Avortement: aider plutôt que juger

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Le gouvernement donne le coup d'envoi à la campagne pour le régime du délai et contre l'initiative des anti-avortement. Le peuple se prononcera le 2 juin.

Ce contenu a été publié le 12 avril 2002 - 17:43

Il aura fallu huit ans de débats pour parvenir à un compromis. Le régime du délai autorise l'avortement durant les douze semaines qui suivent les dernières règles, alors que le projet initial prévoyait quatorze semaines.

Vendredi, le Conseil fédéral a lancé sa campagne par la voix de Ruth Metzler. Pour la ministre suisse de la Justice, «un oui au régime du délai n'est pas un oui à l'avortement». C'est un moyen de respecter à la fois le droit à l'autodétermination de la femme et la vie en devenir.

Vers la fin d'une hypocrisie

Aujourd'hui, la Suisse doit absolument accorder sa législation et la pratique, estime Ruth Metzler. Le système actuel est incohérent, voire hypocrite.

Le code pénal de 1942 prévoit des sanctions contre les femmes qui avortent. Pourtant, la plupart des cantons appliquent déjà le régime des délais. Et 13 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont pratiquées chaque année en Suisse.

Un nombre qui n'a cessé de diminuer. Mais «ce n'est pas la criminalisation de l'avortement qui permet de réduire le nombre d'IVG», selon Ruth Metzler. La conseillère fédérale est persuadée qu'il vaut mieux aider que juger.

Initiative anti-avortement

Dans cette même logique, le gouvernement recommande le rejet de l'initiative «pour la mère et l'enfant». Le texte n'autorise l'avortement que si un danger imminent, impossible à écarter d'une autre manière, menace la vie de la mère. L'IVG n'est même pas admise en cas de viol.

Une telle interdiction susciterait un tourisme de l'avortement et des interventions clandestines avec tous les problèmes médicaux et psychologiques qui y sont liés. Cette initiative nous ramènerait cent ans en arrière, ajoute la conseillère nationale Anita Thanei (PS/ZH).

Mesures d'accompagnement

Parallèlement à la révision de la loi, le gouvernement préconise une meilleure prévention et des mesures sociales. La ministre de la Justice évoque le remboursement des moyens de contraception par les caisses maladie. «Une question qu'on ne peut plus refuser d'aborder si l'on prend la prévention au sérieux», selon elle.

Mais c'est aussi toute la politique sociale qu'il faut revoir. Pour Ruth Metzler, il est temps de créer les conditions permettant d'allier famille et travail. Grâce à une véritable assurance maternité, pour commencer. Ou encore en offrant assez de places dans les crèches.

Comparaison internationale

Actuellement, le régime du délai est appliqué dans la majorité des pays européens (France, Belgique, Italie, Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Suède, République tchèque, Hongrie). Les délais varient entre 10 et 24 semaines.

En Suisse, le peuple rendra son verdict le 2 juin. Il se prononcera en même temps sur les deux objets: le projet défendu par le gouvernement et l'initiative des anti-avortement intitulée «pour la mère et l'enfant».

swissinfo/Alexandra Richard

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