De l'Art pour un polar

La mère du pilleur d'oeuvres d'art a jeté 107 pièces dans le canal du Rhin au Rhône. Keystone

Le petit-neveu du peintre alsacien Robert Breitwieser pillait les musées et les galeries d'Europe. Y compris de Suisse. Une affaire à peine croyable.

Ce contenu a été publié le 22 mai 2002 - 17:41

Durant six ans, le Français Stéphane Breitwieser a écumé les musées, les collections d'art, les expositions et les ventes aux enchères de seize cantons suisses et de six pays de l'Union européenne. Dérobant au passage plus de 200 objets de valeur avec une facilité déconcertante.

Mercredi, à Lucerne, le juge d'instruction Emil Birchler a confirmé les aveux du voleur. Sans être en mesure de chiffrer exactement le montant de ses forfaits.

Les estimations d'experts avoisinent les deux à trois milliards de francs suisses.

Une première arrestation en Suisse en 1997

Stéphane Breitwieser n'en est pas à son coup d'essai. En effet, pris en flagrant délit dans une galerie de Lucerne et arrêté une première fois en 1997, il s'en était sorti avec une condamnation de huit mois de prison avec sursis.

Depuis, on avait perdu sa trace. On la retrouve le 20 novembre 2001. Ce jour-là, il est reconnu et confondu par la conservatrice du Musée Richard-Wagner de Lucerne où il a dérobé un cor du XVIIe siècle.

Emprisonné, le cambrioleur livre des aveux complets. Epris d'art mais dénué de toute fortune pour assouvir sa passion, il n'a d'ailleurs jamais fait le moindre mystère sur ses nombreux cambriolages.

Ni sur sa façon de procéder. Il agissait en plein jour, sans violence, armé d'un simple cutter, et secondé par sa compagne qui était chargée de faire diversion.

Son amour des belles choses l'a poussé à dérober de multiples vitraux, statuettes, coffrets, armes, livres, pièces d'orfèvreries, céramiques, faïences et toiles de maîtres signées, entre autres, Watteau, Boucher, Cranach ou De la Haye.

Le pavillon, la mère et le canal Rhin-Rhône

Mais, détail important, cet «Arsène Lupin» venu d'Alsace n'a jamais voulu révéler aux enquêteurs où il avait caché son butin.

Et, pour pouvoir reconstituer le puzzle, il faudra attendre la perquisition du petit pavillon d'Eschentzwiller que Stéphane Breitwieser partageait avec sa mère.

Et surtout l'interrogatoire de cette dernière. Qui racontera aux enquêteurs comment elle s'est débarrassée à la hâte des innombrables objets d'art volés par son fils.

Affolée, Mireille Breitwieser a jeté 107 pièces de collection - évaluées à quelque 10 millions d'euros - dans le canal du Rhin au Rhône. Et elle en a découpé d'autres en morceaux avant de les mélanger aux ordures ménagères.

Ecrouée à Strasbourg le 15 mai, la mère de Stéphane a été mise en examen pour «recel de vols par habitude». Et l'ancienne compagne du cambrioleur, Anne-Catherine Kleinklauss, a été placée sous contrôle judiciaire.

Quant à Stéphane Breitwieser, il attend son procès dans une prison suisse. Il risque dix ans de réclusion.

Après, il devra rendre des comptes dans les différents pays où il a commis ses larcins. D'ailleurs, la France a déjà demandé son extradition.

swissinfo/ Mathias Froidevaux

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