La diaspora veut peser plus sur le destin d’Haïti

Haïti: une solidarité à reconstruire. Keystone

Encore sous le choc, des Haïtiens de Suisse pensent déjà à l’avenir en voulant que la diaspora joue un rôle accru pour sortir Haïti du trou noir de la misère. Un rôle qui vient de faire l’objet d’une table ronde à Port-au-Prince et que l’impact du tremblement de terre pourrait accélérer.

Ce contenu a été publié le 15 janvier 2010 - 14:01

Vu les grandes difficultés à entrer en contact avec l’ile dévastée, la petite communauté haïtienne de Suisse (environ 1000 personnes) a encore peu de nouvelles des proches en Haïti, deux jours après le tremblement de terre qui a dévasté la capitale, l’ouest et le sud du pays.

Les rares contacts et les nouvelles passent le plus souvent par l’intermédiaire d’autres membres de la diaspora, en particulier celle qui est basée aux Etats-Unis, la plus importante de toute.

Ce samedi, beaucoup d’entre eux vont se retrouver à Lausanne pour se réchauffer le cœur, échanger des nouvelles, réfléchir au meilleur moyen d’organiser l’aide et poser quelques jalons pour l’avenir.

Pour l’heure, Jean-Wilfrid Fils-Aimé, secrétaire général du Club haïtien de Suisse, estime préférable de soutenir la structure suisse d’aide en cas de catastrophe, à savoir la Chaîne du bonheur, plutôt que de se lancer dans des initiatives autonomes difficiles à mettre en place.

Mais après la phase d’urgence laissée aux professionnels de l’humanitaire, la diaspora a un grand rôle à jouer, selon cet ingénieur.

Le poids de la diaspora

«On ne peut pas laisser ce pays à la dérive. La diaspora doit pouvoir peser sur la direction que prendra la reconstruction. C’est en tous cas mon vœu le plus cher», souligne Jean-Wilfrid Fils-Aimé, qui compte multiplier les contacts aux Etats-Unis et au Canada où vivent la plupart des 2 millions de Haïtiens de la diaspora (pour une population de près de 9 millions de personnes) pour élaborer des projets communs.

De fait, la diaspora issue principalement de la classe moyenne haïtienne apporte déjà chaque année une aide déterminante pour la survie d’une population dont 80% vit avec moins de 2 dollars par jour.

En 2008, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) les Haïtiens de l’étranger ont envoyé 1,8 milliard de dollars au pays, soit le double de l’aide internationale. Un soutien qui s’est tassé avec la crise et qui devrait repartir fortement à la hausse, suite à la catastrophe de mardi.

«Une implication accrue de la diaspora – qui aide non seulement la famille restée au pays, mais aussi l’ensemble de la communauté à laquelle elle appartient - est déjà à l’ordre du jour en Haïti», relève le sociologue Charles Ridoré, l’une des grandes figures de la communauté haïtienne de Suisse.

Une 1ère réunion

«J’ai participé en octobre dernier à une table-ronde à Port-au-Prince sur les relations entre la diaspora et la mère-patrie. Nous avons pu mettre à plat le rôle, la place de cette relation et les obstacles à son bon développement. Présent à la réunion, Edwin Paraison – devenu depuis ministre en charge de la diaspora - s’est montré un chaud partisan d’une implication plus grande des Haïtiens de l’étranger», raconte Charles Ridoré, ancien responsable pour la Suisse francophone de l’ONG Action de Carême.

«La diaspora, elle, se considère un peu comme une vache à lait, tout juste bonne à verser des fonds, poursuit Charles Ridoré. Mais son implication plus grande est aussi vue en Haïti comme une concurrence gênante par certains habitants. Le dialogue entamé devrait permettre de surmonter ces problèmes et le tremblement de terre devrait renforcer ce processus.»

Un premier obstacle a été d’ailleurs levé par le parlement sortant, qui a adopté une résolution permettant aux Haïtiens d’avoir la double-nationalité, autrement dit de permettre aux Haïtiens de l’étranger de conserver la nationalité de leur pays d’origine et donc de pouvoir s’engager au pays sans chicane administrative, selon Charles Ridoré qui précise que la loi d'application devrait être élaborée après les prochaines élections législatives et la présidentielle.

