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Des manifs de vieux? C'est incompréhensible

Peter Hasler, directeur de l’Union patronale suisse.

(Keystone)

Peter Hasler, directeur de l’Union patronale suisse, s’engage aux côtés du ministre de l’Intérieur Pascal Couchepin. Il appelle enfin les choses par leur nom.

Peter Hasler est persuadé que si la Suisse n’ouvre pas davantage ses marchés, elle ne retrouvera pas un taux de croissance suffisant.

A deux semaines des élections fédérales, le débat politique est dominé par le problème des rentes et de la sécurité sociale. En tant que représentants des employeurs et des employés, les partenaires sociaux rejoignent les politiciens sur le devant de la scène. Directeur de Union patronale suisse, Peter Hasler fait donc partie de ces faiseurs d’opinion.

swissinfo: Peter Hasler, après la grande manifestation du 20 septembre et dans la perspective des élections fédérales du 19 octobre, comment qualifiez-vous la situation?

Peter Hasler: Notre espérance de vie a augmenté. Mais la population vieillit alors que les naissances diminuent depuis longtemps. En conséquence, les systèmes de prévoyance pour les personnes âgées connaissent de graves problèmes. De moins en moins de cotisants doivent financer de plus en plus de retraités.

Ce problème préoccupe la Suisse depuis dix ans. On ne peut rien faire contre la démographie, comme partout en Europe. La grande question est donc: comment financer l’Assurance vieillesse sans augmenter les impôts?

swissinfo: Que proposez-vous?

P. H.: Les augmentations d’impôts sont impopulaires. Et la Suisse a toujours été fière de ses impôts bas. Cet avantage est en train de s’amenuiser.

Des propositions ont été faites, comme augmenter l’âge de la retraite, diminuer les rentes ou augmenter les cotisations. Celle du ministre de l’Intérieur Pascal Couchepin d’augmenter l’âge de la retraite – seulement dès 20010 - a provoqué de grandes manifestations.

Pour nous, elles sont incompréhensibles. Car si les gens vivent plus longtemps, ils restent aussi plus longtemps en bonne santé et aptes à travailler.

swissinfo: Les employeurs sont-ils prêts à employer des gens de 67 ans?

P. H.: Oui. Mais pas dans la situation défavorable dans laquelle se trouve le marché actuellement. Mais nous savons que le vieillissement de la population se fera sentir sur le marché du travail déjà dans quelques années.

Cela signifie un besoin croissant de travailleurs. On pourra y répondre avec des gens plus âgés, avec des étrangers ou en augmentant le taux d’occupation des femmes.

Or, les étrangers constituent déjà 20% de la population, un taux que celle-ci ne souhaite visiblement pas augmenter. C’est pourquoi, dès 2010, nous misons sur les plus âgés.

swissinfo: Et pourtant on continue de dégraisser. Les syndicats comme l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure) reprochent aux employeurs de se débarrasser de leur personnel sur le dos de l’Assurance invalidité (AI).

P. H.: Nous, les employeurs, nous rejetons ce reproche parce que nous agissons sans mauvaises intentions. C’est un fait qu’en cas de restructuration, des entreprises doivent licencier des employés qui ne donnent plus entière satisfaction.

La plupart des gens qui émargent de l’AI ne viennent pas directement du monde du travail mais ont souvent été longtemps au chômage sans trouver d’emploi. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils s’annoncent à l’AI, et souvent en tant qu’invalides psychiques.

La Suisse connaît une augmentation préoccupante de ces cas, et cela ne peut pas continuer.

swissinfo: En cette période de campagne électorale, les politiciens ne se montrent pas très enclins à aborder ces thèmes plutôt impopulaires.

P. H.: Après les élections, ils devront aborder la question désagréable des mesures à prendre. Même les sociaux-démocrates seront bien obligés de parler de démantèlement des prestations.

swissinfo: Les employeurs ne craignent-ils pas qu’après les élections, une majorité bourgeoise dominée par l’UDC soit moins forte? Par exemple pour ce qui est de l’Union européenne, de l’ouverture des marchés ou de la liberté de commerce si importante pour l’industrie?

P. H.: On ne peut le voir de cette façon. Cela dépend beaucoup des personnes qui seront élues. Nous sommes d’avis que ces tensions ne vont pas beaucoup changer.

