Dinos 4: Les Maigret du Mézozoïque

Même le T-Rex a eu des ancêtres! (ici, celui du parc de Réclère). swissinfo.ch

Il y a dinos et dinos. A Toundount, les 'sauriens terribles' foisonnent. Mais desquels s'agit-il? Et de quand datent-ils? L'enquête sera pluridisciplinaire...

Ce contenu a été publié le 21 juin 2002 - 17:19

Le nom «dinosaure» a été inventé en 1841 par un Britannique du nom de Richard Owen. Les dinosaures, autrement dit, les 'sauriens terribles'. Depuis cette dénomination très impressionniste, du chemin a été parcouru: «On a trouvé environ 600 dinosaures dans 27 familles différentes. Depuis 150 ans maintenant, on découvre chaque année des nouveaux spécimens», constate Philippe Taquet, du Muséum National d'Histoire Naturelle, à Paris.

Il y a bien sûr les diplodocus et autres brachiosaures, ces 'longs-cous' herbivores du Jurassique moyen. Ou le tricératops, ce gros balourd de rhinocéros à collerette, et bien sûr le grand méchant T.Rex, le tyrannosaure, l'idole des mômes, tous deux datant du Crétacé supérieur. Mais ça, ce sont les stars, entourées et, surtout, précédées d'une pléiade de dinosauriens moins célèbres.

Car le plus étonnant, chez les dinosaures, c'est peut-être leur longévité... Dans l'ouvrage «L'empreinte des dinosaures», Philippe Taquet cite l'historien Edward Gibbon, qui, au 18e siècle, écrivait: «Au lieu de nous demander pourquoi l'Empire romain a disparu, nous ferions mieux de nous étonner qu'il ait si longtemps subsisté». Et Taquet d'ajouter: «Il en va des dinosaures comme des Romains.»

Vertige temporel

Les dinosaures ont disparu brutalement, on le sait, il y a 67 millions d'années - astéroïde, volcanisme, causalités multiples, thèse 'gradualiste', nous ne trancherons pas le débat aujourd'hui. Quant aux premiers dinosauriens, ils vivaient il y a environ 240 millions d'années. Soit, pour l'espèce des dinosauriens, une durée de vie de près de 175 millions d'années, qui recouvre toute l'Ere secondaire (ou mésozoïque), divisée elle-même en trois périodes: le Trias (240-200), le Jurassique (200-140), le Crétacé (140-65).

Rappelons en passant que pendant cet énorme laps de temps, les dinosaures ont évolué sur deux grands axes: celui des ornitoschiens (ceux dont l'os du bassin ressemble à celui d'un oiseau) et les saurischiens (ceux dont l'os du bassin ressemble à celui d'un lézard). Parmi les premiers, les stégausores, les ankilosaures et les ornithopodes. Parmi les seconds, les sauropodes (diplodocus, brachiosaures) et les théropodes (allosaures, tyrannosaures).

Exotisme climatique

Malgré le vent, le soleil tape fort ce jour-là. Autour de nous, de la caillasse et des roches. Car même s'il a plu il y a quelques jours (un événement, après des années de sécheresse), la région où nous nous trouvons est véritablement désertique: 100 à 150 mm de précipitations annuelles en moyenne.

Michel Monbaron, le géologue suisse, nous précise son hypothèse de base: «Nous nous trouvons dans des terrains relativement anciens, et les faunes qui s'y trouvent sont primitives, donc nouvelles par rapport à notre connaissance. Des faunes qu'on n'a pas encore découvertes jusqu'à présent». Une hypothèse qui donne une idée de l'importance des recherches en cours.

Des dinosaures à Toundout, d'accord. Mais... de quoi se nourrissaient-ils? Des palmiers de l'oasis, là en contrebas? Ou préféraient-ils sucer des cailloux? Pas vraiment. Car il faut se souvenir que le relief, comme le climat, ont été bouleversés au travers des âges.

Le relief, tout d'abord: «A l'époque que nous envisageons, c'est-à-dire environ 180 millions d'années - pour autant que notre hypothèse de datation soit juste - Europe, Afrique et Amérique du Nord ne formaient qu'un seul continent, la Pangée. La Caroline du Nord était juxtaposée au Maroc». La Caroline du Nord, la région d'origine de Dale Russell, présent à Toundout pour des raisons évidentes: il peut y avoir des correspondances entre les faunes fossilisées d'une région et de l'autre.

Le climat et le paysage, ensuite. Il y avait là de grandes plaines marécageuses, un climat tropical humide, une végétation luxuriante: fougères arborescentes, grands conifères... Un contraste absolu avec le désert actuel: «Une végétation qui permettait à des troupeaux entiers de dinosauriens, herbivores d'abord, carnivores ensuite, de vivre dans ces lieux. Nous essayons de retrouver tous les éléments qui nous permettront de reconstituer ce milieu ancien», précise Michel Monbaron.

Polar paléonto-géologique

Trouver un os de dinosaure, c'est bien. Mais le replacer dans l'arbre généalogique des grosses bébêtes, voire ajouter une branche à l'arbre en question, c'est encore mieux. Et lorsqu'on peut reconstituer la scène de la vie de la bestiole - scène de la vie comme on dit 'scène de crime' - c'est le bonheur...

Un job d'enquêteur méticuleux, obsessionnel. Du pain sur la planche pour les paléontologues. Mais aussi pour le géologue. Le palynologue (spécialiste du pollen et des spores fossiles). Et pour le sédimentologue... Les Maigret du Mézozoïque.

swissinfo/Bernard Léchot

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article