Info et intox sur les fonds irakiens en Suisse

L'argent amassé par Saddam Hussein engendre les informations les plus folles. Keystone Archive

Des documents, apparemment faux, mêlent la société genevoise de Yeslam Binladin et des entreprises françaises avec un trafic d'armes vers l'Irak.

Ce contenu a été publié le 16 avril 2003 - 19:52

Le Ministère public de la Confédération va tenter de faire la lumière sur cette affaire.

Ce n'est pas un conte des mille et une nuits, mais cela pourrait bien le devenir. Les centaines de millions qu'aurait accumulé le président irakien Saddam Hussein pendant ses années de règne engendrent les informations les plus folles.

Dimanche, le Sunday Times révélait que des sommes colossales auraient été administrées à Lugano avant d'être transférées sur des comptes à Genève.

Durant les années 80, l'ex-maître de Bagdad aurait mis en place un vaste réseau de sociétés pour recueillir l'argent provenant de commissions versées suite à des contrats d'achats d'armes et de vente de pétrole.

Cette structure était administrée depuis un bureau fiduciaire de Lugano via le groupe Mediterranean entreprise development (Medp) qui contrôlait quelque 300 sociétés offshore, notamment au Panama.

Des faux mal rédigés

C'est dans ce cadre que des documents, que le journal anglais n'a pas mentionnés, mettent en cause la société genevoise Saudi Investment Corporation (Sico), qui appartient au financier Yeslam Binladin, demi-frère du présumé terroriste Oussama Ben Laden.

Une note, en notre possession, mentionne une réunion qui se serait tenue au Tessin en novembre 1987 entre un avocat genevois représentant la Sico, et des administrateurs des sociétés Dumynta, Radistal, Saidomin et Techno Services.

Des offshore appartenant au groupe Medp. Le texte indique que «la Sico va prendre, en accord avec le gouvernement irakien, le contrôle de ces entreprises et de leurs contrats».

Un second document avec en-tête de la société Radistal mais non signé, daté du 3 mars 1994, donc trois ans après que l'ONU a décrété l'embargo contre l'Irak, indique que des contrats ont été signés à B. [Bagdad] avec les entreprises françaises Dassault et Thomson.

«Ces papiers sont des faux qui tentent de me mêler à des histoires qui ne me concernent pas. Je ne connais ni ces sociétés panaméennes, ni ces avocats tessinois et je n'ai jamais été en relations d'affaires avec des entreprises ou des intérêts irakiens», explique Yeslam Binladin.

Les supposés participants au meeting de 1987 démentent, par écrit, que celui-ci ait eu lieu. Ils affirment aussi que ces documents sont «des faux mal rédigés».

Notre enquête nous fait pencher vers la même conclusion: Yeslam Binladin et Sico semblent être totalement étrangers à ce dossier. En revanche, il apparaît que des sociétés appartenant au groupe Medp ont transféré leurs domiciles de Lugano à Genève en 1988.

Un changement d'adresse parfaitement légal. D'ailleurs, sans exclure de futurs développements, aucun des documents crédibles en notre possession à ce jour n'indique que des opérations répréhensibles pénalement aient eu lieu.

Le Ministère public sur le coup

Pour prouver sa bonne foi, le financier saoudien, naturalisé suisse, a envoyé vendredi dernier ces documents au Ministère public de la Confédération (MPC) tout en se tenant à sa disposition.

A Berne, on se refuse à tout commentaire sur ce dossier mais, selon nos informations, le MPC a décidé de s'intéresser à ces papiers pour en déterminer la provenance et évaluer leur véracité.

«Ce montage me paraît très suspect. Il met en cause des entreprises d'armement françaises, alors que la France s'est opposée à la guerre en Irak, et il établit un lien entre le régime irakien et un membre de la famille Ben Laden. La ficelle me semble un peu grosse», estime un expert en renseignements.

S'il était établi que ces documents sont effectivement des faux, reste à savoir qui les a fabriqués. Entre info et intox, il ne sera pas facile au MPC de faire la lumière sur le mystère des fonds suisses de Saddam.

swissinfo, Luigino Canal

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