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Dans l’espace, la petite Suisse joue dans la cour des grands

Un deuxième astronaute, un double Prix Nobel et des instruments embarqués sur 50 missions, européennes, américaines, russes ou chinoises. Dans l’espace, la Suisse est partout. C’est elle qui va affréter le premier «camion-poubelle» en orbite terrestre, elle a son propre télescope pour les exoplanètes (Cheops) et bien sûr, sa technologie est aussi présente sur le fabuleux James Webb Space Telescope.

Ce contenu a été publié le 29 novembre 2022 - 15:28
Skizzomat (illustration)

La nouvelle est tombée fin novembre 2022: 44 ans après Claude Nicollier, l'Agence spatiale européenne (ESA) a sélectionné un deuxième astronaute suisse. le Bernois Marco Sieber fait partie de cinq heureux et heureuses élu-e-s, sur 22'523 candidates et candidates, dont 668 venaient de Suisse.

Ses images n’ont pas fini de bluffer le monde. Parce qu’il regarde dans l’infrarouge, parce qu’il est beaucoup plus grand que Hubble, parce qu’il n’est pas positionné en orbite basse, mais à 1 million et demi de kilomètres de la Terre, le télescope James Webb est l’instrument d’astronomie le plus puissant jamais construit par l’humanité. Et parmi ses constructeurs, il y a aussi des Suisses.

Début décembre 2020, l’annonce avait fait grand bruit, et pour cause: ClearSpace-1, ce sont au moins quatre premières mondiales. L’Agence spatiale européenne (ESA) achète une mission «clés en mains», verse près de 100 millions de francs à une start-up, qui va construire le premier éliminateur de déchets spatiaux et tenter d’attraper pour la première fois un morceau de ferraille en vol non contrôlé. Car il est temps de mettre un peu d’ordre dans la grande poubelle qu’est devenue l’orbite terrestre, désormais dangereuse pour tout ce qui s’y promène.

En 1995, par contre, la découverte n’avait guère fait de bruit hors des cercles scientifiques. Puis au fil des années, le public a commencé à comprendre que ce à quoi la science-fiction l’avait habitué était désormais réalité scientifique: la galaxie fourmille non seulement d’étoiles, mais aussi de planètes. Et les premiers à avoir identifié un de ces mondes orbitant autour d’une étoile autre que notre soleil s’appellent Michel Mayor et Didier Queloz. Ils sont suisses.

24 ans plus tard, leur découverte leur a valu le Prix Nobel de physique.

Cocorico mis à part, ce Nobel est pleinement justifié. La découverte est une des plus importantes du 20e siècle en astronomie. Elle a ouvert de nouveaux champs de recherches pour comprendre notre place dans l’univers, et elle multiplie par des millions les chances de trouver une vie extraterrestre.

Pour les 20 ans de cette première exoplanète, j’avais consacré un article de fond à la question. 

La quête de la vie n’est pas chose simple quand on la cherche sur des mondes distants de centaines de milliers de milliards de kilomètres. C’est ici qu’intervient l’ingéniosité humaine. Et là aussi, les Suisses sont présents.

Mais il ne sera peut-être pas nécessaire d’aller aussi loin. Si nous savons désormais qu’il n’y a ni Martiens ni Vénusiens parmi les petits hommes verts, il n’est pas du tout exclu qu’une vie élémentaire et microscopique ait pu éclore dans notre Système solaire. Sur Mars, ou alors sur certaines des lunes de Jupiter ou de Saturne? Les sondes robotiques qui cherchent les traces de cette vie utilisent les mêmes techniques depuis 50 ans, mais une révolution se prépare. Et cette fois encore, les Suisses sont aux avant-postes.

Et l’on retrouve le Prix Nobel Didier Queloz. Après un passage à Cambridge, il est rentré en Suisse pour créer, avec son collègue astrophysicien Sascha Quanz, un nouveau centre à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, dédié aux origines de la vie – celle que nous connaissons, et celle que nous ne connaissons pas (encore?)  

Parallèlement, la recherche sur les exoplanètes se poursuit. Aujourd’hui, nous commençons à avoir les moyens de comprendre de quoi elles sont faites. C’est la mission du télescope spatial CHEOPS, le premier satellite européen «Made in Switzerland», lancé en décembre 2019. Après quelques mois de mises au point en orbite, il a livré au printemps 2020 ses premiers résultats.

Toutefois, la réputation des Suisses dans l’espace n’a pas attendu Clear Space, ni CHEOPS, ni Mayor et Queloz, ni même l’astronaute national Claude Nicollier - premier spécialiste de mission non-américain à la NASA – pour s’établir.

En 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin débarquent sur la Lune avec une montre suisse au poignet. Et la première chose qu’ils y font, avant même de déployer la bannière étoilée, c’est d’installer la voile solaire de l’Université de Berne - seule expérience scientifique non-américaine à bord d’Apollo XI.

Depuis les débuts de l’exploration spatiale, il n’est pratiquement pas une mission américaine ou européenne qui n’embarque un peu de technologie suisse. Car ce pays sait fabriquer des instruments à la fois très précis et très fiables, conditions indispensables pour résister aux contraintes d’un voyage spatial. 

Qu’il s’agisse de propulser un rover sur Mars, de «sniffer» les gaz qui s’échappent d’une comète ou de prendre des images haute définition d’une planète du système solaire, les ingénieurs suisses ont la solution.

La Suisse, pays de l’horlogerie et de la mécanique de précision, dispose également d’un système d’éducation et de soutien à la recherche très performant. Ce qui explique en partie comment un petit pays dans les montagnes est devenu un grand pays dans l’espace.

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