Notre politique est pragmatique. Nous devons convaincre les députés de faire ce qu’il faut. Et donc l’origine ou la couleur du parti n’est pas si importante. Nous nous sommes toujours refusés à soutenir un parti qui serait le «parti de l’économie».

swissinfo: Quel jugement portez-vous sur les prestations des deux départements qui comptent le plus pour vous, l’Intérieur et l’Economie?

P. H.: Contrairement à son prédécesseur, Monsieur Couchepin a appelé les choses par leur nom et proposé des mesures impopulaires. Auparavant, Madame Dreifuss avait toujours minimisé ou ignoré les problèmes. C’est un grand soulagement pour nous de savoir qu’on va enfin en parler.

En tant que ministre de l’Economie, Monsieur Deiss poursuit le travail de son prédécesseur avec conséquence, ce qui nous réjouit beaucoup. C’est important qu’il dirige la politique économique sans à-coups.

swissinfo: Que pense le patronat de la situation difficile que traverse l’économie suisse depuis dix ans?

P. H.: Si la Suisse va mal, c’est de sa faute. En résumé, elle n’a pas encore opéré la libéralisation à grande échelle à laquelle d’autres pays ont procédé. La concurrence intérieure ne fonctionne pas, que ce soit pour les PME ou l’industrie locale.

Et c’est ainsi que les prix et le coût de la vie sont trop hauts. Nous sommes un des pays les plus chers du monde et le niveau des salaires n’y change rien puisque le pouvoir d’achat reste faible.

Ensuite, ces dix dernières années, nous avons surchargé l’Etat, au point que les attraits de notre fiscalité pour les pays étrangers ne cessent de diminuer. Nous risquons de ne plus retrouver le taux de croissance de quelque 2% par année indispensable à notre survie.

Nous avons aussi trop tardé à négocier avec l’Europe et nous craignons les conséquences pour la libre circulation des personnes.

swissinfo: Quels seront vos plus importants dossiers pour la nouvelle législature?

P. H.: Le principal est la croissance. Plus de concurrence, des prix plus bas, etc. Ensuite nous devons réorganiser le système des assurances sociales de manière à être en mesure de le financer sans augmenter les impôts.

Parallèlement, nous souhaitons améliorer la politique familiale de manière à faciliter le travail des femmes. La création de crèches et le retour à la vie professionnelle sont très importants. Y compris l’assurance maternité qui ne bouge pas, et donc qui doit être améliorée.

swissinfo: Et où en est la Suisse avec sa légendaire paix du travail?

P. H.: En soi, les solutions de branches trouvées par les partenaires sociaux sont raisonnables parce qu’elles sont négociées secteur par secteur.

Un employé de bureau n’a pas besoin d’être mis à la retraite anticipée, ce qui est très différent dans le bâtiment. Une mise à la retraite anticipée de tous les employés serait complètement fausse.

Pour ce qui est de la paix du travail, si le Syndicat industrie et bâtiment (SIB) continue de recourir à des grèves illégales, cela ne peut qu’empoisonner le partenariat social.

Dans l’ensemble, la paix du travail n’a pas beaucoup changé ces dix dernières années. Elle est garantie par plus de mille conventions collectives de travail. Les grèves qui font tant sensation sont provoquées presque exclusivement par un seul syndicat du bâtiment.

On peut se demander si la paix du travail n’est pas perçue comme un mythe à l’étranger. Mais elle est importante pour des investisseurs qui viennent créer des places de travail en Suisse. Mais les conditions fiscales, la part des dépenses de l’Etat incluses dans le PNB ou l’administration sont encore plus importantes.

Interview swissinfo, Alexander Künzle et Marzio Pescia
(Traduction Isabelle Eichenberger)

En bref

- Il faut réorganiser le système des assurances sociales de manière à pouvoir le financer sans augmenter les impôts.

- Les propositions: augmenter l’âge de la retraite, diminuer les rentes ou augmenter les cotisations.

- Pour faire face au vieillissement de la population, le patronat mise notamment sur l’emploi de personnes plus âgées. Il souhaite également améliorer la politique familiale de manière à faciliter le travail des femmes.

- Afin de doper l’économie, la Suisse doit opérer une libéralisation à grande échelle. La concurrence intérieure devrait contribuer à baisser les prix et le coût de la vie.

- Les conditions fiscales, la part des dépenses de l’Etat incluses dans le PNB ou l’administration sont plus importantes que la paix du travail.

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