La Suisse se joint à l’appel pour un cessez-le-feu mondial durant la pandémie

Les pays déchirés par la guerre, comme le Yémen, sont également touchés par le coronavirus. Mais l'appel des Nations Unies à un cessez-le-feu mondial pourrait-il contribuer à mettre fin au conflit? Keystone

L’appel du secrétaire général des Nations Unies (ONU) en faveur d’un cessez-le-feu mondial pour lutter contre la pandémie a été relayé par la Chambre basse du parlement suisse. Diplomates et organisations non gouvernementales tentent de concrétiser ce vœu sur le terrain, avec l’espoir que le coronavirus pourrait pacifier certaines zones sur le plus long terme.

Ce contenu a été publié le 05 juin 2020 - 15:00

«C’est une opportunité, indique David Harland, directeur exécutif du Centre pour le dialogue humanitaire basé à Genève. Je pense que le secrétaire général de l’ONU a très bien choisi le moment pour lancer cet appel. Car si nous échouons en zone de conflits, des millions de personnes vulnérables risquent d’être infectées, de tomber malades, de mourir et d’exporter le virus dans le reste du monde.»

Le Centre pour le dialogue humanitaire s’est spécialisé dans les médiations confidentielles en zones de guerre et affirme travailler activement sur le terrain pour concrétiser l’appel du secrétaire général de l’ONU, António Guterres. David Harland nous a confié que son ONG «est parvenue à faciliter la signature d’environ 10 déclarations de cessez-le-feu», dont certaines unilatérales. Il donne l’exemple de l’Irak, où un conflit implique les États-Unis, les milices chiites soutenues par l’Iran et l’État islamique. «Les États-Unis et les milices chiites ont accepté de suspendre les combats, ce qui a amélioré la santé publique et a pacifié la région, explique le directeur du centre. Cela a permis de créer l’espace nécessaire pour que l’Irak, après une longue période, parvienne à former un gouvernement.»

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David Harland informe que son organisation est aussi soutenue par les efforts du gouvernement suisse pour promouvoir la paix au Cameroun, où les groupes séparatistes anglophones qui combattent le président Paul Biya ont déclaré un cessez-le-feu unilatéral.

Le département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) nous indique que «les cessez-le-feu ont un impact positif sur la situation humanitaire et médicale et contribuent à renforcer la confiance en vue de la négociation de futurs accords de paix». Le DFAE précise qu’il soutient les négociations de cessez-le-feu dans le cadre de ses «bons offices» et que «dans le contexte de la lutte contre la Covid-19, il l’a fait avec succès au Cameroun et en Colombie et continue son dialogue avec d’autres parties en conflit».

Groupes armés

«Il y a tant de conflits de différentes intensités dans le monde. Ces zones sont clairement celles où les États ont peu de contrôle, déclare Alain Délétroz, directeur de l’Appel de Genève, une ONG qui travaille avec les groupes armés pour les sensibiliser aux principes humanitaires de base. Dans certains pays touchés aujourd’hui par un conflit armé, comme l’Afghanistan, plus de la moitié de la population est hors de portée du gouvernement central. Et il est extrêmement important, si l’on veut avoir une approche globale de la pandémie, de s’assurer que ces parties-là du monde sont également prises en compte.»

Alain Délétroz ajoute qu’il y a actuellement quatre groupes armés majeurs qui ont annoncé vouloir respecter le cessez-le-feu: trois au nord-ouest de la Syrie, un à l’est de la République démocratique du Congo et un en Asie du sud-est.

Le mandat de l’Appel de Genève n’est pas de jouer un rôle de médiateur pour la paix, mais son directeur soutient qu’avec le travail accompli auprès des groupes armés, l’ONG peut participer à la concrétisation du cessez-le-feu. «Évidemment, lorsque vous engagez un dialogue avec ces personnes et que vous les amenez à comprendre leurs obligations, leur état d’esprit évolue et cela les conduit souvent, des années plus tard, à accepter de s’asseoir à la table des négociations, explique Alain Délétroz. Mais lorsque cette étape est atteinte, l’Appel de Genève a le devoir de se retirer humblement et de les mettre en contact avec des membres de la diplomatie ou d’autres partenaires comme le Centre pour le dialogue humanitaire, qui a les compétences et le professionnalisme requis pour établir un calendrier des négociations.»

