Ces «chères» montres suisses

La montre de luxe, cause du succès de l'horlogerie suisse. Keystone

L'horlogerie suisse a entamé l'année comme elle avait terminé la précédente: sur les chapeaux de roues. Cela grâce aux montres onéreuses...

Ce contenu a été publié le 02 mars 2006 - 09:49

Président de la Fédération horlogère suisse (FH), Jean-Daniel Pasche s'explique sur le blues du bas de gamme helvétique.

swissinfo: Le mois de janvier vient confirmer que l'horlogerie suisse exporte toujours plus en valeur et toujours moins en volume (-18%). Comment expliquez-vous cette tendance?

Jean-Daniel Pasche: L'horlogerie suisse est toujours plus présente dans les gammes supérieures. Et un peu moins dans les gammes inférieures.

En valeur, la croissance des gammes supérieures compense largement la baisse des gammes inférieures. Mais pas en volume, de part la nature même des produits.

Il faut voir que la concurrence dans la gamme économique est terrible. Notamment avec les produits d'Asie, où la fabrication est meilleure marché. La Chine, la Corée, l'Inde et, partiellement, le Japon, sont nos principaux concurrents asiatiques.

swissinfo: En janvier, les montres bracelet à moins de 3000 francs - milieu de gamme compris! - ont enregistré un recul des ventes. Le début d'une tendance?

J.D.P.: La comparaison porte sur un mois. Il peut y avoir eu en janvier 2004 des commandes extraordinaires qui plaçaient la barre très haut.

En réalité, nous observons que la tendance de 2005 se poursuit – en 2005, les gammes de prix supérieurs progressaient, y compris les 500 à 3000 francs.

En janvier, sur le milieu de gamme, nous sommes en régression de quelque pourcents. Mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions.

swissinfo: De quand date le fléchissement du bas de gamme suisse?

J.D.P.: De plusieurs années. C'est une évolution plus ou moins marquée, en raison notamment de l'émergence de l'Asie dans cette industrie. Et, en particulier, de marques «sonnant» européennes, mais dont les produits sont fabriqués en Chine.

Horlogerie chinoise ne rime pas seulement avec marques chinoises qui envahissent le monde. Ce sont aussi des marques européennes – fashion (mode) – qui font fabriquer leurs produits en Chine.

swissinfo: La Chine fait-elle peur à l'horlogerie suisse?

J.D.P.: La Chine est un marché extraordinaire, en pleine expansion. C'est un débouché important pour nos produits mais aussi un concurrent important.

Nous ne sommes pas effrayés par la Chine. Mais réalistes, en la considérant comme un concurrent très sérieux, au niveau des composants et, de plus en plus, du produit terminé.

swissinfo: Mais reste-t-il réellement quelque chose en Suisse de la production de bas de gamme?

J.D.P.: Bien sûr! Il y a érosion des volumes, mais la production reste importante malgré tout. Et nous espérons qu'elle le restera. Les marques y travaillent.

swissinfo: Quel est l'impact sur l'emploi de ce blues du bas de gamme?

J.D.P.: Si cette tendance se poursuit ou s'accélère, elle aura des conséquences. Le volume est en effet lié à des emplois – au niveau des produits terminés comme des composants.

Mais cet impact ne se constate pas encore. L'emploi est assez stable dans l'horlogerie, avec un peu moins de 40'000 employés.

swissinfo: L'indication de provenance «swiss made» est un avantage comparatif de la branche. Où en est sa mise à jour?

J.D.P.: Le «swiss made» est un élément très discuté. Nous (la FH) sommes chargés d'une étude en vue d'une réactualisation de l'ordonnance «swiss made», qui date des années 1970 déjà. La branche a beaucoup évolué depuis.

Suivra une phase législative sur le plan fédéral, et peut-être européen, étant donné que l'ordonnance est intégrée dans un accord avec l'Union européenne. Cela pourra prendre beaucoup de temps. Jusqu'à dix ans...

swissinfo: Cette réactualisation peut-elle aider le bas de gamme?

J.D.P.: Elle est importante pour toute la branche, y compris les montres économiques. Le fait qu'une montre soit suisse est un élément de vente et de différenciation important sur les marchés.

Interview swissinfo: Pierre-François Besson

Faits

Exportations en janvier 2006
Total horlogerie suisse: 854,2 millions de francs (+7,8%)
Montres: 791,4 millions (+8,5%)
Mais 1,9 millions d'unités (-17,9%)
Montres à plus de 3000 francs: +57,6% en volume et +39,9% en valeur
Double baisse pour les montres moins chères
Principaux marchés: Etats-Unis, Hong Kong, Japon, Allemagne, Italie, France

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En bref

- L'horlogerie suisse escompte une hausse de 5 à 6% de son chiffre d'affaires en 2006.

- En 2005, elle avait établi un record absolu avec des exportations se montant à 12,3 milliards de francs, en progression de 10,9%.

- Un challenge vital pour la branche est de pousser le consommateur à acheter des montres dans un monde où l'heure s'affiche partout.

- La lutte contre la contrefaçon est une autre exigence pour les horlogers suisses, sans quoi les marques perdraient en attractivité et en valeur.

- Organisation faîtière de la branche, la Fédération horlogère suisse (FHS) regroupe plus de 500 membres – plus de 90% des fabricants.

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