Autre personnalité de la communauté en Suisse, Marie-Lourdes Desardouin abonde dans ce sens. «On ne peut pas rester comme ça. La diaspora a un grand rôle à jouer», estime la conseillère municipale de la commune genevoise de Vernier.

Les jeunes se mobilisent

«Comme je le vois avec ma fille, la jeune génération a également une forte envie de s’engager, alors qu’elle fonctionne déjà très bien en réseau. Nous comptons d’ailleurs organiser un événement ce week-end à Vernier en solidarité avec l’île, avec une troupe de nos jeunes pratiquant le hip-hop.»

En attendant, cette infirmière cherche à savoir ce qu’il est advenu des siens restés au pays, ainsi que de l’hôpital et de l’école que son association Anmwe pou Ayiti (secours pour Haïti en créole ) soutient au sud du pays, une région également frappée par le tremblement de terre.

De son coté, Jean-Wilfrid Fils-Aimé relève que l’aide de la diaspora sera déterminante pour les survivants qui ont tout perdu, à commencer par leur maison: «Il n’y a pas d’assurance pour les habitations. Or, elle constitue le plus souvent la seule richesse pour ceux qui en ont une et qui y ont mis toute leurs économies.»

Au jour le jour

Sa femme Lorvelie, elle, rappelle l’état d’esprit d’une population en état de survie permanent: «La majorité des Haïtiens n’a pas les capacités à penser à l’avenir, puisque ses besoins de base – alimentation, santé, éducation – ne sont pas satisfaits. Chacun vit au jour le jour.»

Selon Charles Ridoré, cette réalité est particulièrement frappante à Port-au-Prince. «La capitale a connu un exode des plus démunis des Haïtiens, les plus à la marge, y compris sur le plan moral. Les liens de solidarité ont été rompus», explique le sociologue.

Et Charles Ridoré de conclure: «Il est à craindre que le tremblement de terre aggrave cet état d’esprit et l’absolue détresse dans laquelle ses exclus vivaient avant mardi. Dans les campagnes par contre, l’esprit d’entre-aide reste vivace.»

Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

Repères

L'aide internationale a commencé à affluer en Haïti jeudi, mais l'accès aux victimes se heurte à de nombreuses difficultés, notamment d’ordre logistique.

Les organisations humanitaires livrent une course contre la montre, chaque heure qui passe diminuant l'espoir de retrouver des survivants.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), au moins trois millions de personnes sont touchées par la catastrophe d'une manière ou d'une autre.

La Suisse a envoyé un deuxième groupe d'une douzaine de spécialistes, après un premier détachement de six personnes arrivé jeudi sur place.

En partenariat avec la Croix-Rouge suisse, la Confédération enverra vendredi quelque 40 tonnes de matériel de secours comprenant des médicaments et des sets d'hygiène.

Le DFAE a mis en place une ligne téléphonique [+41 (0)31 325 33 33] pour les personnes ayant des proches en Haïti. Au total, environ 150 Suisses résident dans ce pays, sans compter un certain nombre de touristes.

Le CICR a mis en place un site web pour aider des milliers de personnes en Haïti et à l'étranger à rétablir le contact avec leurs proches. L'adresse du site est la suivante: www.icrc.org/familylinks

Au nom du gouvernement et du peuple suisse, la présidente de la Confédération Doris Leuthard a exprimé par lettre sa «profonde émotion» et ses condoléances au gouvernement haïtien et aux familles des victimes.

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Un compte pour les dons

La Chaîne du Bonheur, l’organisme de récolte de fonds de SSR idée suisse, qui finance déjà plusieurs projets en Haïti, a ouvert un compte en faveur des victimes du séisme.

L'organisation se prépare, avec les partenaires suisse d'entraide, à apporter prochainement un soutien allant de l'aide d'urgence à la reconstruction.

Les dons en faveur d'Haïti peuvent être adressés sur le compte postal 10-15000-6 avec la mention «Haïti», ou via Internet.

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