Le Centre pour le dialogue humanitaire et l’Appel de Genève affirment qu’ils sont en train de travailler avec leurs contacts sur le terrain, qui peuvent encore se déplacer discrètement tout en respectant les distances sociales ou qui peuvent agir via internet.  

Syrie, Yémen et Libye

Des conflits sont en cours aux quatre coins de la planète, mais on parle beaucoup des événements en Syrie, au Yémen et en Libye. Quelle est la situation sur ces trois territoires?

«En Syrie, l’intensité des combats au quotidien est plutôt faible en comparaison avec les standards de cette guerre, relève David Harland. En Libye, les conflits ont clairement gagné en intensité alors que les deux parties ont affirmé vouloir respecter le cessez-le-feu. L’une a aussi soutenu vouloir observer une trêve du ramadan, mais en réalité la situation a encore empiré.»

Le directeur du Centre pour le dialogue humanitaire considère que le Yémen est particulièrement intéressant: «L’Arabie saoudite a répondu à l’appel du secrétaire général de l’ONU en décrétant deux semaines de cessez-le-feu et je crois que le royaume est en train de réfléchir à des moyens de se retirer du Yémen ou du moins de mettre fin à sa phase d’intervention la plus active. Je pense que l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, essaye activement de savoir si d’autres pourraient rejoindre l’accord de cessez-le-feu. Il existe une véritable possibilité de mettre fin à la guerre, car je crois que certains acteurs, comme l’Arabie saoudite, cherchent des raisons de se désengager.»

La paix sur le long terme?

«La règle d’or des cessez-le-feu, c’est qu’ils ne fonctionnent jamais s’ils ne mènent nulle part, précise David Harland. Un cessez-le-feu ne peut pas être un but en soi, il existe très peu d’exemples de réussite. En revanche, cette stratégie fonctionne lorsqu’elle fait partie d’une initiative visant à créer un espace politique, comme en Irak, ou visant à créer un espace humanitaire, comme au nord-est de la Syrie.»

La pandémie de coronavirus pourrait-elle mener à une paix durable? «Je pense que lorsque le cessez-le-feu est clairement connecté à une action humanitaire ou à un processus politique en cours, il y a de bonnes raisons de croire qu’il pourrait durer, conclut David Harland. La Suisse tente de jouer un rôle dans les territoires qui présentent de tels enjeux, comme le Cameroun, le Yémen et peut-être le Soudan.»

L’appel du parlement suisse

Lors de sa session extraordinaire du mois de mai consacrée au coronavirus, la Chambre basse du parlement suisse a aussi lancé un appel à un cessez-le-feu mondial pour lutter contre la pandémie. «Quand on voit comment les infrastructures médicales modernes telles que celles dont on dispose dans les nations occidentales ont été submergées par le virus, on ne peut être qu’angoissé par l’impact qu’il aura dans les régions en guerre et dans les camps de réfugiés», a déclaré la députée socialiste (PS, gauche) Brigitte Crottaz.

«Les Suisses comprennent très bien qu’en tant que pays riche, la Confédération a pu débloquer d’importantes sommes d’argent pour minimiser les coûts économiques, sociaux, humains et politiques du confinement, affirme David Harland. Ils comprennent aussi que dans un pays pauvre dévasté par les conflits, de telles possibilités n’existent pas et qu’un grand nombre de personnes vulnérables sont donc stressées et en colère. Je pense que tout ce qui peut être fait, aussi par le parlement suisse, pour soutenir un faible niveau de violence est très important.»

Alain Délétroz rappelle que la déclaration de la Chambre basse est symbolique, mais qu’elle est aussi un soutien politique à un principe dont le monde a besoin. «On observe que certains acteurs impliqués dans des conflits se sont montrés ouverts à l’appel du secrétaire général de l’ONU, mais que la réalité sur le terrain n’a que peu changé. Il s’agit d’un énorme défi pour l’ONU, la Suisse et les autres États diplomatiques.»

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