L'Italie s'organise après un séisme meurtrier

Reuters

Frappée par l'une des plus terribles catastrophes naturelles de ces dernières années, l'Italie compte ses victimes. Les recherches continuent, notamment à L'Aquila, capitale des Abruzzes dévastée par le séisme. Rome a pour l'heure décliné l'aide internationale.

Ce contenu a été publié le 06 avril 2009 - 18:29

Le 6 avril 2009 viendra s'ajouter au sinistre calendrier des tremblements de terre meurtriers qu'est forcée de tenir l'Italie. Situé au cœur du choc entre la plaque africaine et la plaque eurasiatique, la péninsule est en effet fortement exposée au danger sismique.

C'est à 3h32 lundi que la secousse de 5,8 sur l'échelle de Richter a eu lieu. Son épicentre a été localisé près de la ville médiévale de L'Aquila, à une centaine de kilomètres au nord-est de Rome, dans la région des Abruzzes. La même qui avait déjà été frappée par un violent séisme le 13 janvier 1915. Bilan à l'époque: 30'000 morts.

La catastrophe de lundi a quant à elle causé la mort d'au moins 180 personnes, selon les derniers bilans provisoires. Près de 1500 blessés et plus de 50'000 sans-abri ont également été recensés à L'Aquila et dans ses environs.

Très violente, la secousse a été ressentie jusqu'à Rome, où les lampes se sont mises à chanceler et les meubles à vibrer, et où des alarmes de voitures se sont déclenchées.

La Suisse offre son aide

Devant la gravité de la situation, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a décrété l'urgence nationale. Il a désigné le chef de la protection civile Guido Bertolaso comme coordonnateur des secours.

Rome a par contre décliné les offres de plusieurs pays en matière d'assistance internationale. A l'instar de la Russie, de l'Allemagne, de la France, de la Grèce, d'Israël ou encore de l'Union européenne (UE), la Suisse a également proposé ses services, comme l'a indiqué lundi le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Dès l'annonce de l'ampleur de la catastrophe, le Corps suisse d'aide humanitaire (CSA) a réuni lundi matin une cellule de crise à Berne. Cette cellule entretient des contacts réguliers avec l'Italie, a précisé Jean-Philippe Jutzi, porte-parole du DFAE. Lundi soir, le Département a indiqué qu'il n'y avait, selon les informations disponibles, «aucun ressortissant suisse parmi les victimes.»

Au niveau gouvernemental, de nombreux dirigeants ont présenté leurs condoléances à l'Italie. Du président américain Barack Obama, qui se trouve actuellement en Turquie, ultime escale de sa première tournée européenne, au Pape Benoît XVI, en passant par le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz et de la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, tous ont exprimé leur profonde sympathie à l'adresse de Rome et des proches des victimes.

De son côté, la Croix-Rouge suisse a envoyé lundi soir, par camions, 200 tentes, équipées de lits, couvertures et chauffage. Elles permettront d'abriter 1000 personnes environ.

Sur place, la confusion

Pour l'heure, des équipes de sauveteurs avec des chiens et des engins lourds sont encore à l'œuvre dans les ruines de la zone de L'Aquila. Alors que la plupart des habitants ont quitté les lieux, les rares qui sont restés se préparent à vivre une nuit d'angoisse dans une ville fantôme. Au total, plus de dix mille maisons et édifices ont été endommagés par le séisme.

De leur côté, les télévisions italiennes passent en boucle des images de toits effondrés et de routes jonchées de pierre tombées de la montagne. A la radio, Guido Bertolaso a estimé qu'il faudrait «beaucoup de temps» pour faire disparaître les traces de cette catastrophe.

Présidente du cercle suisse-abruzzain, Cristina Mazzioti, qui habite à Pescara, sur la côte adriatique, témoigne de la confusion qui règne actuellement dans la zone concernée. Appelée dès l'annonce du tremblement de terre par l'ambassade suisse, elle est depuis pendue au téléphone pour tenter d'avoir des nouvelles des membres du cercle qui résident à Fossa, Paganica, Tornimparte, des villages situés dans les environs de L'Aquila et également touchés par le séisme.

«La personne avec qui j'ai pu parler essaie de vivre ce drame en ne cédant pas à ses nerfs, même si ces deux voisins de palier sont apparemment décédés. Une chose est sûre, le nombre de victimes va encore augmenter», déplore-t-elle. Tout en indiquant que l'élan de solidarité autour de cette catastrophe est «impressionnant».

Un séisme prévisible?

Avant le séisme meurtrier de lundi, la chaîne des Abruzzes avait déjà été touchée ces derniers temps par plusieurs secousses d'intensité diverse. D'où une polémique qui enfle en Italie. Certains affirment en effet que cette catastrophe aurait pu être évitée.

Chercheur aux Laboratoires nationaux de sismologie du Gran Sasso, Giampaolo Giuliani avait par exemple tiré la sonnette d'alarme à fin mars suite au regain d'activité sismique enregistré ces derniers temps dans les Abruzzes. Ses prévisions avaient suscité la panique et lui avaient valu d'être critiqué pour son alarmisme.

Professeur à l'école polytechnique fédérale de Zurich et directeur du service sismologique suisse, Domenico Giardini indique pour sa part qu'il faut distinguer plusieurs cas de figure lorsque l'on parle de prévoir ce type d'événements.

«Ce qui est important, c'est la prévision à long terme. Il s'agit d'être conscient qu'un séisme peut se produire dans une région donnée et d'y construire selon des normes strictes. Pour ce qui est de la prévision à court terme, il existe plusieurs modèles et théories. Mais il manque un indicateur précis et fiable qui indiquerait quand le séisme aura lieu.»

Selon le chercheur suisse, les mesures du radon [un gaz radioactif qui se forme naturellement dans le sol, ndlr.] ou l'observation des comportements des animaux, évoqués par certains scientifiques, ne se sont pas toujours révélées précises et fiables.

swissinfo

Un numéro spécial

La protection civile italienne a activé un numéro de téléphone spécial destiné à renseigner les personnes qui ont des proches dans la zone sinistrée. Depuis la Suisse, il faut composer le:
0039 06 68 201.

Il est également possible d'obtenir des informations par mail à l'adresse suivante: salaoperativa@protezionecivile.it

Selon les chiffres fournis par l'ambassade d'Italie à Berne, 24'000 personnes originaires des Abruzzes vivent en Suisse.

A l'inverse, 104 Suisses sont enregistrés comme résidents dans la zone de L'Aquila.

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La prévention sismique en Suisse

Risque sismique. La Suisse est moins exposée que la Turquie ou l'Italie aux risques d'un tremblement de terre.

Densité de la population. Malgré cela, un séisme constituerait la catastrophe naturelle dont le potentiel de dommages est le plus élevé - davantage que les avalanches et les crues - en raison de la densité de population et de la concentration des biens sur le territoire helvétique.

Programme spécifique. Le 1er avril dernier, le Conseil fédéral (gouvernement) a par conséquent décidé de promouvoir un programme qui vise à prévenir les conséquences d'un tremblement de terre de grande ampleur et à améliorer la sécurité sismique en Suisse.

Normes. Pour ce faire, ce programme s'emploiera à attirer l'attention des propriétaires privés et des communes sur l'application des normes de sécurité sismique.

Valais et Bâle-Ville. Généralement appliquées pour les constructions publiques, ces normes ne le sont que rarement pour les autres ouvrages, sauf dans les cantons de Bâle-Ville et du Valais, qui sont les plus exposés à un danger de tremblement de terre.

Infrastructures. Ce programme visera également à vérifier la résistance des infrastructures aux séismes.

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