La libre circulation sur le ballant

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Partisans et adversaires de l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux pays membres de l’UE sont au coude à coude.

Ce contenu a été publié le 08 juillet 2005 - 15:52

Le dernier sondage de l’institut gfs, mené pour le compte de SRG SSR idée suisse fait ressortir que 43% des sondés sont en faveur et 40% contre cette extension.

Travaillant pour le compte de SRG SSR idée suisse, l’Institut gfs.berne a livré vendredi son premier sondage sur l’extension de l’accord de libre circulation des personnes aux dix nouveaux pays entrés dans l’Union européenne (UE) le 1er mai 2004.

Il en ressort que 43% des personnes interrogées sont favorables à cette extension, alors que 40% y sont opposées. Le reste, soit 17%, n’a pas encore une idée précise sur la question.

La droite dure aux avant-postes

Le sondage permet de se faire une idée claire des fronts en présence. Au niveau politique, le camp du refus se retrouve clairement dans les rangs de l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure). En effet, 87% de ses membres sont opposés à l’extension.

Récemment, certaines personnalités en vue de l’UDC s’étaient prononcées en faveur de l’extension. Force est de constater qu’elles sont désavouées par leur base, puisque seulement 4% des membres ou sympathisants de l’UDC se disent prêts à glisser un «oui» dans l’urne le 25 septembre.

Chez les trois autres partis gouvernementaux, c’est le «oui» qui l’emporte. Les plus chauds partisans sont les socialistes avec 74% d’avis favorables, suivis des radicaux (PRD / droite) avec 63% et des démocrates-chrétiens (PDC / centre droit) avec 56%.

Mais l’appartenance politique, n’est pas le seul critère. L’origine linguistique joue aussi un rôle. Les francophones sont les plus favorables à l’extension avec 47% de «oui» et 33% de «non». Les germanophones (41% de «oui» et 41% de «non») et les italophones (40% de «oui» et 47% de «non») se montrent plus réservés.

Sans entrer dans le détail des chiffres, notons encore que le sondage montre que l’extension a la faveur des sondés habitant dans les grandes agglomérations et au bénéfice d’un haut revenu comme d’une solide formation. A contrario, le soutien à l’extension s’érode à mesures que le niveau de formation et le salaire des sondés s’abaisse.

Une campagne émotionnelle

Les Suisses semblent très intéressés par le thème de l’extension de la libre circulation des personnes. En effet, 55% des personnes interrogées sont certaines de participer à la votation et 23% songent à le faire.

L’Institut gsf.berne avance des arguments pour expliquer cette forte mobilisation. Il constate qu’il n’y a pas eu de pause entre le vote du 5 juin sur la participation de la Suisse aux traités européens de Schengen/Dublin et le début de la campagne en vue de la votation du 25 septembre.

La libre circulation des personnes était d’ailleurs déjà discutée dans le cadre de la votation du 5 juin, même si elle n’en constituait pas le thème central. Les citoyens suisses sont donc familiarisés avec cette problématique depuis plusieurs mois.

Par ailleurs, de nouveaux éléments n’ont jamais cessé de venir alimenter le débat. On peut notamment citer le référendum français sur la Constitution européenne ou encore les déclarations de la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner sur les conséquences d’un refus suisse à l’extension de la libre circulation.

Conséquence: même si la votation n’a lieu que dans un peu moins de trois mois, la mobilisation des citoyens est déjà forte et la campagne «émotionnelle», note l’Institut.

Convaincre les indécis

Les chiffres montrent une très forte polarisation de l’opinion. Pour l’heure, partisans et opposants de l’extension sont au coude à coude et aucun des camps n’arrive à obtenir une majorité absolue.

Pour obtenir la victoire le 25 septembre, il faudra donc réussir à puiser des voix parmi les 17% d’indécis. Or pour y parvenir, chacun des deux camps dispose d’arguments susceptibles de faire mouche.

Les partisans de l’extension s’appuient sur une approche très pragmatique en soulignant que l’extension est une chance pour l’économie suisse et que la refuser conduirait à des difficultés avec l’UE.

Cette manière de voir est partagée par les sondés. Ainsi, 52% d’entre eux sont d’accord avec le fait que l’extension est une chance pour l’économie suisse et 46% pensent qu’un refus mettrait la voie des bilatérales en péril.

Les opposants insistent quant à eux sur les effets négatifs de l’extension. Et là aussi, leurs arguments tombent juste.

Ainsi, 70% des sondés estiment que l’extension provoquera une pression sur les salaires en Suisse, 60% qu’elle équivaut à ouvrir toutes grandes les portes aux émigrés de l’Est et 53% qu’il faudra aussi bientôt accueillir les Turcs et les Roumains.

Bref, chacun des camps dispose d’arguments de qualité. Il est donc difficile, dans ces conditions, de prédire dans quelle direction soufflera le vent le 25 septembre.

L’Institut gfs.berne conclut en soulignant que le processus de formation de l’opinion est encore en cours et que l’issue du scrutin reste par conséquent ouverte.

swissinfo, Olivier Pauchard

Faits

43% des personnes sondées par l’Institut gfs sont favorables à l’extension de la libre circulation.
40% y sont opposés.
17% sont encore indécises.
La marge d’erreur est de 3%.
Ce sondage a été réalisé entre le 25 juin et le 2 juillet auprès de 1201 personnes des trois régions linguistiques.
Le journal le Matin Dimanche avait réalisé son propre sondage à la mi-juin. Les chiffres faisaient alors état de 44% de «non», 35% de «oui» et 21% d’indécis.

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En bref

- Les Suisses voteront sur l’extension de la libre circulation le 25 septembre.

- Cette extension concerne les dix pays entrés dans l’UE le 1er mai 2004: Lettonie, Lituanie, Estonie, Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Slovénie, Chypres et Malte.

- Le 5 juin dernier, 54,6% des citoyens avaient accepté la participation de la Suisse aux traités européens de Schengen et Dublin qui permettent une collaboration en matière de sécurité et d’asile.

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