Deux Suisses aux portes de la Formule 1

Keystone

Cela fait 23 ans que la Suisse attend un successeur à Marc Surer, dernier Helvète à avoir marqué des points en Formule 1. Sébastien Buemi et Romain Grosjean pourraient bientôt mettre fin à cette longue période de disette. En 2009 déjà?

Ce contenu a été publié le 01 novembre 2008 - 07:31

Sébastien Buemi et Romain Grosjean seront bientôt fixés. Dans quelques semaines, ils sauront si une place en Formule 1 leur sera attribuée l'année prochaine. Pour un pays où les courses sur circuit sont interdites, avoir deux concurrents au départ des Grand Prix les plus prestigieux de la planète constituerait une sacrée sensation.

Jamais ces dernières années un pilote suisse n'avait été aussi proche de la Formule 1 que Sébastien Buemi. Le jeune Vaudois d'à peine 20 ans (il les a fêtés le 30 octobre) est le mieux placé des prétendants pour reprendre l'une des deux places de l'écurie Toro Rosso. Beaucoup de spécialistes estiment que son officialisation devrait se faire sous peu.

Né dans une famille de pilotes, Sébastien Buemi a été repéré dès l'âge de 15 ans par Red Bull, qui utilise l'écurie Toro Rosso pour faire débuter ses jeunes espoirs. «Sébastien Buemi, c'est un jeune talent authentique. Il a fait un début de carrière fulgurant et devrait logiquement obtenir sa place l'année prochaine», estime Jacques Deschenaux.

Pour l'ancien commentateur de la Télévision suisse romande (TSR), spécialiste de la Formule 1, Sébastien Buemi a toutes les cartes en main pour s'imposer. «C'est un garçon très solide dans sa tête et extrêmement mature. Il a fait beaucoup de tests positifs en F1 cette saison. Il comprend la voiture et travaille très bien avec les ingénieurs.»

Grosjean chez Renault?

De deux ans son aîné, Romain Grosjean lorgne également sur une place parmi les meilleurs pilotes de la planète. Et c'est peut-être grâce à son passeport français (il possède la double nationalité) que le Genevois réalisera son rêve. Le PDG de Renault, déçu par les prestations de son pilote brésilien Nelson Piquet, a déjà fait part de son intérêt à voir un pilote tricolore courir aux côtés de l'Espagnol Fernando Alonso en 2009.

Attaquant hors pair, Romain Grosjean n'est peut-être toutefois pas encore prêt à effectuer le grand saut. «C'est un garçon qui a du talent mais qui me semble un peu fragile mentalement. Je ne sais pas s'il a véritablement la capacité de s'intégrer dans une équipe», affirme Jacques Deschenaux.

Selon certains spécialistes, Romain Grosjean devrait encore s'aguerrir une année ou deux en GP2, l'antichambre de la F1, avant de faire le grand saut. «Les pilotes n'ont droit qu'à une seule chance. Ceux qui échouent peuvent se retrouver définitivement éjectés à seulement 21 ou 22 ans», avertit Jacques Deschenaux.

Intérêts économiques

Dans un milieu où les intérêts économiques sont énormes, le talent ne suffit parfois pas pour réussir. Ainsi, les pilotes suisses pourraient faire les frais des considérations d'expansion qui obnubilent les constructeurs automobiles. «Le marché sud-américain est vraiment très important pour Renault. Piquet pourrait être repêché grâce à son passeport brésilien. Sa place pourrait également être prise par son jeune compatriote Lucas Di Grassi», selon Deschenaux.

Malgré ses tests très prometteurs à fin septembre sur le circuit de Jerez, en Espagne, Sébastien Buemi n'échappe pas non plus aux lois extra-sportives. Le Brésilien Bruno Senna, qui porte le nom célèbre de son oncle Ayrton, ainsi que Takuma Sato, dont la nationalité japonaise pourrait ouvrir les portes du juteux marché asiatique, sont des rivaux à ne pas négliger.

Un 3e pilote suisse a également flirté avec la Formule 1 cette saison. Grâce à ses origines indiennes, Neel Jani a été approché par l'écurie Force India durant l'été. Finalement, le Bernois n'a pas été retenu et, à 24 ans, il peut tirer définitivement un trait sur ses rêves d'évoluer un jour en F1.

