lacustre, cela signifie que l’année sera très pluvieuse. Et si leurs œufs présentent des taches brunes, on peut en déduire qu’il y aura du gel à fin septembre ou au début du mois de janvier. Par ailleurs, si le kiriki (une sorte de colibri) fait son nid 30 cm au-dessus des roseaux, l’année sera pluvieuse et nous recommandons alors de planter dans les zones montagneuses», explique Francisco Condori Alanoca, yapuchiri de la communauté de Batallas, installée à proximité du lac Titicaca.

Ces connaissances ancestrales, basées sur l’observation du comportement des animaux et des végétaux, ainsi que sur la direction des vents et la position de la Croix du Sud (petite constellation de l’hémisphère sud), font partie de la stratégie mise en œuvre depuis 2005 dans le cadre du programme de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation au changement climatique par l’agence gouvernementale suisse d’aide au développement (DDC).

La communauté andine célèbre en août le mois de la Pachamama (la Terre Mère) au travers de divers rituels de remerciements et de sollicitudes, mais le travail d’observation des yapuchiris débute le 19 mars, précise Francisco Condori Alanoca, tout en signalant que «nous avons commencé à enquêter sur ces savoirs ancestraux après la grave sécheresse et les gelées de 2004».

La Suisse met l’accent sur le climat

En Bolivie, la coopération suisse se concentre particulièrement sur le domaine de la gestion des risques et de l’amélioration de la sécurité en cas de catastrophes naturelles. Philip Puyo, vice-directeur de la Direction de la coopération et du développement (DDC) en Bolivie, relève que le pays d’Amérique du Sud a particulièrement souffert de la sécheresse, du gel et de la grêle entre 2012 et 2013.

La DDC a appuyé le ministère de la défense civile et le Programme alimentaire mondial (PAM) pour venir en aide aux près de 30'000 familles touchées par un plan d’urgence.

En raison de ses caractéristiques géographiques et de la diversité de ses climats (hauts plateaux, zones sub-andines et tropicales), la Bolivie est particulièrement exposée aux caprices de la météo, parmi lesquels figurent les phénomènes El Niño et La Niña.

Une grande partie du budget de 10 millions de francs de la DDC est consacrée au financement de programmes de réduction des risques de catastrophes et d’adaptation au changement climatique. La DDC contribue au financement du projet de Prosuko à hauteur de 700'000 dollars pour la période 2011-2014.

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«Pas du folklore»

«Ils maîtrisent très bien les prédictions basées sur l’observation des bio-indicateurs», affirme Sonia Laura, ingénieure agronome auprès de l’organisation non gouvernementale Prosuko, soutenue par la DDC. «Depuis très longtemps, les yapurichis sont capables de gérer la temporalité et l’espace. Ils savent que lors d’une année pluvieuse, il faut semer sur les coteaux et, en période de sécheresse, dans des endroits plus humides».

A partir de ces prémisses, l’ONG Prosuko travaille en collaboration avec les communautés andines sur la prévention et les réponses opportunes à apporter lorsque se produisent des inondations, la sécheresse, des gelées ou la grêle, qui affectent souvent partiellement ou totalement les cultures vivrières (pommes de terre, quinoa, maïs, etc.).

Selon Sonia Laura, il ne s’agit pas de connaissances folkloriques, mais bien techniques: «Prédire s’il va pleuvoir ou non en se basant sur les nids et les œufs des oiseaux, la circulation des masses d’air ou la position de la Croix du Sud, cela signifie maîtriser des connaissances très valables et précises».

Cette conviction permet d’élaborer des stratégies agro-écologiques basées sur la durabilité des ressources naturelles, en incluant l’utilisation d’engrais foliaires, de préparations minérales ou d’autres produits organiques qui permettent d’éviter le recours à la chimie.

Complémentarité entre l’homme et la nature

L’univers cosmologique andin se compose notamment des huacas, divinités parmi lesquelles figurent notamment la Pachamama, la nature (sallqa) et les êtres humains. Ces derniers ont la responsabilité de préserver l’équilibre entre les trois composantes de la communauté (ayllu), en veillant à ce que les principes de complémentarité et de réciprocité soient respectés. Cela signifie qu’on ne peut pas demander sans donner quelque chose en retour.

Le mois de la Pachamama débute le 1er août. Les yapuchiris font alors une offrande aux divinités lors de deux rituels dans des lieux spécifiques.

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Pas d’accès aux prévisions météo

Le ‘Pachagrama’ est l’un des instruments qui permet de soutenir la perpétuation et le renforcement de ces connaissances. C’est une sorte de formulaire sur lequel sont enregistrées durant plusieurs mois les données météorologiques, ce qui permet de comparer les prévisions et d’établir l’indice de coïncidence. Un outil important si l’on pense que de nombreuses communautés n’ont pas la télévision ou Internet et donc pas accès aux prévisions météorologiques.

Les projets comme celui soutenu par Prosuko ont permis d’articuler les savoirs andins avec des outils techniques plus conventionnels. Les yapurichis sont ainsi devenus de véritables spécialistes, qui savent utiliser GPS, pluviomètres, thermomètres et autres PH-mètres…

«Notre rôle et de fournir les informations techniques qui favorisent l’innovation et la recherche. Pas forcément sur des bases scientifiques, mais qui sont adaptées au territoire. Le fait de sortir d’une université ne veut pas dire que l’on dispose de l’expérience nécessaire pour cultiver et faire face aux gelées et aux inondations», souligne Sonia Laura.

Les ‘Suka Kollus’, ces zones artificiellement surélevées traversées de canaux permettant de réguler la température et l’humidité du terrain, en drainant l’eau lorsqu’il pleut trop et en l’accumulant en période de sécheresse, en sont un exemple. Ce processus est de plus en plus utilisé dans les régions basses du pays, où les inondations et les glissements de terrain sont fréquents.

La Bolivie en bref

Superficie: 1'098'580 km2

Population: 10'088'000 habitants

Taux de croissance démographique (depuis 1990): 1,6%

Espérance de vie: femmes/hommes 68,9/64,4 ans

Taux d’analphabétisme: femmes/hommes 13,2/4,2%

Produit intérieur brut par personne: 2374 dollars

Source: Banque mondiale

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(Adaptation de l’espagnol: Samuel Jaberg), swissinfo.ch


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