La Suisse a peut-être raté le train de l'Est

Les participants au Forum de l'Europe avec notamment Micheline Calmy-Rey et Günter Verheugen (au centre). Keystone

Six mois après l’intégration des pays de l’Est, le constat est clair: la Suisse a plus besoin des nouveaux membres de l’Union européenne (UE) que le contraire.

Ce contenu a été publié le 19 octobre 2004 - 15:39

Les conséquences de l’élargissement sont au centre du 9e Forum de l’Europe qui se tient depuis lundi à Lucerne.

Pour Günter Verheugen, «en termes économiques, l’intégration des dix nouveaux membres aboutit à la situation win-win que nous désirions».

«Les nouveaux membres pourront effectuer leur rattrapage économique beaucoup plus rapidement qu'ils ne l'auraient fait normalement, estime le commissaire européen à l'élargissement. Quant aux anciens, ils devraient profiter des effets de la croissance accélérée de ces derniers.»

Des effets positifs

De son côté, Micheline Calmy-Rey espère que l'intégration en mai dernier de dix nouveaux membres dans l’UE aura des effets économiques positifs pour la Suisse également.

Mais, pour la ministre suisse des Affaires étrangères, ces effets dépendront avant tout de l’acceptation ou du refus des accords bilatéraux (Suisse-UE) qui doivent être soumis à une votation populaire l’an prochain.

Micheline Calmy-Rey estime que l’application de ces accords – en particulier celui sur la libre circulation des personnes - entre la Suisse et les nouveaux états membres pourrait déboucher sur une croissance économique du Produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,2% à 0,5% par année (1 à 2 milliards de francs par an).

Le secrétaire d’Etat à l’économie insiste, lui aussi, sur l’importance des Bilatérales II.

Pour Jean-Daniel Gerber, un rejet en votation populaire serait «une catastrophe absolue qui isolerait définitivement la Suisse du reste de l’Europe».

Des coûts économiques

Durant les discussions, les représentants de plusieurs nouveaux états membres (Hongrie, Lituanie, Pologne, République tchèque et Slovénie notamment) ont estimé que la Suisse n’avait pas véritablement su saisir sa chance en Europe centrale et orientale.

«Les compagnies suisses préfèrent le commerce aux investissements. Et c’est une grande erreur», estime István Major du secrétariat hongrois pour l’intégration et les relations économiques extérieures.

Et de poursuivre: «Dans le secteur bancaire et des services financiers, par exemple, la Suisse a manqué le train et les bonnes positions sont désormais occupées».

Cette absence est d'autant plus regrettable que, dans ce secteur, les bénéfices ont frôlé les 50% l’an dernier.

Pas assez agressif

C'est le manque d’agressivité des entreprises helvétiques qui a aussi permis à d'autres, notamment aux compagnies canadiennes, d’occuper le terrain dans des domaines tels que les technologies de protection de l’environnement.

Directeur du département du commerce et de l’agriculture du ministère des Affaires étrangères tchèques, Vlastimil Tesar confirme.

«Depuis la chute du rideau de fer, dit-il, les investisseurs suisses ont manqué quelques belles occasions non seulement en République tchèque mais aussi dans d’autres pays de la région.»

Avant d’ajouter que des compagnies allemandes et françaises ont inondé la région de capitaux en misant sur des perspectives de privatisation. «Ce qui, conclut-il, n'a pas été le cas de la Suisse.»

swissinfo, Chris Lewis à Lucerne
(Traduction: Mathias Froidevaux)

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