En Suisse, les homes ont pris un coup de vieux

Conçus comme des pensions pour retraités, les homes sont devenus des lieux de fin de vie. Keystone

Dans le canton de Vaud, une commission d'enquête parlementaire confirme les dysfonctionnements observés ces dernières années dans les établissements médicaux-sociaux (EMS). Les autres cantons suisses ne sont guère mieux lotis. Mais le problème commence à être pris en main.

Ce contenu a été publié le 06 février 2001 - 18:35

Vaud est le premier canton suisse à avoir mandaté une commission d'enquête parlementaire (CEP) pour faire la lumière sur le monde des EMS. La CEP a été nommée en mai de l'année dernière suite à un rapport alarmant du Contrôle cantonal des finances sur la gestion financière de certains établissements pour personnes âgées.

Mais plusieurs enquêtes menées par la presse ont également aidé à prendre conscience des problèmes posés par les EMS, en particulier les cas de maltraitances subies par leurs résidents.

Le député radical Eric Golaz, président de la CEP, estime que les dysfonctionnements observés sont imputables, en premier lieu, au manque de personnel qualifié mis à disposition par les services de santé publique et par les services sociaux.

Eric Golaz constate également que plus de 60% des EMS vaudois connaissent des différences entre les comptes réels et les comptes annoncés. L'enquête parlementaire conclut également qu'un tiers des EMS est insalubre.

Réagissant à ces données pour swissinfo, le président de la Société suisse des médecins gériatres estime que la situation dans les autres cantons suisses n'est guère différente. Charles-Henry Rapin explique ce phénomène qui concerne 5% des plus de 65 ans vivant dans des EMS. Il l'impute aux changements rapides observés dans la population suisse ces dernières décennies.

«Au départ, ces établissements étaient des pensions pour des retraités célibataires. Des personnes qui étaient en général en bonne santé. Une vieille villa transformée faisait l'affaire. Aujourd'hui, ces établissements accueillent des personnes très âgées et très malades. Ce sont des lieux de fin de vie», souligne Charles-Henry Rapin.

A Genève, sur 3500 personnes vivant dans des EMS, environ mille meurent chaque année, soit deux fois plus qu'en 1995.

L'accroissement de la durée de vie, l'éclatement de la cellule familiale et le développement des soins à domicile ont joué un rôle important dans cette transformation.

«Les soins à domicile ne permettent pas de répondre aux besoins de ces personnes très âgées. Les hôpitaux, eux, se bornent de plus en plus à traiter des situations aiguës et raccourcissent la durée des séjours. Trop handicapées pour rentrer chez elles après un séjour à l'hôpital, ces personnes finissent donc dans des EMS», explique Charles-Henry Rapin.

Pour permettre aux EMS de répondre à cette nouvelle situation, la CEP vaudoise préconise un gros effort de formation du personnel et un contrôle des EMS. La commission estime en outre que la remise en état des établissements vaudois coûtera 250 millions de francs. Et il faudra dépenser 250 millions supplémentaires pour répondre aux besoins pour les 15 à 20 ans à venir.

Selon Eric Golaz, le statut des EMS doit également être modifié: «Il faut qu'un maximum de ces établissements soient à but non lucratif». Charles-Henry Rapin estime aussi que c'est la direction à suivre: «Les besoins sont devenus tels qu'il est difficile d'en faire une affaire rentable».

Frédéric Burnand

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