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Biennale de Venise Un pavillon vivant pour la Suisse



L'entrée du pavillon suisse à Venise.

L'entrée du pavillon suisse à Venise.

(Swiss Arts Council Pro Helvetia)

Dès le 7 juin, la Biennale d’architecture de Venise présente 66 pavillons nationaux, mais celui de la Suisse ne ressemblera à aucun autre. Commissaire de l’exposition avec les architectes Herzog et de Meuron, Hans Ulrich Obrist explique à swissinfo.ch comment la Suisse y assure une présence immatérielle, modulable et vivante.

Le point de départ était le même pour tous les pavillons: l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, directeur de la 14e édition de la Biennale internationale d’architecture, a invité les nations participantes à prendre l’histoire récente de l’architecture comme boîte à outils pour inventer l’avenir.

Hans Ulrich Obrist, reconnu comme une des personnalités les plus influentes du monde de l’art, a été approché par le jury biennales de Pro Helvetia, la fondation suisse pour la culture, pour assurer le commissariat du pavillon suisse. Son projet Station Utopia réalisé pour la Biennale d’art de Venise en 2003 leur avait laissé une forte impression.

Obrist a choisi de présenter deux grands visionnaires qui ont fortement influencé l’architecture contemporaine et qu’il a bien connus: Lucius Burckhardt et Cedric Price. Mais au lieu de présenter une simple exposition, Obrist y apporte son style distinctif en proposant une plateforme de créativité à la croisée de l’art et de l’architecture.

Selon le commissaire, Lucius Burckhardt et Cedric Price, tous deux disparus en 2003, «ont redéfini l’architecture en la centrant sur les personnes, l’espace et l’action». Le premier était un économiste et sociologue suisse, inventeur de la ‹promenadologie›, le deuxième un architecte britannique et personnage savoureux.

Tous deux ont été parmi les premiers à envisager l’architecture non pas du point de vue du constructeur (le comment), mais en partant de l’utilisateur (le pourquoi).



Perspective intérieure de ce qu’aurait dû être le Fun Palace de Cedric Price, 1964

Perspective intérieure de ce qu’aurait dû être le Fun Palace de Cedric Price, 1964

(Cedric Price)

Palais du divertissement

Le titre de l’exposition, A stroll through a fun palace (promenade dans un palais de divertissement) fait référence au projet le plus célèbre de Price, qui n’a cependant jamais été réalisé. Avec son Fun Palace de 1961, il a élaboré le concept selon lequel toute construction doit pouvoir s’adapter aux besoins de ses utilisateurs et ne pas être une structure permanente et inamovible. Il voulait surtout que son projet, qui a servi de modèle au Centre Pompidou, encourage les collaborations créatives.

«Peu d’architectes ont transformé l’architecture avec si peu de moyens», reconnaît Rem Koolhaas.

Pour le Pavillon suisse, Obrist a réuni une brochette impressionnante d’architectes, d’artistes et d’experts dans l’esprit de collaboration prôné par Price, tout en y ajoutant la touche de Burckhardt.

«Je suis très intéressé par l’idée de Diaghilev de réunir toutes les disciplines artistiques dans un Gesamtkunstwerk, une œuvre d’art totale», raconte Obrist.

Pour les créations des Ballets russes qu’il avait fondés au début du 20ème siècle, Diaghilev réunissait tous les arts lorsqu’il confiait la musique à Stravinski, les décors et affiches à Picasso et la danse à Nijinski. A ceux qui espérait travailler pour lui, comme le jeune Jean Cocteau, il répondait «Étonnez-moi!».

«Rendez-vous de questions»

Lucius Burckhardt and Cedric Price – A stroll through a fun palace est présenté par Pro Helvetia du 7 juin au 23 novembre à la Biennale de Venise. Pour cette édition 2014, le nombre de pavillons nationaux a augmenté de 20%.

Pendant les mois d’été, des étudiants de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich où enseignait Burckhardt, ainsi que d’autres institutions, entreront en dialogue avec les visiteurs pour leur présenter, à tour de rôle, différents aspects de l’œuvre des deux visionnaires. L’exposition fonctionnera comme une école d’architecture ayant pour mission de réfléchir au développement du paysage contemporain.

Obrist décrit le pavillon suisse comme un «rendez-vous de questions» où les discussions permettront «à l’information de muer en connaissances». Les journées d’ouverture seront consacrées à des rencontres autour de l’architecture, l’urbanisme et des modes d’exposition.

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Ruptures innovantes

Obrist est persuadé que Price et Burckhardt n’auraient pas apprécié une exposition statique pour la présentation de leurs archives, composées en grande partie de dessins. «Ils auraient adopté une manière performative de les présenter en y associant des artistes. Ces derniers explorent toujours, en effet, de nouvelles manières de réaliser les expositions».

Et de fait, les artistes conviés par le commissaire sont tous, d’une façon ou d’une autre, interpelés par l’architecture, qu’ils intègrent dans leurs propres pratiques. Afin de réfléchir sur un mode de présentation mobile pour le pavillon, «qui sera toujours vivant, permettant à de nouveaux aspects des archives d’être révélés chaque jour», Obrist a organisé des groupes de réflexion, qu’il appelle également des collaboratoriums.

