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Comment établir une nouvelle gouvernance mondiale de la santé publique

Ce contenu a été publié le 22 octobre 2020 - 10:23
Gilles Poumerol, expert en santé publique mondiale

Alors que la réforme de l’OMS est en négociations, suite à la propagation mondiale de la Covid-19, l’expert en santé publique internationale Gilles Poumerol plaide pour une organisation supranationale aux pouvoirs contraignants.

En quelques mois seulement, la pandémie de Covid-19 a bouleversé notre monde. Nous faisons face à une crise humanitaire globale sans précédent et celle-ci nous oblige à reconsidérer la solidarité mondiale et la gestion des évènements de santé publique de portée internationale.

Notre monde globalisé est interdépendant. Notre planète est maintenant une communauté de citoyens et il nous faut prendre soin de tous nos semblables. La santé de chacun de nous est liée à celle des autres. Pour minimiser les risques et assurer notre sécurité, il faut un engagement de tous. Nous ne pouvons plus résoudre les problèmes de santé mondiaux seulement au niveau des pays.  Notre santé, nos vies en dépendent.

Gilles Poumerol

Le Dr. Gilles Poumerol est médecin, expert en santé publique internationale. Il a travaillé sur les épidémies et pandémies ainsi que sur le règlement sanitaire international au sein de l’OMS pendant 30 ans. Il collabore actuellement à des programmes de formation sur la sécurité sanitaire au sein du Centre pour les politiques de sécurité (GCSP) à Genève en Suisse.

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Notre niveau de connaissances scientifiques actuel nous permet d’identifier la plupart des risques que nous encourrons, les défis auxquels nous faisons face, et nous savons comment les contrôler, voire même les éliminer. Malgré cela, les contraintes géopolitiques actuelles ont entrainé des retards considérables dans la détection de ce nouveau virus ainsi que dans la déclaration de l’alerte mondiale et dans la réponse.

«Les institutions internationales ne peuvent répondre, dans leur configuration actuelle, aux besoins de l’humanité.»

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Nous ne sommes pas en mesure d’assurer la sécurité collective. Les institutions internationales, qui ont été conçues pour un monde différent, sont débordées et ne peuvent répondre dans leur configuration actuelle aux besoins de l’humanité. Par exemple, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), bien que restant le leader en matière de santé publique internationale, a des ressources très insuffisantes et est étroitement contrôlée par ses états membres, et donc sujette aux pressions politiques. Elle n’a aucun moyen de faire appliquer ses règles, règlements et orientations techniques. Elle ne peut que faire des recommandations, souvent adoptées, mais pas mises en œuvre.

Il y a urgence à repenser comment faire face ensemble aux grands événements de santé publique. Une priorité est de mettre en place rapidement des capacités de détection, alerte et réponse équitables dans l’ensemble du monde et de contrôler rigoureusement leur fonctionnement.

Une institution supranationale aux pouvoirs contraignants

Pour ce faire, nous devons déléguer une partie de la souveraineté en matière de santé publique internationale à une institution supranationale dotée d’une légitimé et d’un équilibre politique ne reposant pas sur les États. Afin de réduire l’influence des personnalités, et utiliser au mieux la diversité des compétences, il serait souhaitable que cette institution soit gérée collectivement et implique un large éventail d’acteurs tels que gouvernements, organisations non gouvernementales, secteurs privés, fondations, forces de sécurité. Il faudrait y mettre en place des contrôles et contrepoids contre les abus de pouvoir ainsi que des mécanismes d’implication du public dans les décisions en utilisant les nouvelles technologies. Fonctionnant dans le respect du droit international, cette institution devrait disposer d’un pouvoir d’exécution avec décisions contraignantes pour les États.

La mise en place d’une telle gouvernance mondiale de la santé indépendante renforcerait notre sécurité à tous.  Il a été estimé qu’un budget de départ d’au moins 30 milliards de dollars par an serait nécessaire pour assurer son fonctionnement.

Cette initiative devrait avoir pour objectifs:

  • Veiller à ce que les soins de santé de base soient disponibles partout et accessibles à tous avec une attention particulière pour les populations les plus vulnérables ;
  • Mettre en place un système de détection et d’alerte pour les évènements émergents ou ré-émergents indépendant de toute interférence politique, économique ou commerciale. Ce système pourrait inclure un numéro d’appel d’urgence mondial permettant aux communautés, régions ou états de signaler des évènements sanitaires inhabituels ;
  • Veiller au respect strict du règlement sanitaire international (RSI) lors des évènements de santé publique de portée internationale, garantissant préparation, notification, partage et réponse appropriée ;
  • Assurer le déploiement immédiat d’équipes de terrain ou que ce soit en cas d’urgence de santé publique ;
  • Contrôler et financer la recherche, la production, le stockage et la distribution équitable et rapide d’équipements de réponse tels que vaccins, matériels de protection ou traitements lors d’évènements de santé publique avec une possibilité de diffusion internationale. Cette fonction devrait être indépendante de l’économie de marché et se concentrer sur les populations les plus à risques ;
  • Faire le suivi rigoureux, avec des méthodes éprouvées, de l’adhésion des pays aux règles et à la mise en œuvre de la préparation ;
  • Faire appliquer normes et standards en ayant la possibilité de sanctionner les États ne les respectant pas.


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