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La Pentecôte a gardé sa pureté originelle

(Keystone)

Contrairement à bien des idées préconçues, la Pentecôte n'est pas une fête chrétienne qui aurait été - comme d'autres - dévoyée par des rituels païens. C'est, en tout cas, le point de vue de l'éminent ethnologue st-gallois, Paul Hugger.

«Contrairement à Pâques - que l'on concrétise par la mort d'un homme crucifié - la fête de l'Esprit Saint a quelque chose de très abstrait. Elle ne parle pas à l'imagination du peuple», explique Paul Hugger.

«De plus, poursuit cet ancien professeur d'ethnologie à l'université de Zurich, il n'y a quasiment pas de relation entre la fête de la Pentecôte et les rituels qui se pratiquaient (ils ont aujourd'hui presque tous disparus) en Suisse à la même époque de l'année».

Et Paul Hugger de préciser: «le peu de coutumes qui existaient (ou existent encore) durant la période de la Pentecôte se trouvent un peu par hasard à cette époque de l'année».

Paul Hugger n'est pas n'importe qui pour contredire un pan de l'opinion publique. En compagnie de 79 auteurs, il a, en effet, publié, en 1992, une encyclopédie de trois volumes sur les modes de vie, les traditions et les mentalités des Helvètes, dans les trois langues nationales. Intitulée «Les Suisses», la version française a paru aux Editions Payot.

Prenons l'exemple du rituel du Fricktal, cette région à cheval sur les cantons d'Argovie et Bâle-Campagne. Enveloppés dans un manteau de feuillages, de jeunes hommes éclaboussaient d'eau des jeunes filles autour de la fontaine de leur village.

Les rites de ce genre sont bel et bien relatés à partir du 14e siècle dans les chroniques. Mais ils ne sont signalés que lors d'un accident ou à la suite d'un crime.

Autrefois, les jeunes gens portaient des masques relatifs au mois de mai, comme ils en portaient en d'autres périodes de l'année, lors du Carnaval, par exemple.

C'est ainsi que de jeunes mâles partaient en chasse des jeunes filles. Mais il ne s'agissait là que du plaisir du jeu et de la chasse entre les sexes.

«Dans une telle pratique, il ne faut pas voir un rituel de la fertilité», affirme Paul Hugger. C'était d'ailleurs la fâcheuse tendance des ethnologues allemands du 19e siècle qui voyaient partout des rites de fécondité».

En outre, à la Pentecôte, il ne faut pas oublier que les gens ne travaillaient pas. Ils avaient le temps de s'amuser.

Cela dit, une paroisse catholique était stressée lors de la période de la Pentecôte. Car, peu après, il y avait déjà la Fête Dieu, où il fallait produire un gros effort pour décorer de fleurs les habitations et les rues.

Les villageois ne pouvaient donc pas se dépenser exagérément. Car les travaux champêtres étaient colossaux à l'époque, en cette période de mai et de Pentecôte. En conséquence, le peuple se concentrait sur les fêtes qu'il aimait le plus: Pâques, l'Ascension et la Fête Dieu.

Depuis le début du 19e siècle, la plupart de ces rituels ont disparu, en raison de l'avènement du rationalisme enseigné dans les écoles.

«Et si le rituel devait perdurer, on le canalisait, en lui enlevant son côté barbare. Bref, toute pratique collective qui n'était pas logique ou économiquement utile devait disparaître de la vie des jeunes».

Reste qu'il y a 50 ans, en Suisse centrale, subsistait encore une coutume où, à la Pentecôte, l'on suspendait des colombes dans les chambres des fermes.

Ce serait là l'un des seuls rituels en véritable relation avec la signification de la Pentecôte. Allusion à la descente du St-Esprit sur les apôtres qui se seraient mis à parler en différentes langues.

Emmanuel Manzi

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