Navigation

Crise climatique

Pourquoi la fonte des glaciers nous concerne

Les glaciers alpins pourraient disparaître d’ici la fin du siècle. Les conséquences s’en feront sentir non seulement dans les montagnes suisses, mais dans toute l’Europe.   

Ce contenu a été publié le 11 octobre 2022 - 17:25
Corinna Staffe (illustration)

Les glaciers sont en train de fondre, mais ce n’est pas une nouveauté: depuis 1850, le volume des glaciers alpins s’est réduit d’environ 60%. Ce qui surprend, en revanche, c’est le rythme auquel les «géants» des Alpes diminuent. «Le recul des glaciers s'est accéléré», affirme Daniel Farinotti, glaciologue à l'École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et membre du comité directeur de GLAMOS, le réseau des relevés glaciologiques suisse. Une étudeLien externe (en anglais et en allemand) publiée cet été conclut que les glaciers suisses ont perdu la moitié de leur volume entre 1931 et 2016 et encore 12% entre 2016 et 2021.

Contenu externe

Durant l'année hydrologique 2021-2022, les pertes de masse des glaciers ont atteint des niveaux records, selon GLAMOS. Les glaciers suisses ont perdu plus de 6% de leur volume et les taux de fonte ont largement dépassé les précédents records enregistrés lors de l’été caniculaire de 2003.

Ce fort recul des glaciers en 2022 s'explique essentiellement par trois raisons: les faibles chutes de neige de l'hiver, le sable du désert du Sahara en février, qui s'est déposé sur la glace et la neige et a réduit l'effet albédo (pouvoir réfléchissant des surfaces), et la canicule estivale exceptionnelle avec des températures record même en haute altitude. L'été 2022 a été le deuxième plus chaud en Suisse depuis le début des mesures en 1864. «Pour les glaciers suisses, l'année hydrologique 2022 restera dans l'histoire comme la pire de toutes», affirme Daniel Farinotti.

Conséquence insolite de ces températures record dans les Alpes: le recul des glaciers a fait émerger des objets, des restes humains et même l'épave d'un avion prisonnier des glaces depuis plus de 50 ans. Ces découvertes sont appelées à se multiplier dans les années à venir, selon l'expert en sciences de la neige Robert Bolognesi.

Pratiquement tous les glaciers sont en danger

Depuis l’ère préindustrielle, la température en Suisse a augmenté de près de 2°C, soit le double de la moyenne mondiale. À ce rythme, la moitié des 1500 glaciers alpins – dont le majestueux glacier d'Aletsch, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – disparaîtront au cours des 30 prochaines années. Et si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, tous les glaciers de Suisse et d'Europe risquent de fondre presque complètement d’ici la fin du siècle.

Les glaciers ne reculent pas seulement dans les Alpes. Presque tous les glaciers du monde s'amincissent et perdent leur masse de plus en plus rapidement. La fonte est particulièrement alarmante dans l'Himalaya et dans les Andes, où l'existence de centaines de millions de personnes dépend des glaciers.

Mais il y a des exceptions. Certains glaciers d’Asie centrale ne semblent pas subir les effets du réchauffement climatique et leur surface non seulement ne diminue pas, mais parfois même elle augmente. Un projet suisse vise à étudier les raisons de cette anomalie.

Un monde sans glaciers, quelles conséquences?

Le déclin des glaciers, phénomène récurrent dans l'histoire de la Terre, bien que sur des périodes plus longues, aura-t-il un impact négatif sur notre avenir? C’est difficile à dire. Mais une chose est sûre: cela nous oblige à nous préparer à de nouveaux scénarios. 

En Suisse, l'un de ces scénarios est le risque accru de catastrophes naturelles comme les inondations, les coulées de débris et les glissements de terrain. Les lacs qui se forment à l'intérieur d'un glacier risquent de se déverser soudainement dans la vallée, balayant les villages et les infrastructures. Et à mesure que la couche de glace et de permafrost s'amincit, les montagnes deviennent plus instables.

Avec la fonte des glaciers, la Suisse perd une importante réserve d’eau qui, selon les estimations, pourrait garantir la consommation de sa population pendant 60 ans.

Le pays continuera à disposer de suffisamment d’eau, même si sa population passe de 8,5 millions d'habitants aujourd'hui à 10 millions en 2050. Il faudra cependant gérer différemment les précipitations – qui passeront de plus en plus de la forme de neige à la forme de pluie – afin d’éviter les conflits autour de l’eau, souligne Paolo Burlando, professeur d’hydrologie et de gestion de l’eau à l’EPFZ.

La création de nouveaux bassins d’accumulation à usages multiples en montagne, dans des zones libérées de la glace, pourrait offrir de nouvelles possibilités pour la production d’énergie hydroélectrique et pour l’agriculture. Selon un scénarioLien externe (en anglais) élaboré par l’EPFZ et l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), la disparition complètes des glaciers pourrait donner naissance à 683 nouveaux lacs alpins.

La situation pourrait être plus problématique en Europe, dans des régions situées à des centaines de kilomètres des Alpes suisses. En raison d’un apport amoindri d’eau issue de la fonte des neiges et des glaciers, le débit des principaux fleuves européens – le Rhône, le Rhin, le Danube et le Pô – pourrait diminuer considérablement en été. Une baisse du niveau des cours d’eau et des lacs rendra plus difficile la navigation et le transport de marchandises à destination et en provenance de la Suisse. 

Pour préserver un patrimoine d’importance nationale qui a contribué à faire connaître la Suisse au monde entier, les scientifiques se sont lancés dans une course contre la montre. À Morteratsch, dans les Grisons, un projet a été lancé pour protéger le glacier avec de la neige artificielle. S’il s’avère efficace, ce système pourrait également être utilisé dans l’Himalaya et dans les Andes. 

Pour ralentir la fonte des glaciers, on fait de plus en plus appel, dans les Alpes, à des bâches dites géotextiles, qui réfléchissent la lumière du soleil. Posées à même le glacier, elles en ralentissent la fonte. Mais même si elles peuvent être efficaces au niveau local, une application à grande échelle ne serait ni faisable ni rentable, selon une étude suisse publiée à la mi-janvier 2021.

Quoi qu'il en soit, la science et la technique ne pourront rient faire si les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. En Suisse, la lutte pour la protection des glaciers passe ainsi de la montagne aux couloirs de la politique et aux urnes. Lors de la session d'automne 2022, le Parlement a adopté le contre-projet à l'initiative populaire «Pour un climat sain» (Initiative pour les glaciers), qui prévoit des mesures pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Satisfaits des dispositions du contre-projet, les initiants ont retiré leur texte, mais un référendum contre les modifications de la loi prévues par le contre-projet a déjà été lancé.

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?