Au départ, seule la partie consacrée à Burckhardt devait être confiée à ses anciens élèves, Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui se disent très influencés par le théoricien, mais Obrist s’est rendu compte qu’il devait leur confier le concept en entier.

«Herzog et de Meuron ont souvent collaboré avec des artistes, comme Thomas Ruff ou Gerhardt Richter, mais j’ai pensé qu’il serait intéressant de les associer à une génération plus jeune d’artistes avec lesquels ils n’ont jamais travaillé».

Et d’ajouter: «Plus on en discutait, moins ‘matériel’ nous paraissait le projet. Au final, ils se sont entendus sur un concept qui, selon eux, permet à l’univers mental de Lucius et Cedric de flotter dans l’espace».

A quoi ressemblera l’interprétation de cet espace mental par les architectes suisses célèbres notamment pour la Tate Modern à Londres ou le stade Nid d’Oiseau à Pékin? Le grand public le découvrira le 7 juin 2014.

Hans Ulrich Obrist

Co-directeur des Serpentine Galleries à Londres (ainsi nommées en raison de leur emplacement à proximité d’un cours d’eau en «serpentin» au cœur de Hyde Park) et auteur d’un Interview Project, qui compte déjà plus de 2000 heures de conversations avec les penseurs de notre époque, Obrist a déjà réalisé plus de 250 expositions en qualité de commissaire. Depuis sa rencontre, encore adolescent, avec les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron, l’architecture fait presque toujours partie intégrante de sa pratique curatoriale. Chaque été, les Serpentines recrutent parmi les plus grands architectes contemporains pour la réalisation de leur pavillon d’été, confié en 2014 au Chilien Smiljan Radić.

Pour la Biennale d’art en 2003, Obrist et consorts avaient imaginé une Utopia Station qui réunissait écrivains, danseurs, performeurs, musiciens, plasticiens, qui ont produit un projet qui, selon Obrist, «oscillait entre dedans et dehors».

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Réponses d’artistes

«L’idée d’une exposition dans un format expérimental a bien plu aux artistes», précise Obrist. Sur des projets transdisciplinaires qui exigent une grande innovation, le curateur travaille souvent avec le même groupe d’artistes.

Le Français Philippe Parreno, premier artiste à avoir utilisé l’entier du Palais de Tokyo à Paris pour une récente exposition, a reçu les éloges de la critique pour sa capacité de réinvention du rapport au public, ce qu’il obtient par l’usage simultané de plusieurs média. Pour Venise, il a inventé un système de persiennes pour structurer l’espace.

Ses complices de toujours sont également de la partie: la française Dominique Gonzalez-Foerster avec ses néons en forme d’interrogations, l’anglo-indien de Berlin Tino Seghal, dont les «situations construites» sont la réponse de l’art à l’éphémère, et le belge, Carsten Höller, connu pour ses installations ludiques, qui plantera un arbre.

D’autres artistes, également de renommé mondiale, se mobilisent pour rendre hommage à Price et Burckhardt, tels que le lauréat du Turner Prize, Liam Gillick, le vétéran multimedia Dan Graham ou encore la toujours surprenante coréenne Koo Jeong-a qui présentera son installation Cedric & Frand qu’elle a réalisée avec 3000 aimants (en 1997, Price avait réalisé une exposition intitulée Magnets sur les thème de l’architecture anticipative).

Par ailleurs, l’Atelier Bow Wow, un couple d’architectes japonais, interviendra sur le toit du pavillon suisse (conçu en 1952 par Bruno Giacometti, le frère d’Alberto, le sculpteur) pour offrir une perspective nouvelle sur les jardins Giardini où a lieu la biennale.

Price et Burckhardt auraient sans doute été ravis: leurs modes de pensées visionnaires ont inspiré un Pavillon suisse à mille lieux du format classique et qui devient ainsi une promenade au cours de laquelle le divertissement se transforme en connaissance.

Lucius Burckhardt et Cedric Price

Cedric Price (1934–2003) était à la fois architecte, professeur et écrivain. Il était convaincu que l’architecture ne devait pas se plier à des canons esthétiques, mais répondre aux besoins de ses utilisateurs. Il a décrit son projet le plus fameux, le Fun Palace de 1961, qui n’a jamais été construit, de la manière suivante: «Cela ressemble à un chantier naval dans lequel théâtres, cinémas, restaurants, ateliers, lieux de convergence, peuvent être assemblés, déplacés, réarrangés ou éliminés à volonté». Renzo Piano s’en est largement inspiré pour le Centre Pompidou de Paris, réalisé en 1977.

Lucius Burckhardt (1925–2003), était un économiste politique suisse, sociologue, historien de l’art et inventeur de la ‹promenadologie›. Il a défendu le principe selon lequel l’invisible, autant que le visible, devaient être intégrés dans nos réflexions sur l’espace urbain. Il était également convaincu que les aspects politique, économique et social devaient en faire partie. Ses théories gagnent en relevance dans le cadre du développement durable.

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