Un sport mal aimé

Force est de constater que les pilotes suisses s'en tirent globalement très bien depuis quelques années. «C'est la preuve que malgré la mauvaise réputation dont est victime le sport automobile en Suisse, il y a beaucoup de talents chez nous. D'autres, comme Clay Regazzoni ou Jo Siffert l'ont prouvé avant», affirme Jacques Deschenaux.

Pourtant, les conditions nécessaires à la pratique du sport automobile ne sont pas idéales en Suisse, estiment les personnes du sérail. Le soutien étatique et inexistant et les pilotes ne disposent d'aucune infrastructure d'entraînement. Les jeunes talents sont contraints à l'exil et à chercher le soutien de structures privées, comme l'ont fait Buemi et Grosjean.

Le Parlement suisse planche actuellement sur une levée de l'interdiction des courses de F1, instaurée en 1955 après un terrible accident qui avait fait 82 morts aux 24 Heures du Mans. Mais il est très peu probable qu'un circuit voit prochainement le jour dans notre pays.

Buemi en fédérateur

Si Sébastien Buemi arrivait à s'imposer en Formule 1, la donne pourrait-elle changer? «Buemi a l'avantage de parler couramment suisse-allemand. Comme Roger Federer, Bernhard Russi ou Jo Siffert, il a la possibilité de fédérer le public suisse», affirme Jacques Deschenaux.

Et quid de Romain Grosjean ? «Il est tellement récupéré par les Français qu'il en oublie de dire qu'il a toujours vécu en Suisse. C'est un peu dommage.»

Même en envisageant le meilleur scénario, Jacques Deschenaux ne croit toutefois pas à un retour en grâce de la F1: «On s'enthousiasmerait aux exploits de Buemi, comme on l'a fait pour Thomas Lüthi en moto, mais ça ne suffirait pas à redorer le blason d'un sport accusé injustement de tous les maux par les hommes politiques.»

swissinfo, Samuel Jaberg

SEBASTIEN BUEMI

Sébastien Buemi est né dans une famille de passionnés de sport automobile. Ses parents possèdent un garage dans la zone industrielle d'Aigle, dans le canton de Vaud.

Le grand-père de Sébastien Buemi, Georges Gachnang, a disputé les 24 heures du Mans. Sa cousine Natacha Gachnang espère décrocher une place en GP2 la saison prochaine.

Dès l'âge de 8 ans, Sébastien Buemi se met à pratiquer assidûment le karting. En 2004, il est repéré par Red Bull, qui l'engage dans son Junior Team.

Rien que cette année, Red Bull a dépensé plus de 2,3 millions de francs pour Sébastien Buemi, qui a pu tester à de nombreuses reprises les F1 des écuries partenaires Red Bull et Toro Rosso.

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ROMAIN GROSJEAN

Comme pratiquement tous les pilotes, Romain Grosjean a fait ses classes en karting. Il a toutefois commencé assez tard, à l'âge de 14 ans.

En 2003, il effectue ses premiers tours au volant d'une monoplace. Il remporte pratiquement tous les championnats auxquels il participe, du GP2 d'Asie à la Formule 3 Euroseries.

Considéré comme l'un des meilleurs pilotes de sa génération et au bénéfice d'un passeport français, il est recruté au sein du «Renault Driver Development», un programme d'aide aux jeunes pilotes.

Cette saison, il a effectué plusieurs tests sur la Renault, écurie dont il est l'un des essayeurs.

A côté de la course automobile, Romain Grosjean est employé à mi-temps dans une banque genevoise.

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JACQUES DESCHENAUX

Jacques Deschenaux est né en 1945 à Fribourg. Il a étudié le droit avant d'entrer à la TSR en 1973.

Entre 1973 et 2007, il a commenté plus de 500 Grand Prix. Il a été chef du Département des Sports de 1994 à 2001.

Jacques Deschenaux est l'auteur d'une biographie de Jo Siffert parue en 3 langues. L'année dernière, il a publié son dernier livre «Ma course», qui retrace l'ensemble de sa carrière journalistique.

Retraité de la TSR, Jacques Deschenaux a ouvert en janvier 2008 sa propre société, «JDx performance», spécialisée dans le domaine des droits sportifs, de l'éditorial et de la communication.

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