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La droite nationaliste a trouvé sa cible

(Keystone)

L'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste) semble avoir trouvé son rôle dans la politique d'opposition qu'elle entend mener suite à la non-réélection de son ministre Christoph Blocher. Elle se déchaîne contre sa remplaçante, la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf.

Certes, les 530 personnes présentes samedi dernier à l'assemblée des délégués de l'UDC n'ont ni débattu ni voté sur l'exclusion d'Eveline Widmer-Schlumpf. Toutefois, les applaudissements ont été nourris lorsque le président de l'UDC Toni Brunner a rappelé que le comité directeur du parti souhaitait voir la ministre quitter à la fois son poste et le parti.

Et si elle ne s'en va pas volontairement, le comité directeur veut exclure toute la section grisonne – à laquelle appartient Evelyne Widmer-Schlumpf – de l'UDC nationale. On créerait ensuite une «nouvelle» section dans les Grisons, en phase avec la ligne du parti national.

Cette nouvelle politique de l'UDC ne semble en tout cas pas rebuter les électeurs. Le week-end dernier, le parti a dominé les élections dans les cantons de Thurgovie et d'Uri. Le succès avait également été au rendez-vous peu auparavant dans les cantons de St-Gall et de Schwyz.

Samuel Schmid pas dans la ligne

L'autre représentant de l'UDC au gouvernement – le ministre de la Défense Samuel Schmid – ne partage pas les vues de son parti. «De manière générale, je réprouve les pratiques et la culture politique auxquelles on assiste actuellement», a-t-il déclaré dans une interview accordée à la radio alémanique DRS. Ceux qui posent de telles exigences devraient s'interroger sur les conséquences qu'elles ont sur la société, a encore estimé Samuel Schmid.

Toni Brunner a immédiatement répliqué, sans grande compréhension pour la position de son ministre. Selon lui, lorsque Christoph Blocher a été attaqué, Samuel Schmid ne se serait pas solidarisé avec son collègue.

En réaction à la non-réélection de Christoph Blocher et à l'acceptation par Eveline Widmer-Schlumpf de son élection – ce que son parti considère comme une «trahison» – Toni Brunner a laissé entendre dans la presse que l'UDC pour réactiver son initiative demandant que les membres du gouvernement soient directement élus par le peuple. Mais pour le président de l'UDC, la meilleure solution serait encore que les partis désigner eux-mêmes leurs ministres.

D'anciens ministres contre l'UDC

D'anciens ministres sont montés se sont exprimés pour dénoncer l'attitude de l'UDC. Pour le radical (PRD / droite) Rudolf Friedrich, cette position n'est pas défendable d'un point de vue démocratique. De plus, elle témoigne d'un total mépris pour le Parlement.

Quant à l'ancien ministre démocrate-chrétien (PDC / centre droit) Arnold Koller, il a déclaré dans la presse: «Ce que fait l'UDC ne s'est encore jamais produit dans notre histoire».

L'ancien ministre socialiste Otto Stich va encore plus loin: la chasse menée contre Eveline Widmer-Schlumpf fait rappelle l'époque du nazisme en Allemagne. Pour lui, l'UDC aurait besoin de cours de rattrapage en matière de démocratie ou devrait alors opter pour une autre forme d'Etat.

Réactions de la presse

Dans la presse, les réactions sont vives face à cette politique de l'UDC. C'est ainsi que l'historien Hans-Ulrich Jost a déclaré dans le quotidien populaire Blick: «Il est assez clair que l'UDC n'est pas un parti démocratique. C'est un parti qui pense et agit de manière autoritaire tout en recherchant constamment un soutien populaire au travers de plébiscites.»

Pour la Neue Zürcher Zeitung, l'attitude de l'UDC n'est pas productive. «Tant que la vengeance et les rancunes domineront la politique, les réformes dont la Suisse a besoin resteront en rade», écrit le grand quotidien zurichois.

Quant au Tages Anzeiger, il estime que Toni Brunner parle en mal de la Suisse et de son gouvernement, afin de pouvoir se présenter lui-même et son parti dans le rôle du sauveur.

Marques de soutien

Le public est aussi invité à apporter son soutien à la ministre. C'est que figurait dans l'édition de mardi du Temps un appel privé d'une page (coût de plus de 10'000 francs) intitulé «Je condamne». Le texte est signé par Christine Renaudin, une juriste et économiste de Lausanne jusqu'à présent inconnue du public. «Il s'agit d'une initiative totalement privée de ma part: je ne suis membre d'aucun parti, j'agis en simple citoyenne», a-t-elle précisé à l'ATS.

Les marques de soutien peuvent aussi se traduire de manière plus traditionnelle, par des manifestations. C'est ainsi qu'une manifestation initiée par les sections locales de l'UDC et du PRD est prévue jeudi à Felsberg – la commune de la ministre.

Sur internet également, les citoyens sont appelés à s'exprimer. L'Alliance des sociétés féminines suisses (Alliance F) récolte depuis lundi des signatures de soutien. Mardi au soir, 16'000 personnes avaient déjà donné leur paraphe.

L'UDC fait parler d'elle

Personne ne sait pour l'heure comment va se terminer toute cette affaire autour d'Eveline Widmer-Schlumpf. Mais une chose est sûre, l'UDC trouve son compte dans cette polémique.

Comme c'est le cas depuis plusieurs années, le parti de Christoph Blocher réussit habilement à se retrouver au cœur du débat. Or dans le monde politique comme dans le monde du spectacle, mieux vaut faire parler de soi – en bien ou en mal – que de sombrer dans l'oubli...

swissinfo, Etienne Strebel
(Traduction et adaptation de l'allemand: Olivier Pauchard)

Eveline Widmer-Schlumpf

Eveline Widmer-Schlumpf (52 ans) est la fille de l'ancien ministre Leon Schlumpf.

Juriste de formation, elle a siégé depuis 1998 au gouvernement du canton des Grisons en tant que responsable des finances.

Elle a été élue au gouvernement fédéral en décembre dernier à la place de son collègue de parti Christoph Blocher.

La direction de l'UDC lui a donné jusqu'au 11 avril pour se retirer de son poste et de son parti. Jusqu'à présent, Eveline Widmer-Schlumpf a toujours déclaré qu'elle ne céderait pas aux pressions.

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Non-réélection

Lors des élections fédérales de l'automne dernier, l'UDC a réaffirmé son statut de premier parti du pays. Le parti avait basé une bonne partie de sa campagne électorale sur l'action de son chef de fil Christoph Blocher au gouvernement.

Mais en décembre, les parlementaires n'ont pas réélu Christoph Blocher, lui préférant Eveline Widmer-Schlumpf, considérée comme plus consensuelle.

L'UDC a considéré que cette non-réélection constituait une trahison de la volonté exprimée par le peuple et a annoncé entrer dans l'opposition.

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