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Vivre & vieillir

Comment garantir les retraites de la prochaine génération

Empêcher l’effondrement du système des retraites à long terme est un impératif commun à de nombreux États. Pour ce faire, la Suisse se heurte toutefois à un obstacle supplémentaire: la démocratie directe. Un vrai casse-tête. 

Ce contenu a été publié le 29 avril 2021 - 16:14
Corinna Staffe (illustration)

Le système des retraites suisse est complexe: il se base sur ce que l’on appelle les trois piliers. Ceux-ci sont constitués de l’assurance vieillesse et survivants (AVS), de la prévoyance professionnelle (LPP) et d’une épargne retraite volontaire qui est encouragée fiscalement. 

Cela permet une répartition des risques et fait que le système suisse est «un modèle pour les autres pays», même s’il est «malheureusement incomplet», affirme Thomas Gächter, professeur de droit des assurances sociales à l’Université de Zurich. 

Ce modèle donne certainement à la Suisse un avantage de temps, mais il ne la sauvera pas des conséquences du vieillissement de la population. Selon les prévisions, il n’y aura bientôt plus assez d’actifs pour financer les pensions des futurs retraités si des mesures correctives ne sont pas prises. Thomas Gächter a une formule lapidaire à cet égard: «La bombe à retardement est déclenchée». 

Le gouvernement ne cesse d’affirmer que le temps presse. Pour autant, la réforme des retraites est un chantier ouvert depuis des décennies et qui ne sera certainement pas achevé de sitôt. 

Le gouvernement lui-même a désormais renoncé à une «intervention chirurgicale globale» et a choisi la solution des «patches appliqués ici et là». Cette stratégie a été mise en œuvre dès 2004, après que toutes les propositions du gouvernement ont été refusées, soit par le Parlement soit par le peuple. 

Le vent avait commencé à tourner à partir de la 11e révision de l’AVS. Auparavant, les réformes du système de retraite avaient apporté des améliorations ou des consolidations de la prévoyance vieillesse. Il était donc plus facile d’obtenir une majorité dans les urnes. 

En revanche, quand les projets de réforme ont commencé à comporter des aspects négatifs pour les assurés, il est devenu plus difficile pour les autorités politiques de composer avec la démocratie directe. 

Ceci d’autant plus que l’écrasante majorité des jeunes – disposés à prendre des mesures drastiques pour éviter que l’AVS ne sombre dans les chiffres rouges et que les générations futures ne doivent payer la facture – désertent les urnes. En revanche, le taux de participation aux votations est élevé parmi les personnes âgées et celles qui seront prochainement à la retraite. 

Dans un tel contexte, le thème du payement des retraites s’est solidement installé en tête des préoccupations des Suisses, seulement éclipsé depuis le printemps 2020 par la crise du coronavirus. A l'opposé, la confiance de la population dans la capacité de la politique à résoudre le problème s’est effondrée. 

Les décideurs politiques vont-ils se racheter aux yeux de la majorité de la population avec la réforme «AVS 21», que le gouvernement a déjà transmise au Parlement, ou la confiance en eux sera-t-elle encore érodée? 

Il est certain que le projet fait l’objet d'âpres controverses. 

L’un des points les plus sensibles du projet gouvernemental est sans conteste l’élévation de l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Le fait que l’âge ordinaire de la retraite des femmes soit d’un an inférieur à celui des hommes est critiqué par ceux qui considèrent qu’il s’agit d’un privilège en comparaison européenne. 

Les opposants à l’élévation de l’âge de la retraite des femmes objectent cependant qu’en moyenne, les femmes suisses perçoivent des salaires inférieurs à ceux des hommes lorsqu'elles sont employées et donc, plus tard, des rentes de retraite de près d'un tiers inférieures. Une situation qui est cependant liée à la prévoyance professionnelle et non à l'AVS, qui fait l'objet du projet de réforme.

Un regard sur les développements internationaux montre que l'écart entre hommes et femmes se réduit de plus en plus. Dans les États membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par exemple, on observe une nette tendance dans ce sens.

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