Kremlingate: la Suisse va demander l'extradition de Pavel Borodine

Pavel Borodine et sa famille auraient encaissé plus de 25,6 millions de dollars. Keystone Archive

L'ex-intendant du Kremlin Pavel Borodine vient d'être arrêté aux Etats-Unis, suite à un mandat d'amener international pour blanchiment émis par la justice genevoise en janvier 2000. Genève va demander son extradition.

Ce contenu a été publié le 18 janvier 2001 - 11:55

Spectaculaire coup de théâtre dans l'affaire Mabetex/Mercata. Suite au classement du dossier par le Parquet russe pour «absence de délit», on pensait que Pavel Borodine allait éviter de devoir rendre des comptes à la justice dans ce dossier de corruption. Mais son arrestation à l'aéroport de New York va à nouveau brasser les cartes.

«Je vais demander son extradition, il sera ensuite entendu par le juge qui décidera d'une éventuelle inculpation, voire d'une incarcération», explique le procureur de Genève Bernard Bertossa. Mais si Pavel Borodine s'oppose à son transfert en Suisse, la procédure risque de prendre plusieurs semaines.

Depuis avril 1999, le juge Daniel Devaud s'intéresse aux mouvements financiers concernant les sociétés Mabetex et Mercata. Basées à Lugano, elles auraient versé des pots-de-vin à des proches de l'ancien président Boris Eltsine en échange de contrats pour la rénovation du Grand Palais du Kremlin et de la Chambre des comptes à Moscou.

Le magistrat a découvert comment et à qui Mercata a versé plus de 62 millions de dollars de commissions pour obtenir ces juteux contrats. L'ancien intendant du Kremlin Pavel Borodine et sa famille auraient encaissé plus de 25,6 millions de dollars.

L'enquête genevoise pour blanchiment et participation à une organisation criminelle vise au moins 14 personnes dont deux gestionnaires de fortune domiciliés en Suisse et un avocat du barreau de Genève. Ils sont soupçonnés d'avoir participé au montage destiné à camoufler l'origine des fonds. Tous contestent avoir commis une quelconque infraction.

Reste à savoir si la justice genevoise ne va pas se retrouver plongée dans le syndrome Mikhaïlov. En décembre 1998, après un retentissant procès, le jury avait acquitté «faute de preuves» Sergueï Mikhaïlov, accusé à tort d'être un parrain de la mafia russe. L'Etat de Genève a dû verser 800 000 francs d'indemnisation à l'homme d'affaires.

Dans le cas de Pavel Borodine, la Russie a fermé son dossier et le personnage semble jouir du soutien du président Vladimir Poutine. Pavel Borodine est d'ailleurs actuellement secrétaire de l'Union Russie-Bélarus. Il y a donc peu d'espoir que Moscou collabore avec Genève qui devra prouver seule sa culpabilité.

Mardi, Bernard Bertossa et Daniel Devaud avaient décidé «de ne pas baisser les bras et d'aller de l'avant». Une décision qui pourrait indiquer qu'ils ont assez d'éléments dans les mains pour poursuivre Pavel Borodine.

Luigino Canal

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